Qui sont les nouveaux élus? - Pierre Duchesne, de l’autre côté du micro

Le ministre Pierre Duchesne répond aux questions des journalistes avant une réunion du cabinet.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le ministre Pierre Duchesne répond aux questions des journalistes avant une réunion du cabinet.

Il y a six mois à peine, ils ont choisi de se lancer dans le vide et de mettre leur destin entre les mains des électeurs. Tous, quel que soit le parti, ont choisi de s’engager en politique pour faire bouger les choses, mais certains découvrent la dure réalité des jeux politiques. Le Devoir est allé à la rencontre de nouveaux élus.

Comme journaliste sur la colline parlementaire, Pierre Duchesne a dû composer avec l’instantanéité de l’information. Aujourd’hui qu’il est ministre, il constate que cette célérité va à l’encontre du développement d’une vision politique et constitue un défi de taille pour son gouvernement.


« On fonctionne dans une société où, grâce à la technologie, l’instantanéité devient la valeur première. Tous les jours, l’opinion publique, excitée par les journalistes, demande sa nourriture quotidienne : l’information. On essaie de prévoir tout ce que vous allez faire alors que le déploiement d’une vision politique, ça prend du temps ; c’est souvent une série de gestes qu’il faut poser et parfois modifier pour aller dans une autre direction. »


Dans son cabinet, au 16e étage d’une tour de bureaux brune adjacente au Parlement, le ministre de l’Éducation supérieure dénonce qu’aujourd’hui, « même la rumeur devient une nouvelle ». Dans ce contexte, les politiciens doivent être alertes, tout en « ne perdant pas trop de temps à gérer le quotidien », sans quoi il devient impossible de développer des politiques à long terme.


Cette critique ne vient en rien amoindrir son plaisir de faire partie du gouvernement, un rêve qu’il caressait depuis longtemps. « Étant jeune, je voulais être journaliste ou politicien. Je peux dire que je suis assez choyé, car à 48 ans, j’ai atteint les deux rêves les plus structurants de ma vie, l’autre étant de fonder une famille, que j’ai atteint aussi. »


Tout en dessinant distraitement des cercles concentriques dans un calepin, comme s’il lui manquait de prendre des notes pendant une entrevue, Pierre Duchesne raconte l’année initiatique de ses 12 ans.


C’était en 1976. Il habitait à Saint-Hubert, dans la circonscription de René Lévesque. Son père, comptable de formation, était libéral. Mais cette année-là, il avait voté Parti québécois. « Je me souviens d’être couché et d’entendre cette agitation de soir d’élection. Le volume de la télé était un peu plus élevé, j’ai vu mon père plus excité que d’habitude. Je me souviens aussi d’avoir entendu klaxonner les voitures, ce qui se faisait généralement pour des noces. J’ai senti l’effet de la victoire de 1976 et, jumelé à mon intérêt pour l’histoire, j’ai développé un nationalisme qui était très fort. »

 

Champ de bataille


Après 25 ans de journalisme, Pierre Duchesne avait l’impression d’avoir fait « le tour du jardin ». Il dit avoir vu « les dommages en termes de cynisme » causés par le gouvernement Charest et la montée de Stephen Harper, dont l’idéologie constitue « une menace directe à l’endroit de l’identité québécoise », selon lui.


« Je voyais ces deux menaces très, très fortes. Et quand on est nationaliste, il y a un moment où il faut soi-même poser les gestes et aller sur le champ de bataille, en étant très conscient que ce sont des circonstances difficiles. »

 

Lune de miel


Pour le député de Borduas, la méfiance exacerbée de l’opinion publique se traduit aujourd’hui par l’absence de lune de miel entre les citoyens et le nouveau gouvernement. « Il y a même eu un attentat à l’endroit de la chef politique qui aurait pu mener à une forme de lune de miel ou à une certaine empathie. Or, on ne la voit pas beaucoup. Est-ce que c’est parce que c’est une femme première ministre ? Je me pose la question quelques fois. »


Il se dit très impressionné par le leadership féminin de Pauline Marois et par l’exercice du pouvoir en général. « De ma vie, je n’ai jamais eu autant de premières fois en un seul mois », lance-t-il les yeux tout brillants.


Il se dit prêt à tous les sacrifices pour mener le Québec vers la souveraineté. Et l’un d’eux, c’est de devoir exposer ses enfants aux critiques dans les médias. « Ce que je craignais le plus, c’était les caricatures. » Bien qu’on ne l’ait pas encore dépeint comme « un gros méchant loup », il avoue en riant qu’il y en aura bien d’autres : « on aura le temps de me placer dans des positions gênantes ».

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