Loterie vidéo - Loto-Québec a voulu réactiver un dispositif controversé

Dans son « analyse » de trois pages produite à la fin septembre, mais jamais diffusée, l'organisme Mise sur toi prenait acte du « retour du bouton d’arrêt sur certains appareils » et appelait Loto-Québec « à la vigilance ».
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans son « analyse » de trois pages produite à la fin septembre, mais jamais diffusée, l'organisme Mise sur toi prenait acte du « retour du bouton d’arrêt sur certains appareils » et appelait Loto-Québec « à la vigilance ».

Loto-Québec a testé cet été de nouveaux appareils de loterie vidéo comprenant un « bouton d’arrêt », un dispositif controversé qui incite au jeu compulsif selon plusieurs études. Mais comme le test n’a pas été concluant aux yeux de la société d’État - parce qu’il n’a pas permis d’aller chercher plus de revenus -, l’idée de réintroduire partout le mécanisme a été mise sur la glace, a appris Le Devoir.

Le projet-pilote de Loto-Québec a suscité un malaise au sein de l’organisme de prévention Mise sur toi, montre aussi un document obtenu par Le Devoir. Quelques semaines avant que Loto-Québec ne décide de rapatrier Mise sur toi (MST) dans son giron - l’organisme était jusque-là « indépendant et privé » -, un communiqué avait été préparé par MST pour dénoncer la réapparition des boutons d’arrêt sur les appareils.


Dans son « analyse » de trois pages produite à la fin septembre, mais jamais diffusée, Mise sur toi prenait acte du « retour du bouton d’arrêt sur certains appareils » et appelait Loto-Québec « à la vigilance ». L’organisme rappelait que le dispositif était « disparu depuis 2003, à la suite de la recommandation d’experts », qui s’inquiétaient du faux « sentiment de contrôle » que procure le bouton d’arrêt.


Car celui-ci n’est « qu’une mise en scène, une théâtralité du jeu », relevait notamment une étude menée en 2007 par deux chercheurs de la Direction de santé publique de Montréal et de l’Institut national de santé publique du Québec (Serge Chevalier et Élisabeth Papineau). Loto-Québec le reconnaît d’ailleurs. « Il est vrai de dire que le bouton d’arrêt n’a aucun impact sur le résultat de la partie », indique la porte-parole Marie-Claude Rivet. Il n’est là que pour le plaisir du jeu et l’illusion de contrôle.


« Dès le début de la partie, la programmation de la machine a établi si la partie est gagnante », explique l’étude de 2007. Or, « en donnant au joueur la possibilité d’interrompre le mouvement des rouleaux virtuels avant l’arrêt prévu dans la programmation informatique, on renforce chez lui le sentiment qu’il peut contrôler l’issue d’une partie, donc qu’il existe bien des connaissances et des habiletés qui peuvent être acquises et qui maximisent les gains, alors que le jeu n’est basé que sur le strict hasard. »


Selon Loto-Québec, la présence des boutons d’arrêt ne change toutefois rien à la quantité d’argent qu’un joueur va insérer dans un appareil de loterie vidéo (ALV). « On a fait le test cet été dans 275 établissements, indique Mme Rivet. Et ça nous a permis de constater que ça ne faisait aucune différence. »


C’est sur la foi de cette expérience, et non des études antérieures, que Loto-Québec a décidé que ses nouveaux appareils - 12 000 ALV de « troisième génération » seront redéployés dans les prochains mois - ne comporteront pas ces boutons d’arrêt.

 

On cherchait quoi?


Questionnée à savoir quels résultats cherchait Loto-Québec en réintroduisant l’option de contrôle fictif, Mme Rivet répond qu’il était simplement question de faire une « dernière vérification ». « On voulait tester s’il y avait un intérêt de la clientèle, et si ça donnait des résultats », mentionne-t-elle.


Une augmentation des revenus aurait-elle été considérée comme une bonne nouvelle, ou comme la confirmation d’un incitatif au jeu compulsif ? « Avec des si, on va à Paris », répond-on à Loto-Québec. « Il n’y a pas d’impact négatif [à la présence du bouton], il n’y a pas d’impact positif, dit Mme Rivet. À la lumière de ces observations, nos ALV n’auront pas de boutons d’arrêt. » La porte-parole ajoute que « la décision s’inscrit dans un souci d’offrir certaines mesures préventives ».


