Philippe Couillard: l’homme des grandes idées

Philippe Couillard estime nécessaire de relancer les débats au sujet de l’identité québécoise : « À mon avis, il n’y a pas un Québécois qui ne pense pas à l’avenir de la nation québécoise. »
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Philippe Couillard estime nécessaire de relancer les débats au sujet de l’identité québécoise : « À mon avis, il n’y a pas un Québécois qui ne pense pas à l’avenir de la nation québécoise. »

Québec — Philippe Couillard veut transformer le Parti libéral du Québec en un mouvement d’idées qui définira une nouvelle identité québécoise que la communauté francophone, bien que majoritaire, se gardera bien d’imposer aux autres communautés.


« Il faut remettre en place un mouvement de réflexion assez profond, d’abord au parti - il faut commencer par le parti et les militants - et ensuite l’étendre à l’extérieur du parti, sur les caractéristiques de la nouvelle identité québécoise », fait valoir Philippe Couillard dans une entrevue accordée au Devoir.


« L’identité québécoise, elle a changé constamment au cours des dernières années. Elle continue de s’appuyer sur un principe important qui est le français comme langue commune. Mais la société est devenue encore plus multiple et il faut s’assurer de refaire l’unité de toutes les communautés culturelles sur des enjeux qui nous réunissent, des valeurs profondes », poursuit le candidat à la chefferie du PLQ.


L’identité québécoise n’est pas l’apanage de la communauté francophone, avance Philippe Couillard. « Il faut faire attention à la tentation de la majorité francophone, qui est nous, d’imposer sa vision aux autres communautés. » Il accuse d’ailleurs le Parti québécois d’être « réducteur dans la discussion de cet enjeu-là et de ne parler qu’au nom de la majorité francophone ».

 

Une proposition inclusive


Selon lui, le PLQ est bien placé pour proposer cette définition de la nouvelle identité québécoise. « Au Parti libéral, on a la chance d’avoir en nous un éventail des communautés au Québec », souligne-t-il. Il s’agira « d’une proposition inclusive dans le sens qu’on la soumettra à l’ensemble des communautés qui sont représentées au parti ».


Dans le passé, le PLQ n’a pas craint de discuter du « fameux dossier de l’identité nationale », estime Philippe Couillard. « Bien sûr, dans une perspective fédéraliste. »


Il sera question de liberté religieuse et de la neutralité de l’État, un terme que préfère Philippe Couillard à celui de laïcité. Il existe un « intégrisme laïque », estime le candidat. « La laïcité fermée à la mode républicaine, c’est parfois proche de l’intégrisme comme discours. Moi, je suis de nature plus tolérante, plus inclusive. Je crois que l’État doit être religieusement neutre, mais ça n’empêche pas l’expression, à travers la liberté religieuse, de la spiritualité des gens. Les signes religieux, ça ne m’incommode pas personnellement. »


Alors que la Cour suprême du Canada vient tout juste de permettre le port du niqab dans les cours de justice, Philippe Couillard croit qu’il y a « une ligne à tracer dans le cas du voile facial, qui est quelque chose qui est difficile à concilier avec nos valeurs ».


À cet égard, des divergences de vue peuvent survenir entre le Québec et le reste du Canada. Cela ne porte pas à conséquence : il suffit d’affirmer nos différences, avance le candidat. « Il est possible qu’il y ait un décalage entre le Québec et le Canada là-dessus comme il y a un décalage dans l’équilibre qu’on définit entre les droits individuels et les droits collectifs », ce qui est le cas avec la loi 101, souligne Philippe Couillard.


Cette identité québécoise, le Canada devra « éventuellement » la reconnaître et « donner au gouvernement du Québec le mandat spécifique d’en faire la promotion », juge-t-il.


