À la recherche du politicien idéal - L’impact de 2012 sur les nouveaux chefs

Dans les relents de 2012, un vent de corruption souffle, alimenté par les révélations de la commission Charbonneau. En guise de corollaire, les citoyens carburent au cynisme, jurant qu’on ne les y reprendra plus. 2012 aura-t-elle donc tout changé?


« Oui, c’est sûr que ça aura un impact », croit Pascale Dufour, directrice du Centre de recherche sur les politiques et le développement social à l’Université de Montréal. « Mais je serais portée au scepticisme. L’idée de montrer patte toujours plus blanche n’est pas nécessairement la solution à l’assainissement des pratiques de corruption, et je ne suis même pas certaine de l’effet miracle de la commission Charbonneau. À très court terme, oui, les gens vont se tenir plus serrés, mais si on ne fait que changer de manière cosmétique les règles sans toucher à la structure qui est derrière, on ne changera rien du tout. À la limite, on pourrait accentuer le problème, car qui dit ajout de règles dit politiciens tentés de les contourner. »


L’existence de contre-pouvoirs dans la structure politique tout au long de la prise de décision est « garant d’une certaine équité et intégrité », croit Mme Dufour, qui espère davantage de structures de parti moins hiérarchisées, comme à Québec solidaire, où les militants participent activement à l’expression de la démocratie, pour rehausser le calibre d’un futur chef.


« Tout le monde souhaite que l’année 2012 ait un effet sur les nouveaux chefs et maires, mais s’il n’y a pas de règles clairement établies, je ne pense pas que cela aura un effet percutant », croit Guy Lachapelle, professeur au département de science politique de l’Université Concordia. « Nous avons surtout besoin de leaders qui ont l’indépendance d’esprit nécessaire pour être au-dessus de la mêlée. Un leader politique, économique ou intellectuel, c’est ce qui nous a manqué au cours des dernières années. Nous avons vu des dirigeants gérer à court terme en ne voyant que leur réélection sur le radar. »

 

Corruption, mais encore?


Le théâtre de 2012 est important, mais derrière cette saga à saveur de mafia se cachent des enjeux importants que les futurs leaders devront faire leurs. « L’intégrité, ça sera la qualité exigée numéro un, et c’est capital », dit John Parisella, ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, ex-conseiller de Jean Charest, aujourd’hui directeur exécutif de la campagne de financement de l’Université de Montréal, des HEC et de Polytechnique. « Mais il faut autre chose pour affronter les défis des sociétés modernes : de la vision, avec un sens de la direction inspiré. De l’authenticité, une capacité à la fois de mobiliser et de rassembler, ce que Trudeau père et René Lévesque avaient parfaitement réussi. »


Tous ces ingrédients peuvent-ils se retrouver en une personne ? « Barack Obama a tout cela. Le gouverneur du New Jersey Chris Christie, avec sa capacité à mettre le pays avant son parti, comme on vient de le voir, est authentique. Et le maire de New York Michael Bloomberg, qui a fait de sa ville un endroit agréable à visiter et qui mène une dure lutte contre le port d’armes à feu, est un homme de vision », poursuit M. Parisella. « Les gens veulent quelqu’un qui n’est pas fabriqué, qui est authentique, qui n’a pas la langue de bois. Si on a tout cela, on peut même passer à travers une commission d’enquête, des déclarations spectaculaires, parce que la démocratie et le vrai leadership transcendent des moments ponctuels dans la vie politique. »

 

Le sens du service public


Avec son florilège de confessions, la commission Charbonneau aura dévoilé jusqu’à quel point le respect du sens public est à géométrie variable… « Dans la foulée de Charbonneau, on a vu un peu de tout. On a vu des maires, celui de Mascouche, par exemple, issu du monde entrepreneurial, à l’évidence très peu sensibilisé à l’importance du service public et de l’éthique », explique Éric Montpetit, professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal. « Je crois qu’on va assister à une réflexion sur l’importance du service public et à la création d’une nouvelle culture de l’éthique. On ne s’improvise pas maire d’une municipalité ! »


Là où règne le pouvoir rôde la corruption. Histoire de se prémunir contre les égarements possibles, la politologue Pascale Dufour propose de regarder non seulement du côté de l’intégrité des chefs, mais aussi de celui de l’appareil étatique, dont la mission est de soutenir la prise de décisions politiques.


« Je veux insister sur le rôle de la fonction publique, qu’on a sabrée allègrement au cours des dernières années. On saccage une expertise destinée à fournir aux politiciens des connaissances justes. Et nous voilà à la merci des firmes privées et des contrats pour des éléments essentiels ! Le danger de corruption est d’autant plus présent. »

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