Commission Charbonneau - La FTQ se fait tirer l’oreille

À la FTQ-Construction, on refuse de dévoiler l’identité des personnes concernées par le travail des enquêteurs. Ci-haut, des membres du syndicat sur un chantier.<br />
Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir À la FTQ-Construction, on refuse de dévoiler l’identité des personnes concernées par le travail des enquêteurs. Ci-haut, des membres du syndicat sur un chantier.

La commission Charbonneau rencontre une certaine résistance de la part de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), de son syndicat affilié, la FTQ-Construction, ainsi que du Fonds de solidarité, dans la collaboration à l’enquête les concernant, a appris Le Devoir.

Selon les informations recueillies, les enquêteurs de la commission se butent à un manque de volontaires pour expliquer des situations qui soulèveraient des doutes, notamment à l’égard d’une possible infiltration du crime organisé. Du coup, plus de six personnes auraient reçu une citation à comparaître devant la commission Charbonneau au cours des prochains mois.


À la FTQ-Construction, on refuse de dévoiler l’identité des personnes concernées par le travail des enquêteurs. On reconnaît toutefois que des syndiqués ne leur ont pas démontré beaucoup d’ouverture. « Certaines personnes ont refusé de rencontrer les enquêteurs. C’est une question personnelle. Il n’y a pas de mot d’ordre du syndicat », a affirmé le responsable des communications à la FTQ-Construction, Merlin Trottier-Picard.


Cette attitude contraste avec le discours officiel de collaboration tenu par Michel Arsenault, président de la FTQ et du Fonds de solidarité. En novembre 2010, deux semaines avant la tenue du congrès de la FTQ, M. Arsenault avait fait volte-face et réclamé la tenue d’une commission d’enquête publique. Les pressions venaient de l’intérieur ; le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente une majorité d’employés municipaux au Québec, avait exigé l’« évolution » de la position de la FTQ.


Le leader syndical avait alors insisté pour dire que ce virage n’était pas une admission qu’il y a « de mauvaises pratiques à la FTQ ». Il avait d’ailleurs rappelé qu’une enquête publique devait se tenir dans le respect « des règles qui font du Québec une société de droit, civilisée et ouverte ».


Ni la FTQ ni le Fonds de solidarité n’ont demandé de statut de participant à la commission Charbonneau, statut donnant le droit de contre-interroger les témoins. Seule la FTQ-Construction est représentée. Ce sont deux avocates de la section locale 791 (Union des opérateurs de machinerie lourde connue du grand public grâce à un de ses conseillers sur la Côte-Nord, Bernard Gauthier, alias Rambo), Me Julie Boyer et Me Maude Lyonnais-Bourque, qui suivent les audiences de la commission Charbonneau.

 

Fonds de solidarité


Du côté du Fonds de solidarité, on s’est d’abord borné à dire qu’il n’était pas question de commenter le manque d’entrain de l’organisation à travailler main dans la main avec la commission Charbonneau. Un peu plus tard, le conseiller principal aux communications, Patrick McQuilken, a expliqué être « surpris » : « Nous estimons que les contacts préliminaires [avec les enquêteurs] ont été courtois. Et tout porte à croire que c’est réciproque. »


Les relations avec les médias ont changé de ton au cours des derniers mois. En août dernier, lorsque Le Devoir révélait que la commission Charbonneau s’intéressait au Fonds de solidarité pour un présumé système de pots-de-vin facilitant l’accès aux dirigeants et au capital d’investissement, M. McQuilken s’était montré transparent. Il y a quelques jours, il s’en tenait à répéter une « ligne de presse » écrite.


Par exemple, différentes questions touchant à l’appartenance du Fonds de solidarité au club privé 357C, dont il a été abondamment question dans les derniers jours d’audiences publiques de la commission Charbonneau, ont été posées. Chaque fois, M. McQuilken donnait la même réponse qu’il a même dictée au Devoir. « Le Fonds de solidarité ne rend pas publiques les informations concernant les rencontres de ses représentants », a indiqué Patrick McQuilken.


