Élections provinciales de 2012 - La campagne 2.0 n’a pas vraiment eu lieu

François Legault, chef de la CAQ, a visiblement développé un rapport obsessif à Twitter pendant cette campagne en diffusant personnellement plus de 2800 messages.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir François Legault, chef de la CAQ, a visiblement développé un rapport obsessif à Twitter pendant cette campagne en diffusant personnellement plus de 2800 messages.

Retour en arrière. Même si les politiciens et les partis politiques ont investi en plus grand nombre le réseau Twitter lors de la campagne électorale de 2012 au Québec, l’usage qui a été fait de cet outil de conversation et d’échanges en format numérique est resté « timide », indique la première étude d’envergure menée au Québec sur l’usage de Twitter pendant les 35 jours de la dernière course électorale.

« L’idée d’une campagne 2.0, promue par la classe journalistique avant la campagne, n’a pas vraiment eu lieu », lance à l’autre bout du fil Thierry Giasson, professeur de communication politique à l’Université Laval et auteur de cette étude, dont les grandes lignes ont été dévoilées vendredi dernier à Québec à l’occasion d’un colloque organisé par le Centre pour l’étude de la citoyenneté démocratique. Le Devoir lui a parlé dimanche.


« Dans l’ensemble, les partis politiques ont renforcé leur présence sur ce réseau en 2012, mais ils ont utilisé ce réseau principalement comme un outil de diffusion de l’information, plutôt qu’un espace de dialogue et de conversation », fonctions pour lesquelles Twitter a pourtant été imaginé.


Au total, l’équipe de M. Giasson a soumis à l’analyse de contenu plus de 2500 micromessages produits pendant la campagne par les six formations politiques engagées dans la course. Cela représente 41 % de l’ensemble de twitts générés par ces forces politiques.

 

Contrôler le message


Il en ressort que les partis traditionnels, « ceux qui avaient le plus de chance d’accéder au pouvoir », dit-il, ont fait preuve d’une très grande prudence dans leur communication sur ce réseau en favorisant la transmission d’information, plutôt qu’en amorçant en dialogue avec leurs abonnés ou d’autres personnes présentes sur le réseau. « Cela s’explique en partie par la volonté de ne pas perdre le contrôle du message », mais également de ne pas se placer dans des situations potentiellement délicates, résume le chercheur, qui parle du coup « d’un simulacre d’interactivité ».


En matière de communication sociale, les plus petits partis, comme Option Nationale et Québec solidaire, se sont montrés plus dynamiques en favorisant les interactions avec leurs abonnés, révèle l’étude fine de leurs messages envoyés sur ce réseau. Cette exploitation du Web dans sa dimension participative s’explique en partie par le fait que ces formations captent moins l’attention des médias traditionnels et trouvent du coup dans Twitter une façon de se faire entendre. Ces jeunes partis, dont les militants sont généralement plus au fait des codes culturels numériques et ont également plus de facilité à comprendre et à exploiter le potentiel du web 2.0

 

Des électeurs intéressés


La campagne électorale 2012 a également confirmé l’intérêt des électeurs pour Twitter : les comptes des partis se sont en effet étoffés de 31 000 nouveaux abonnés entre le déclenchement des élections et le jour du scrutin, indique l’étude qui place Option nationale en tête des formations ayant connu la plus grande progression d’abonnement. Le Parti libéral, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec suivent.


La formation politique de Jean-Martin Aussant se distingue également pour avoir généré le plus de messages sur Twitter durant la campagne, avec une moyenne de 55 tweets par jour. Soit plus que Québec solidaire (47) et que le Parti québécois (40). Le PLQ et la CAQ ont envoyé 17 messages par jour à leurs abonnés.


Enfin, autre constat, François Legault, chef de la CAQ, a visiblement développé un rapport obsessif à Twitter pendant cette campagne en diffusant personnellement plus de 2800 messages sur ce réseau pendant la campagne. C’est dix fois plus que la production de M. Aussant ou d’Amir Khadir de Québec solidaire, pourtant qualifiés à l’époque de très actifs sur ce réseau. En comparaison, lors de la campagne électorale fédérale de 2011, l’ensemble des politiciens impliqués dans la course avaient envoyé à leurs abonnés un total de 700 messages sur Twitter, soit un quart de la production de M. Legault.

1 commentaire
  • Laurent Dumais-Venne - Abonné 21 janvier 2013 12 h 06

    Erreur sur le médium

    Je ne comprends pas la thèse sous-jacente à cet article, à savoir: que Twitter (& Cie) serait un meta-mass-media qui ajouterait l'interactivité aux mass médias "classiques antérieurs. Bref, un "communication électorale 2.0". C'est de la pensée magique. Il me semble en effet que les médias sociaux ne sont pas des mass médias (bien qu'ils circulent "massivement") mais en réalité une sorte de porte-à-porte virtuel sous forme électronique, donc du porte-à-porte néanmoins, l'équivalent politique du "peer-to-peer", basé sur des relations individuelles. Twitter touche les individus massivement, certes, mais un par un, pas les masses globalement et d'un coup sec (comme un spot à la télévision ou une annonce de journal). Quant à l'interactivité de Twitter dans un contexte de campagne électorale, elle est au mieux rudimentaire et au pire factice (un politicien n'a aucun moyen vraisemblable de répondre à la totalité de ses milliers de twitteurs ou d'amis FaceBook). Bref, c'est un leurre et le concept de "campagne 2.0 me semble une "bulle" vide de sens qui flotte sur l'euphorie magique des médias sociaux. On ferait bien de noter que l'entrée en bourse de FaceBook, portée par une semblable pensée magique concernant les revenus publicitaires, a "krashé" spectaculairement quand les investisseurs mieux informés ont vu que le plan d'affaires de FB ne tenait pas la route. V'est une leçon: la rentabilité politique des médias sociaux ne saurait être meilleure que leur rentabilité commerciale. C'est la même dynamique dans les deux cas, et elle est défectueuse.