Dans son rapport annuel 2002-2003, la Société des loteries vidéo du Québec vantait le processus de remplacement de son parc d’ALV en mentionnant que « la nouvelle génération d’ALV est dotée de différents mécanismes et dispositifs favorisant le jeu responsable ». Parmi ces dispositifs, on notait « l’impossibilité pour le joueur d’arrêter les rouleaux de jeux en touchant l’écran ». Dix ans plus tard, c’est l’utilité de cette mesure qu’a remise en question Loto-Québec.


Le budget Marceau déposé le 20 novembre demande à Loto-Québec de générer 50 millions de revenus additionnels en 2013-2014, et 90 millions l’année suivante. 80 % de la somme sera générée par le secteur des casinos, le reste provenant du réseau d’ALV, soutient Loto-Québec. Quelque 300 nouveaux ALV seront installés. Sur plusieurs appareils, le gros lot maximal passera de 500 $ à 1000 $, ce que permet la Loi sur les loteries, mais qui n’avait jamais été appliqué au Québec.

 

Mise sur toi


Au-delà des boutons d’arrêt, c’est tout le processus actuel de remplacement des ALV qui inquiétait Mise sur toi dans les derniers jours de son existence autonome. « Mise sur toi désire sensibiliser particulièrement le gouvernement et Loto-Québec à l’importance de s’acquitter du devoir de diligence et de protection des utilisateurs dans la commercialisation de ces produits », indiquait le communiqué jamais diffusé.


L’organisme plaidait pour « la mise en place d’une politique réglementant la nature même de ces produits, leur accessibilité et leur commercialisation », en rappelant que plusieurs recherches « révèlent que les joueurs d’ALV sont surreprésentés dans la population de joueurs à risque ».


Mise sur toi faisait notamment valoir que les « caractéristiques structurales » des appareils ne devaient pas encourager un jeu excessif. Il recommandait que la vitesse de jeu des appareils soit « considérablement réduite », que l’usage des faux gains et des quasi-gains soit totalement enrayé et que les dispositifs d’arrêt de jeu soient retirés des appareils.


Selon des sources internes, le communiqué n’a jamais été diffusé parce qu’il a été rédigé alors même que l’organisme était avalé par Loto-Québec. Le 24 novembre, Le Devoir révélait que la société d’État avait décidé de reprendre le contrôle de l’organisme créé en 2002 et qui agissait comme caution morale des bonnes intentions de Loto-Québec en matière de jeu responsable. Ce changement structurel suivait une campagne publicitaire de Mise sur toi jugée plus critique envers Loto-Québec.

5 commentaires
  • Patrick Papineau - Abonné 7 décembre 2012 09 h 10

    Encore l'argent avant la santé publique

    Intégrer MST à Loto-Québec peut-il être considéré comme une autre démonstration du manque d'éthique sociale du PQ ? J'ose imaginer que le PQ aurait pu empêcher ce geste...

  • Francois Cossette - Inscrit 7 décembre 2012 09 h 47

    Ethique, c'est un mot inconnu des politiciens!!!

    La difference entre loto-quebec et un dealer de drug. Aucune, les deux vendent du reve en exploitant la dépendance des gens. Mais comme dans un des cas c'est l'état qui vide les poches du pauvre monde alors c'est légal.

  • André Chevalier - Abonné 7 décembre 2012 11 h 02

    Publicité mensongère

    La publicité mise en onde par l'organisme Mise sur toi est mensongère.

    Je met au défi Loto-Québec de dénicher un individu réel dont la vie est aussi riche et remplie que la femme décrite dans la publicité de Mise sur toi qui, par ailleur, trouve amusant de jouer avec une machine à sous comme dans la publicité.

    Pour éprouver du plaisir à mettre des sous dans ces jouets, il faut trouver la vie plate, s'ennuyer royalement et ne pas savoir quoi faire de sa peau.

    Mettre cette activité au même niveau que n'importe quel loisir est idiot.

  • Marc O. Rainville - Abonné 7 décembre 2012 11 h 11

    Loto Québec

    C'est le propre des états mafieux de maintenir dans la misère leurs classes d'intouchables.

    • Patrick Papineau - Abonné 7 décembre 2012 11 h 50

      Et de maintenir dans l'opulence l'autre classe d'"intouchables"...