Ce dernier a tout de même précisé que le Fonds est membre du 357C depuis que le club Saint-Denis a fermé ses portes (septembre 2009). Outre le président, Michel Arsenault, le p.-d.g. du Fonds ainsi que les membres du comité de direction peuvent y tenir des « activités corporatives » (sept personnes au total).


Un libéral au Fonds


Dans le dossier de la commission Charbonneau, le Fonds de solidarité est représenté par Me André Ryan, qui est étroitement lié au Parti libéral du Québec. En effet, Me Ryan a présidé la commission juridique du PLQ de 2007 jusqu’en septembre dernier. C’est cette instance qui a établi les balises de la présente course à la direction du Parti libéral.


De plus, c’est Me Ryan qui a représenté le premier ministre Jean Charest à la fois devant la commission Bastarache (sur le processus de nomination des juges) et dans la poursuite en diffamation contre l’ancien ministre de la Justice, Marc Bellemare.


Me Ryan est associé au cabinet BCF. C’est un spécialiste du droit des affaires, mais il a développé, comme l’indique son profil sur le site Internet de BCF, « une expertise en matière de relations avec les médias et en gestion de crise ».


Ce n’est pas la première fois qu’André Ryan met le pied dans le giron de la FTQ. À l’automne 2009, il a représenté le bras droit de Michel Arsenault, Gilles Audette. Ce dernier a tenté, par une injonction, d’empêcher la diffusion de ses propos à l’émission Enquête. M. Audette avait été enregistré à son insu alors qu’il parlait d’infiltration du crime organisé. « Y aura pas un câlisse de mafioso pis de Hells qui va atteindre le Fonds de solidarité », avait-il dit.


Par ailleurs, Me Ryan siège depuis mercredi dernier au conseil d’administration du Devoir. Il y est délégué par le Fonds de solidarité de la FTQ, qui est un des actionnaires minoritaires de l’entreprise.

12 commentaires
  • Serge Grenier - Inscrit 10 décembre 2012 06 h 48

    Jusqu'au bout

    Moi, je souhaite de tout coeur que la Commission Charbonneau aille jusqu'au bout, coûte que coûte.

  • Hugues Tremblay Manigouche - Inscrit 10 décembre 2012 07 h 57

    Pauvres syndicats!

    Malheureusement leur entranchement et leur résistance ne fait qu'exaspérer la population. Bien dur de défendre l'idée syndicale quand on fait face à de véritables enfants gâtés. Ils vont être les premiers surpris quand, dans quelques années, ils auront perdus de plus en plus de privilèges. Je ne suis pas anti-syndicat, au contraire, mais quand je lis des choses comme ça, je me dis que ce sont des dinosaure.

  • Hermil LeBel - Inscrit 10 décembre 2012 08 h 09

    À qui profite le crime ?

    Est-ce qu'il y a quelqu'un de surpris devant cette réticence ?
    FTQ et crime organisé, même combat !
    Idem pour la racaille de politiciens qui constituent leurs alliés pour mieux nous flouer et nous voler...

  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 10 décembre 2012 09 h 07

    Fonds de solidarité

    Le Fonds de solidarité n'aide pas souvent des petits agriculteurs, mais souvent des industries polluantes. Il ne semble pas y avoir une grosse conscience écologique et lorsqu'elle se manifeste, est ridiculisée. Cela m'est arrivé à deux reprises, une fois en assemblée générale et une fois, un peitit article pour un journal syndical a été refusé parce que je faisais la critique des sortes d'investissements.

  • Carole Dionne - Inscrite 10 décembre 2012 11 h 13

    Polyvalent, ce M Ryan

    Et très bien branché. Un moment donné, il va se retrouver dans le rôle de juge et parties. Mais comme c'est un avocat, aucun danger de collusion.

    Quant à la FTQ, c'est un monstre au milliers de contacts. C'est à ce genre de monstre admoinistratif que la commission doit s'attaquer. Même les travailleurs ne peuvent en profiter: comme la fonction publique, le FTQ existe pour elle-même.

    • Luc Falardeau - Abonné 10 décembre 2012 13 h 35

      La pieuvre a plusieurs pattes et plusieurs tentacules... il n'y a donc aucun danger de collusion entre les pattes ou les tentacules...