Qui sont les nouveaux élus? - Politicien d’abord, parlementaire ensuite

Jacques Duchesneau est porte-parole de la deuxième opposition en matière de Justice notamment.
Photo: - Le Devoir Jacques Duchesneau est porte-parole de la deuxième opposition en matière de Justice notamment.

Il y a six mois à peine, ils ont choisi de se lancer dans le vide et de mettre leur destin entre les mains des électeurs. Tous, quel que soit le parti, ont choisi de s’engager en politique pour faire bouger les choses, mais certains découvrent la dure réalité des jeux politiques. Le Devoir est allé à la rencontre de nouveaux élus.

Pour Jacques Duchesneau, le métier de député comprend deux volets distincts : celui du politicien, qui se joue dans son comté, et l’autre, celui du parlementaire, où il doit composer avec les demi-vérités, les jeux de coulisse et la partisanerie. S’il avoue d’emblée adorer le travail de terrain à Saint-Jérôme, l’ancien policier ne cache pas sa déception quant à l’exercice du pouvoir à l’Assemblée nationale.


« Moi, je n’aime pas me chicaner. Si on pouvait prendre des gens de tous les partis et former un gouvernement pour les gens du Québec, là, je pense que je serais bien content. Ce n’est pas tellement politicien ce que je vous dis là, mais je suis un rêveur, un idéaliste. »


Jacques Duchesneau se souvient parfaitement de sa première période de questions au Salon bleu, qui l’a laissé quelque peu pantois. « J’avais mon calepin, prêt à prendre des notes… » Il fait une pause, cherchant les mots pour traduire son dépit : « Tout le monde parle français, mais il y a des affaires que je ne comprends pas. »


Il raconte comment sa voisine de pupitre, la députée caquiste Sylvie Roy, lui apprend à décoder les vrais messages derrière ces échanges minutés à la seconde près. « On me dit que c’est la période des questions, mais j’attends toujours la période des réponses… », lance le politicien, plus amer que blagueur dans son bureau de comté à Saint-Jérôme.


« Ce côté belliqueux, ça me fatigue, ajoute-t-il. Je me suis levé une fois [en Chambre] pour poser une question, et là, il fallait que je sois agressif… Ce n’est pas moi, ça. »


Ce qu’il constate, au fil des semaines, c’est que tout se passe en coulisse, lorsque les caméras sont éteintes. « Tu les prends [les ministres] quand ils sortent de Chambre, et là on peut régler des problèmes. C’est comme si c’était deux personnalités. »

 

Le contact avec les gens


Ce qui l’allume, c’est son travail de député dans sa circonscription. Il est intarissable lorsque vient le temps de parler des problèmes d’accès aux soins de santé à Saint-Jérôme, ou lorsqu’il raconte une visite dans une classe de 6e année ou encore une rencontre avec des bénévoles à un tournoi pee-wee. Il faut dire que Jacques Duchesneau aime bien parler avec ses concitoyens… au point que son personnel doit souvent le tirer par le bras pour l’amener au rendez-vous suivant, où, inévitablement, il arrive en retard.


Il affirme sans hésiter qu’il peut lutter plus efficacement contre la corruption comme politicien que comme policier. Il travaille d’ailleurs sur de nouveaux projets de loi qu’il devrait présenter ce printemps. Quant à la commission Charbonneau, il se réjouit de voir qu’elle est déjà allée beaucoup plus loin qu’il ne l’avait fait avec son équipe et ne se sent pas frustré de ne plus être au centre de cette grande enquête. « Qu’ils ne parlent pas de moi, je ne m’en plains pas du tout. Contrairement à ce que les gens pensent, j’ai plus de plaisir à être avec le monde que dans les médias. »

 

Faire rêver


Politicien le plus apprécié des Québécois avec Françoise David de Québec solidaire, selon les résultats du dernier baromètre du Devoir, Jacques Duchesneau se dit « flatté », mais ne s’accorde que très peu de crédit. « Soyons honnêtes, c’est le dossier de l’intégrité que je pilote qui me place dans cette situation-là. »


Et que ceux qui aiment son style se le tiennent pour dit : il n’a pas l’intention de changer. « Si c’était mon gagne-pain, si j‘avais besoin de ça pour faire vivre ma femme et mes enfants, je serais peut-être un peu plus conciliant. Mais je suis à une époque de ma vie où je n’ai plus le goût d’être conciliant. […] Il y a des valeurs, il y a des principes avec lesquels j’ai été élevé, et ce n’est pas à 63 ans que je vais commencer à changer. »


L’expérience lui a appris bien des choses. Et son court passage en politique municipale, alors qu’il tentait sa chance pour remplacer Pierre Bourque à la mairie de Montréal, lui a enseigné quelques rudiments de l’exercice du pouvoir. Après sa défaite, il avait soutenu que « parfois toute vérité n’est pas bonne à dire, spécialement en politique ».


Quinze ans plus tard, Le Devoir l’a questionné sur cette affirmation. « Ce que je disais, c’est qu’en 1998, je suis allé en politique pour régler le problème de corruption à Montréal. J‘ai voulu dénoncer des situations pour me faire élire. Je me suis aperçu que tu ne te fais pas élire en contant des choses négatives. Tu dois faire rêver. Et puis une fois que tu es élu, là tu changes les choses. »

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