À son avis, le 150e anniversaire de la fédération canadienne en 2017 est « un jalon important » qui pourrait coïncider avec la fin du cycle politique commencé par le référendum de 1980 et qui s’est poursuivi avec le rapatriement de la Constitution en 1982, l’échec de l’accord du lac Meech en 1990 et le référendum de 1995. « Un jour, il faut fermer le chapitre de 1982. L’Histoire est interrompue ; on ne sait pas, on est dans une sorte de vague. »


Philippe Couillard répète qu’il est peu probable qu’une majorité de Québécois choisissent d’abandonner la citoyenneté canadienne. « C’est une réalité. Les gens sont attachés à cette citoyenneté beaucoup plus que ce qu’on pense. Alors, on est dans un cul-de-sac où on nous dit, du côté des souverainistes, que la seule solution, c’est de briser le lien canadien et d’avoir notre propre citoyenneté, ce qui risque de ne jamais se produire, et où, de l’autre côté, des gens disent : bien non, on ne veut plus parler de ça, ça n’intéresse pas les gens. »


« C’est là où je suis en décalage également. […] On est toujours passionnés par cette question-là même si ce n’est pas au sommet des priorités. À mon avis, il n’y a pas un Québécois qui ne pense pas à l’avenir de la nation québécoise. »


Des critiques


Certains critiquent le fait que Philippe Couillard était jusqu’à tout récemment conseiller du ministre de la Santé de l’Arabie saoudite, une monarchie autoritaire qui fait peu de cas des droits de la personne et pour laquelle le médecin avait déjà travaillé pendant cinq ans dans les années 1990. Il se défend en rappelant que le Canada entretient des relations diplomatiques complètes avec ce pays. « Je suis convaincu que de maintenir le pays dans un état d’isolement va accentuer les problèmes plutôt que les résoudre », fait-il valoir.


Et il y a la question d’argent. Être politicien est un job peu payant pour un neurochirurgien. Quand François Legault l’a rencontré en 2011 pour lui demander de se joindre à la Coalition avenir Québec, une offre qu’il a déclinée, Philippe Couillard lui a répondu qu’il ne se lancerait en politique que s’il avait 2 millions de dollars dans son compte de banque. « Ce que je disais en boutade à M. Legault, c’est que sa situation économique était différente de la mienne », explique-t-il, ajoutant qu’il est loin d’être indépendant de fortune. Le candidat se dit disposé à divulguer ses déclarations de revenu, comme l’avaient fait en campagne électorale François Legault et Pauline Marois.

11 commentaires
  • Gertrude Deslauriers - Inscrit 12 janvier 2013 06 h 08

    exit 1759

    Je constate que M. Couillard ne parle pas de la bataille perdue sur les plaines. Bonne affaire pour moi, seuls les péquistes continuent d'entretenir la rancoeur face à une situation qu'on a pu contrôler. Un peu comme les Européens ou Japonais qui ont vécu la guerre, les déchirements, la haine, certains ici dont moi, préfèrent aller de l'avant et c'est tant mieux. La clique des rancuniers est divisée en trois partis politiques, cela aussi fait mon affaire, les chances diminuent à chaque jour qu'un soulèment de type cubain puisse réussir à amener la population dans un panier de crabes à la Jacques Parizeau. Quand les péquistes se présenteront à la prohchaine élection, je pense qu'on entendra les mots célèbres de Rodger Brulotte qui criait haut et fort "bonsoir, ils sont partis.".

    • Michel Gagnon - Inscrit 12 janvier 2013 12 h 08

      Vous prétendez, M. Desrochers, que les européens et les japonais préfèrent aller de l'avant en oubliant la guerre. Allez leur demander d'arrêter de commémorer la bombe atomique à Hiroshima et l'Holocauste, juste pour voir...
      Et d'associer le mouvement souverainiste au Québec à un potentiel «soulèvement de type cubain» est assez pitoyable. Est-ce à dire, M. Desrochers, que vous aimeriez voir le mouvement souverainiste déclaré illégal et une menace pour l'État, permettant ainsi d'emprisonner les militants souverainistes comme prisonniers politiques?

  • Jean Lapointe - Abonné 12 janvier 2013 08 h 56

    Il n'y a rien de nouveau là-dedans


    J'ai eu beau chercher, je n' ai rien trouvé de nouveau dans les soi-disant nouvelles idées qu'entend proposer Philippe Couillard aux membres du Parti libéral du Québec sur la question de l'identité québécoise.

