Financement universitaire: les visions divergentes s'affrontent à Sherbrooke

La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, Martine Desjardins, demande aux recteurs de faire leurs devoirs et de revoir leurs méthodes de gouvernance avant d'exiger de Québec qu'il délie les cordons de sa bourse.
Photo: - Le Devoir La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, Martine Desjardins, demande aux recteurs de faire leurs devoirs et de revoir leurs méthodes de gouvernance avant d'exiger de Québec qu'il délie les cordons de sa bourse.

Sherbrooke — Le problème du sous-financement des universités est si criant qu'il faut réinvestir sans plus tarder dans le réseau avant de se pencher sur la façon dont l'argent est dépensé, a plaidé vendredi la CREPUQ — une affirmation qui a fait bondir la FEUQ, selon qui les contribuables ne peuvent «donner un chèque en blanc» aux universités.

Le choc des idées se poursuit à l'Université de Sherbrooke, alors qu'il est question de gouvernance et de financement des universités dans le cadre de la troisième rencontre préparatoire devant mener au sommet sur l'éducation les 25 et 26 février.

CREPUQ et FEUQ


À l'extérieur, pendant ce temps, environ une cinquantaine de manifestants avaient bravé le froid pour se masser devant les portes de l'établissement, à l'invitation de la Coalition estrienne opposée à la tarification et à la privatisation des services publics. Lorsque certains d'entre eux ont tenté d'entrer de force à l'intérieur du pavillon, les forces de sécurité ont eu recours au gaz poivre.

Dans la salle où se trouvaient environ une centaine de personnes, les discussions étaient brûlantes. D'un côté, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, demande aux recteurs de faire leurs devoirs et de revoir leurs méthodes de gouvernance avant d'exiger de Québec qu'il délie les cordons de sa bourse.

«On peut toujours réinvestir davantage en éducation. Ceci étant dit, ce n'est pas une raison pour le lancer par les fenêtres, il faut savoir ce qu'on veut en faire», a lancé Mme Desjardins.

De l'autre côté, la présidente de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), Luce Samoisette, tire la sonnette d'alarme: selon elle, l'écart entre le financement des universités québécoises et celles des autres provinces n'a cessé de se creuser.

«Le message essentiel [...] est le suivant: les mêmes tendances sont à l'œuvre depuis une quinzaine d'années, et l'écart se creuse davantage», a prévenu Mme Samoisette.

Dans une étude contestée publiée en début de semaine, la CREPUQ a évalué le niveau du sous-financement des universités du Québec à 850 millions. «Notre méthodologie est rigoureuse, elle est vérifiée par des experts, les résultats sont fiables», a lancé Mme Samoisette en boutade aux détracteurs du document.

Il est donc impératif d'investir, notamment pour procéder à l'embauche de quelque 1000 professeurs pour revenir au même ratio qu'en l'an 2000 dans les salles de classe universitaires, sans quoi les conséquences déjà «évidentes», selon elle, se feront ressentir «quand il sera trop tard».

Le patronat appuie la CREPUQ


Le Conseil du patronat abonde dans le même sens que la CREPUQ sur l'épineux dossier du sous-financement. Son président, Yves-Thomas Dorval, a demandé que cesse la guerre des chiffres en résumant que les universités «sont dans le trou», peu importe à quel point elles le sont.

Une fois rassis à sa table, M. Dorval a esquissé un sourire lorsque le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), Paul-Émile Auger, a lancé l'idée d'instaurer une nouvelle contribution obligatoire des entreprises au financement global du réseau d'éducation postsecondaire.

Le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a signalé jeudi que le réseau universitaire pourrait subir d'autres compressions que les 124 millions déjà annoncés.

«Le prochain exercice financier des universités commence le 1er avril. Les universités auront à se préparer. Le ministre, s'il veut favoriser une discussion ouverte et franche [...] ici au pré-sommet sur le financement et la gouvernance doit absolument clarifier cette question», a commenté le porte-parole de l'opposition en matière d'Enseignement supérieur, Gerry Sklavounos.

Le député de Laurier-Dorion n'a pas voulu préciser quelles avenues de solution lui semblaient intéressantes à explorer, soutenant qu'il ne voulait pas «orienter le débat».

À l'affirmation de Mme Desjardins, qui a de nouveau livré vendredi un plaidoyer en faveur du gel des droits de scolarité en qualifiant cette option de «pragmatique et consensuelle», M. Sklavounos a rappelé que cela ne permettrait pas «de rattraper le retard sur les autres universités» et que «la capacité de payer des contribuables était atteinte».

La députée de Québec solidaire, Françoise David, dont la formation est en faveur de la gratuité scolaire de la maternelle à l'université, dit en avoir soupé des compressions.

«Ce ne sont pas que les universités qui en souffrent. Le gouvernement du Québec se refuse à aller chercher de l'argent neuf là où il serait possible d'aller en chercher: les minières, les banques, les grandes entreprises, les contribuables à revenu très élevé. Alors évidemment, il coupe», a fait valoir la députée de Gouin.

«On va être contre toutes les compressions dans les universités, comme on est contre les compressions dans la santé, l'environnement, etc.»

Le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton, qui a aussi pris part à l'événement, a affirmé vendredi matin qu'il comprenait le besoin de revenir au déficit zéro dont le gouvernement Marois se soucie, mais a reconnu qu'il s'inquiétait des conséquences qu'auront ces nouvelles mesures d'austérité sur la qualité de l'enseignement universitaire et sur la compétitivité des universités québécoises.

Son homologue de l'Université Laval, lui, a été nettement plus cinglant. Dans un communiqué publié en avant-midi, Denis Brière a vertement critiqué la démarche gouvernementale, qui consiste à «dialoguer à propos de l'avenir pendant que la maison de l'enseignement supérieur brûle».

Il a déclaré qu'«il y a lieu de s'interroger sérieusement sur l'approche du gouvernement québécois qui pousse les universités à faire des déficits tout en clamant l'importance, pour le gouvernement, d'atteindre son propre équilibre budgétaire».

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