Qui sont les nouveaux élus? - Se faire un prénom

Karine Vallières veut que les gens disent : «oui, c’est la fille d’Yvon, mais c’est aussi Karine».
Photo: Clément Allard - Le Devoir Karine Vallières veut que les gens disent : «oui, c’est la fille d’Yvon, mais c’est aussi Karine».

Il y a six mois à peine, ils ont choisi de se lancer dans le vide et de mettre leur destin entre les mains des électeurs. Tous, quel que soit le parti, ont choisi de s’engager en politique pour faire bouger les choses, mais certains découvrent la dure réalité des jeux politiques. Le Devoir est allé à la rencontre de nouveaux élus.

Depuis qu’elle est toute petite, Karine Vallières est « la fille d’Yvon Vallières ». L’ombre de son père, député libéral de Richmond pendant plus de trente ans, plane sur elle, quoi qu’elle fasse. Aujourd’hui qu’elle a repris le flambeau, siégeant à son tour à l’Assemblée nationale, elle aspire à faire sa place, à s’affranchir et à « devenir Karine ».


« Je ne veux pas que ce titre-là me colle pendant des années, avoue la jeune députée libérale de 34 ans. Je veux que les gens disent : “oui, c’est la fille d’Yvon, mais c’est aussi Karine”. C’est le but que je me fixe à l’intérieur de ce premier mandat. »


Karine Vallières a toujours gravité autour du monde politique. Petite, plutôt que d’aller à La Ronde comme ses amis, elle accompagnait son père dans les soupers spaghetti des chevaliers de Colomb. « Je n’ai rien connu d’autre », confie-t-elle dans son nouveau bureau à Québec, qui n’est que partiellement décoré. Sur les murs, ce ne sont pas ses filles, mais de parfaits inconnus préencadrés qui sourient. Elle rit, gênée, lorsqu’on le lui fait remarquer. « Je n’ai pas eu le temps de les changer ! », s’excuse-t-elle, s’empressant de montrer une vraie photo de Roseliane et de Clémence, 8 et 10 ans, qui trône près de son ordinateur.


Jeune mère, elle a été replongée au coeur de sa propre enfance lorsqu’elle s’est mise à envisager de prendre le relais de son père, qui partait à la retraite, dans cette circonscription qu’elle a si souvent sillonnée avec lui. « J’ai eu toute une réflexion pour savoir si c’était une vie que je voulais pour mes propres enfants. Qu’est-ce que ça m’avait apporté à moi ? Qu’est-ce que j’avais trouvé difficile ? Est-ce que ça a été finalement plus enrichissant pour moi que le fait, des fois, de manquer de la présence de mes parents ? » La réponse fut positive.


Conciliation famille-travail


Elle savait ce qui l’attendait, elle connaissait les horaires exténuants entre le travail de comté et celui de parlementaire à Québec, du mardi au jeudi. La transition n’est pas facile, avoue-t-elle. « C’est le petit sentiment de culpabilité les deux soirs où je ne suis pas là, où je ne regarde pas les devoirs. Et quand je vois passer des examens qui reviennent et que ce n’est pas moi qui les ai signés… Elle laisse échapper un petit cri. Ah ! C’est moi qui faisais ça habituellement ! »


Son coeur de mère est déchiré, mais Karine Vallières n’est pas du genre à se laisser abattre. Ce ne sera d’ailleurs pas son premier défi de taille.


En 2005, on lui a diagnostiqué un cancer de la peau, qu’elle a réussi à vaincre. Quelques années plus tard, ce fut le cancer de l’utérus. « À partir du moment où on nous annonce un deuxième cancer, c’est plus difficile. On se questionne beaucoup : pourquoi nous, encore ? Est-ce qu’on a fait quelque chose de pas correct ? »


Karine Vallières parle de cette période tout simplement, sans jouer à la victime. Elle veut paraître forte. « Moi, je suis une fille très positive dans la vie. J’ai toujours pris ça : bobo, plaster, on continue. » Mais elle a appris à voir la vie autrement, à profiter de chaque seconde qui passe, à vivre pour ne rien regretter.

 

Grande déception


C’est cette philosophie qu’elle a choisi d’appliquer lorsque son conjoint des cinq dernières années, Martin Breault, a été reconnu coupable de fraude en 2010. « C’est une grande erreur de parcours » qui est arrivée avant qu’elle ne le connaisse, soutient-elle.


Mais, oeuvrant à l’époque dans le domaine des communications, elle a dû faire un choix. Elle a choisi d’écouter son coeur. « À partir du moment où on aime une personne et qu’on est bien, est-ce que, pour une question de jugement public, je mettrai de côté mon propre intérêt ? Je trouvais que ce serait de faire plaisir aux autres plutôt que de voir à mon propre bonheur. Et la maladie nous amène à penser plus à nous, alors ça a fait partie de la réflexion. »


Elle a beau répéter que cela s’est produit « dans une autre vie », avant qu’elle ne se lance en politique, elle confirme que « c‘est peut-être une inquiétude » depuis qu’elle est élue. Mais elle va de l’avant, défendant ses dossiers, dont le plus important est sans doute celui de l’amiante, une industrie d’importance dans sa région.


Elle s’est levée à quelques reprises en chambre et a fait des points de presse pour dénoncer l’annulation, par le nouveau gouvernement, du prêt à la mine Jeffrey à Asbestos. « C’est ma grande déception, confie-t-elle. Québec allait être précurseur dans l’utilisation sécuritaire du chrysotile à l’étranger [...] On n’aura pas eu le temps de démontrer que c’était faisable. »

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