Québec demande à Ottawa de suspendre sa réforme de l’assurance-emploi

À défaut d’obtenir une écoute du gouvernement Harper, il faudrait s’en remettre à la mobilisation populaire, déclare le ministre Cloutier.
Photo: Clément Allard -Le Devoir À défaut d’obtenir une écoute du gouvernement Harper, il faudrait s’en remettre à la mobilisation populaire, déclare le ministre Cloutier.

Québec demande à Ottawa de suspendre sa réforme de l’assurance-emploi et de lui fournir ses évaluations de l’impact qu’aura cette réforme.

«Nous voulons savoir combien de gens se ramasseront sur l'aide sociale à cause des coupures du fédéral. Nous voulons savoir combien de prestataires seront touchés», a martelé le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Alexandre Cloutier, lors d'une conférence de presse à Montréal, mardi.

Le ministre Cloutier a reproché au gouvernement Harper de vouloir faire des économies non seulement sur le dos des travailleurs saisonniers, mais aussi aux frais des provinces, particulièrement le Québec.

Il a fait valoir que bon nombre des travailleurs qui seront privés de prestations devront se tourner vers l'aide sociale et, donc, grever davantage le trésor québécois.

«Cette réforme-ci, celle des conservateurs, du gouvernement de Stephen Harper, est brutale», a pour sa part déclaré le porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses, Pierre Céré, qui accompagnait le ministre lors de la rencontre de presse.

Favoritisme

Le ministre Cloutier a de plus laissé entendre que le gouvernement conservateur fait preuve de favoritisme politique puisque 40 % des travailleurs saisonniers qui reçoivent des prestations d'assurance-emploi se trouvent au Québec, comparativement à 8 % en Alberta. Il en va de même, selon lui, pour les Maritimes, qui comptent 27 % des prestataires saisonniers.

«C'est comme si le gouvernement conservateur ne comprenait pas qu'au Québec, on a des industries qui fonctionnent en suivant les saisons, a laissé tomber le ministre. On ne pêche pas le homard au mois de janvier; on ne plante pas des arbres au Saguenay-Lac-Saint-Jean au mois de février; les Québécois ne vont pas voir les baleines dans le Saint-Laurent au mois de mars», a-t-il raillé.

De son côté, Jean-Claude Rocheleau, directeur général de l'Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS), a fait valoir que les contraintes imposées par les conservateurs, soit d'obliger les prestataires à accepter des emplois dans un rayon de 100 kilomètres à 70 % du salaire précédent, pourraient menacer des industries entières, comme celle de ses membres. Il a expliqué que les techniciens travaillaient à contrat, sur appel la plupart du temps à un ou deux jours d'avis.

«On oblige les techniciens à aller travailler ailleurs entre les tournages qu'ils ont à faire. Cela veut dire qu'ils ne seront pas disponibles pour le tournage suivant ou pour tourner des publicités, des films à la télévision, des séries télévisées. Ces gens-là ne resteront pas, ils vont se ramasser ailleurs et cette expertise sera perdue», a dit M. Rocheleau.
Les employeurs dans plusieurs domaines, notamment dans l'éducation, ont dit craindre de telles répercussions, selon Pierre Céré.

Le ministre Cloutier a indiqué que sa collègue à l'Emploi et au Travail, Agnès Maltais, doit rencontrer la ministre fédérale des Ressources humaines, Diane Finley, pour discuter du dossier, mais il a ajouté qu'à défaut d'obtenir une écoute du gouvernement Harper, il faudrait s'en remettre à la rue.

«Notre rapport de force est celui de la mobilisation populaire. Si le gouvernement conservateur ne réagit pas [...] s'ils ne comprennent pas le message d'un mouvement populaire, ils s'expliqueront à leur prochaine élection», a indiqué M. Cloutier.

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