À la recherche du politicien idéal - Sommes-nous trop exigeants?

Électeur imparfait cherche leader impeccable ? Même s’il ne cherche pas le « surhumain » doté de toutes les qualités et exempt de la moindre faille, le citoyen formule peut-être des exigences démesurées quand il demande toujours plus blanc que blanc.

Voilà du moins ce que croit le politologue Éric Montpetit, professeur à l’Université de Montréal. « Non seulement nos attentes sont trop élevées à l’endroit des leaders, mais en plus, on est très sévères envers eux. On confond les standards universels exigés, comme l’intégrité ou le sens de la vision, qui n’ont rien de nouveau, soit dit en passant, avec des standards non dits, qui eux sont totalement irréalistes. »


Par exemple, note M. Montpetit, lorsque la population du Plateau-Mont-Royal a élu en 2009 le maire d’arrondissement Luc Ferrandez, tout n’était qu’enthousiasme et espoir. Depuis, la lune de miel semble bien terminée. Ses mesures d’apaisement de la circulation ont fait rugir. « Si on suit les normes officielles, c’est un gars authentique, intègre, qui a de la vision. En fait, il applique ses promesses depuis qu’il est en poste, il devrait susciter l’engouement. Mais c’est l’un des politiciens les plus franchement détestés. On lui reproche d’exagérer, de mentir, d’être démagogue. Mais en réalité, les gens ne sont tout simplement pas d’accord avec lui, voilà le problème. Il y a donc une norme non dite : on veut un politicien qui soit transcendant et qui fasse consensus. Mais lui, il n’existe pas. »


Le directeur général de l’Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées (IGOPP), Michel Nadeau, juge lui aussi qu’un peu plus d’indulgence ne ferait pas de mal. La promptitude à condamner, sans la moindre tolérance aux écarts, peut écarter de la graine de très bon leader. « Le cas de Daniel Breton est intéressant à analyser [ex-ministre de l’Environnement qui a démissionné dans la foulée de révélations entourant des loyers impayés et des infractions non acquittées]. Mme Marois a préféré qu’il parte, mais on ne s’est pas vraiment posé la question de savoir si ce serait un bon ministre et un bon gestionnaire. On s’est attardé à des faits remontant parfois à 25 ans et qui montrent seulement qu’il a eu de la difficulté à gérer sa vie personnelle à un certain moment. »

 

Cage de verre


En outre, les médias contribueraient à accentuer cette vision des choses centrée uniquement sur les problèmes, sans nourrir de vision positive. « Je suis pour le journalisme d’enquête [il a cofondé un centre national de journalisme d’enquête à la fin des années 1970], bien sûr », poursuit Michel Nadeau. « Mais je me demande si on ne glisse pas vers une sorte de voyeurisme à l’heure actuelle. On n’évalue pas les gens selon leurs activités de gestionnaire, mais la rémunération de contrats personnels, leurs notes de frais, leurs frais de déplacement… Je pense que l’obsession qu’on a pour la transparence est devenue une forme de voyeurisme qui va décourager beaucoup de bons candidats à faire le saut parce qu’ils ne veulent pas vivre dans une cage de verre. »


S’il croit qu’il est toujours possible d’améliorer le fonctionnement des partis, tout en affirmant d’emblée l’importance de miser sur des candidats de qualité, Éric Montpetit estime que le véritable problème se situe dans l’attitude du public. « Et j’irai plus loin en disant que ce sont les médias qui accentuent cette vision négative en ne mettant l’accent que sur les accrocs, en insistant rarement sur les bons coups. Or, des bons coups, il y en a, et souvent. Mais l’importance du message médiatique est telle qu’on finit par n’avoir qu’une impression négative. »

À voir en vidéo