    Il nous fait tout simplement part du fait que pour lui, les héritiers de la culture canadienne-française du Québec qui sont d'origines diverses, ne sont qu'une minorité du Canada et que, s'il ne s'agissait que de lui, ils devraient le rester.

    Il ne semble pas reconnaître que le peuple québécois puisse se considérer comme formant une nation et puisse aussi légitimement aspirer à l'indépendance politique.

    Il n'y a donc, à mon sens, rien de nouveau là-dedans étant donné que ce que cela veut dire c'est qu'il semble vouloir se contenter du statu quo.

    Pas étonnant alors qu'il dise "croire" au Canada, comme s'il s'agissait d'une croyance, alors que c'est en fait une option politique parmi d'autres.

    C'est une option politique qui peut bien sûr avoir ses défenseurs mais c'est une option politique que les souverainistes et indpendantistes québécois, dont je suis, rejettent parce que elle ne leur paraît pas acceptable. Eux aspirent à davantage qu'un simple statut de minoritaire car c'est une question de dignité et même de survie.

    Il est cependant heureux que Philippe Couillard soulève la question parce que, maintenant au moins, il pourra y avoir débats et la population pourra donc mieux savoir où se situe le PLQ du point de vue constitutionnel, à moins que les débats soient étouffés.

    Du temps de Jean Charest, le sujet était tout simplement ignoré parce que les libéraux espéraient que les Québécois allaient tout simplement mettre la question de côté parce que , disait-on, c'était même «dépassé» que de se la poser.

    Ils s'imaginaient que le problème était réglé et que le Québec resterait pour de bon une «province» parmi d'autres du Canada.

    Mais, l'élection du Parti Québécois les oblige maintenant à essayer de défendre leur position.

    Tant

  • Michel Gagnon - Inscrit 12 janvier 2013 09 h 55

    Grandes idées???

    Philippe Couillard s'entendrait bien avec Justin Trudeau. Avec Couillard à Québec et Trudeau à Ottawa, on pourrait enfin officialiser le multiculturalisme cher à Pierre-Elliot Trudeau, alors que les Québécois francophones seront une ethnie parmi tant d'autres, à l'intérieur d'un Canada anglophone. Voilà, en effet, une grande idée!!!

    • Solange Bolduc - Inscrite 13 janvier 2013 09 h 58

      C'est exactement ce que je pense : l'identité québécoise avec Couillard en particulier, oubliez-la!

  • Bernard Gervais - Inscrit 12 janvier 2013 10 h 00

    Les grandes idées de Couillard...

    Finalement, Couillard ne fait que reprendre le credo de son prédécesseur.

    Même frilosité, par exemple, en ce qui touche l'affirmation de l'identité québécoise et l'idée de se donner un gouvernement vraiment laïque.

    D'un côté, c'est compréhensible : dans les deux cas, cela pourrait irriter la seule clientèle électorale que possède vraiment encore le PLQ.

    Par ailleurs, l'homme se dit toujours préoccupé par l'impasse constitutionnelle dans laquelle se trouve toujours le Québec depuis 1982. Par contre, il ne propose rien de concret pour en sortir, uniquement des voeux pieux.

    Finalement, M. Dutrisac tient à rappeler qu'un politicien gagne moins qu'un neurochirurgien (profession de M. Couillard). C'est vrai mais, alors, pourquoi cet ancien ministre de la Santé tient-il donc à revenir quand même dans l'arène politique ? Certainement pas pour nous faire une faveur, mais beaucoup plus, selon moi, dans le but d'ajouter une corde à son arc et satisfaire son ego !

  • André Michaud - Inscrit 12 janvier 2013 10 h 26

    Bonne chance

    Bonne chance dans ce débat d'idées. Mais de grâce M.Couillard ne tombez pas dans le merdier constitutionnel, ce n'est absolument pas important pour l'immense majorité des citoyens.

    Comment développer plus de richesse pour conserver nos services publiques, payer notre dette en pensant aux jeunes, améliorer la gestion publique...c'est ce que les québécois ont besoin.