Relations anglos-francos - Lisée en mode séduction

Questionné sur l’utilité réelle d’une telle démarche, Jean-François Lisée a répondu qu’en «matière d’identité, les symboles sont essentiels».
Photo: - Le Devoir Questionné sur l’utilité réelle d’une telle démarche, Jean-François Lisée a répondu qu’en «matière d’identité, les symboles sont essentiels».

Projet conjoint avec le Quebec Community Groups Network, assemblée publique à Westmount… Les deux gestes étaient symboliques, mais certainement pas anodins. Par la voix du ministre Jean-François Lisée, le gouvernement Marois a commencé jeudi à donner corps à sa promesse de tendre la main à la communauté anglophone.


Signe du caractère inusité de la convocation, une bonne dizaine de médias se sont déplacés en après-midi dans les locaux du QCGN pour entendre Jean-François Lisée dévoiler un investissement gouvernemental de… 20 000 $.


« C’est une somme qui ne mériterait pas autant de journalistes, a rapidement convenu le ministre responsable des relations avec les anglophones. Ce n’est pas la somme qui est importante, mais l’existence du projet et le fait que je sois ici pour le faire connaître. »


La somme investie servira à la réalisation d’une tournée provinciale de promotion d’une chanson créée pour « favoriser le rapprochement entre les francophones et les anglophones », dixit le QCGN. Les artistes David Hodges et The Honest Family ont dirigé le projet, une chanson bilingue accompagnée d’un vidéoclip. Le mandat était d’« aborder les thèmes de l’engagement, du leadership et de l’identité culturelle et linguistique afin de nourrir le tissu social québécois ».


Questionné sur l’utilité réelle d’une telle démarche, Jean-François Lisée a répondu qu’en « matière d’identité, les symboles sont essentiels ». Il estime qu’il « va de soi » que tous les Québécois - anglophones, francophones, allophones, autochtones - sont Québécois et peuvent revendiquer cette identité commune. « Mais j’ai l’impression que pour encore quelques années, ça va aller mieux [si on le répète] », a-t-il souligné.


« C’est un symbole puissant que d’avoir cette conférence de presse entre un ministre péquiste et le QCGN, ensemble pour poser un geste symbolique qui s’incarne dans une vidéo », a soutenu M. Lisée. « On est dans la construction des symboles, d’une idée qui n’est pas neuve, mais qui a besoin d’être encouragée », celle que les anglophones et les francophones doivent travailler ensemble. Et à ceux qui doutent de leur droit de se dire Québécois, Jean-François Lisée suggère de cesser les questionnements (« get over it »).


Changer les relations


Pour l’avoir suivi de près quand il était journaliste, M. Lisée sait que le dossier linguistique est de ceux qui s’enflamment vite. Certains sont « prompts à monter aux barricades », a-t-il dit jeudi, en évoquant quelques dossiers d’actualité.


Dans ce contexte, il cherchera comme ministre à « construire une culture de bénéfice du doute ». Le gouvernement doit induire un « changement de perspective très difficile à apporter », affirme-t-il : faire comprendre que la « promotion du français ne veut plus dire un recul de l’anglais ».


Ainsi, le dossier de la réforme de la Charte de la langue française. Le ministre juge que la réception a été correcte, malgré les critiques du QCGN. « La réaction a été que “ça aurait pu être pire”. C’est la réaction la plus positive depuis le dépôt de la première loi linguistique, et on est engagé dans un processus de consultation pour arrondir les angles. » M. Lisée a fait part de la volonté du gouvernement de créer un « environnement, un discours, une réalité qui dit qu’on n’est plus en opposition ».


Westmount


C’est notamment ce message qu’il est venu livrer en soirée - en anglais - devant les quelque 80 personnes qui remplissaient une salle de la bibliothèque de Westmount. L’Association municipale de Westmount avait invité le ministre Lisée à discuter de Montréal et des relations entre francophones et anglophones. L’accueil a été plutôt chaleureux et la soirée, teintée de quelques pointes d’humour. Ce qui n’a pas empêché l’expression de divergences durant la période de questions.


Outre des enjeux locaux (transport, démocratie municipale, environnement, appartenance à Montréal), les citoyens ont fait part d’objections sur l’intention du gouvernement Marois de retirer le statut de ville bilingue à certaines municipalités, l’obligation pour les compagnies au nom anglais d’apposer un descriptif en français ou encore la pertinence d’avoir des politiques linguistiques punitives plutôt qu’incitatives.


Au final, pas d’affrontement frontal, mais une discussion assez franche sur différents enjeux. M. Lisée s’est notamment fait dire par un citoyen qu’il était « charmant », qu’il avait de « bons mots » et était visiblement plein de « bonnes intentions ». Mais cet intervenant sentait une « déconnexion entre le message et ce qui se passe sur le terrain », et voyait mal comment les choses pourraient changer.


Conclusion du ministre au terme de sa journée anglo ? « Il y a beaucoup d’intérêt au message que l’on porte, a-t-il dit. Beaucoup de questions, de scepticisme, et d’intérêt. Ça m’encourage. » Quant à savoir comment tout ça se traduira concrètement, M. Lisée demande un peu de patience : « Stay tuned », dit-il.

À voir en vidéo