Des compressions tous azimuts

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	«C’est une phase plate, mais ce n’est pas de ma faute, a dit le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard. C’est la faute aux libéraux.»</div>
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot
«C’est une phase plate, mais ce n’est pas de ma faute, a dit le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard. C’est la faute aux libéraux.»

Non seulement le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, impose des compressions tous azimuts, y compris en santé et en éducation, mais il somme les ministères et les entités consolidées du gouvernement de serrer d’un autre cran leur ceinture afin d’extirper 400 millions de plus.

« C’est une phase plate, mais ce n’est pas de ma faute », a affirmé Stéphane Bédard lors du huis clos qui a précédé le dépôt à l’Assemblée nationale du budget de dépenses 2013-2014 du gouvernement, soit les crédits des ministères et organismes. La faute revient aux libéraux, a-t-il soutenu. « Un relâchement important a été constaté dans la gestion des fonds publics, sans compter les dérapages dans les investissements en infrastructure, qui exercent une pression énorme dans les dépenses de programme et la dette du gouvernement. »


« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés », disait La Fontaine. Les compressions, qui sont désignées sous le vocable de « mesures d’optimisation », sont appliquées à tous les ministères sauf le ministère de la Famille, qui voit son budget augmenter de 3,2 % en raison de l’ouverture de nouvelles places dans les services de garde. Dans leur ensemble, les dépenses sont ramenées à 1,9 % pour l’année en cours et à 1,8 % en 2013-2014. « Le premier budget de dépenses de notre gouvernement vise à remettre le Québec sur la voie du déficit zéro dès l’an prochain », a réitéré le président du Conseil du trésor.


Pour les universités et les cégeps, les compressions ont été appliquées dès cette année : elles s’élèvent à 128 millions, ou 2,5 % de la somme que leur verse le gouvernement. Si on retranche les sommes reçues pour éponger les coûts du conflit étudiant, les compressions atteignent 60 millions pour les universités et 9 millions pour les cégeps.


Ce n’est que l’an prochain que les universités toucheront une hausse de 3,3 %, ce qui n’est pas suffisant pour couvrir l’inflation (les coûts de système) pour les deux années. Pour les cégeps, c’est 1 % de plus en 2013-2014 après les compressions de cette année. Rappelons aussi la chute de 37,5 millions - ou 12 % - des budgets alloués à la recherche.


Avec une hausse de son budget de 1,8 %, le réseau de l’éducation devra faire face à certaines compressions, puisque certaines commissions scolaires se voient privées de 200 millions au chapitre de la péréquation.

 

Emploi, santé et culture


Avec une croissance de son budget de 4,8 % l’an prochain, soit 1,5 milliard sur un budget de 31,6 milliards, le ministère de la Santé et des Services sociaux semble à première vue épargné. Or, 500 millions serviront à enrichir les médecins, qui auront droit à une augmentation de plus de 10 % de leur rémunération en raison du rattrapage qu’ils ont su négocier avec le gouvernement Charest. En outre, on impose un « plan d’optimisation » de 178 millions aux centres hospitaliers, et de 53 millions aux agences de la santé et des services sociaux. L’amélioration des services, notamment en soins à domicile, proviendra des économies de 336 millions réalisées sur la note des médicaments, notamment avec l’élimination de la protection de 15 ans des brevets.


« On protège les services aux citoyens », a avancé Stéphane Bédard. Mais il y a tout lieu de croire que lors de l’analyse des crédits en février à l’ouverture de la prochaine session, les partis d’opposition auront beau jeu de trouver des compressions qui auront des conséquences sur les services.


Ainsi, au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, on réduit de 55 millions l’aide à l’emploi et de 51 millions l’aide financière apportée aux démunis. Cette réduction de l’aide sociale s’explique en partie seulement « par la baisse de clientèle prévue », signale le Conseil du trésor. Au ministère des Transports, une coupe de 12 millions est faite dans le transport adapté des personnes handicapées.


Le ministère de la Culture et des Communications fait belle figure avec un relèvement de 2,1 % de son budget, ou 12,8 millions. Mais en réalité, une part non négligeable de 4,7 millions vient éponger les dépassements de coûts du partenariat public-privé (PPP) de la Maison symphonique. Le béton garde la cote, puisque l’aide aux immobilisations passe de 85,8 à 94,8 millions, mais l’aide aux projets est réduite comme peau de chagrin à 907 000 $, une coupe de 4 millions tout comme la rubrique « interventions particulières », dont on retranche 3,6 millions. Les grandes institutions conservent grosso modo les mêmes budgets, tout comme le Conseil des arts et des lettres, qui fait du surplace.


L’aide aux entreprises écope. On retranche 58 millions des interventions émanant du Fonds de développement économique, soit une compression de 20 %.


La région de Montréal perd près de 15 millions, ou 12 % de son programme de promotion et de développement tandis que celui de la Capitale-Nationale est amputé de 3,3 millions, une baisse moindre de 5 %.

 

Les réactions


Du côté de l’opposition officielle, on estime que les compressions vont freiner la croissance économique. « C’est nos objectifs. Le chemin pour arriver, c’est complètement le contraire de ce que nous avons fait », a affirmé Sam Hamad, le porte-parole libéral en matière d’économie. Son homologue de la Coalition avenir Québec, Christian Dubé, a exprimé des doutes quant à la possibilité que le gouvernement Marois réussisse à limiter la croissance des dépenses à 1,8 %. Enfin, François David, de Québec solidaire, ne croit pas que les compressions n’affecteront pas les services aux citoyens. À Montréal, le maire Michael Applebaum a joué de prudence. Il préfère analyser la situation plus à fond avant de s’indigner. « On va examiner les conséquences sur notre budget, et on verra les suites à donner à cette annonce. » L’opposition officielle est du même avis. « Il n’y a pas lieu encore de crier au loup », a dit Véronique Fournier, porte-parole de Vision Montréal en matière de finances.


Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, s’est montré plus cinglant. « Le gouvernement n’a pas compris, de toute évidence, quelle est l’importance de Montréal pour l’avenir du Québec. »


 

Avec Brian Myles

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35 commentaires
  • Jean-François Tremblay - Inscrit 7 décembre 2012 00 h 36

    Une suggestion pour tendre vers le 400 millions de plus...

    Voir mon commentaire dans l'article de Robert Dutrisac du 6 décembre 2012, « Loi 101 - De nouveaux droits pour stopper le recul du français ».

    En cessant la publication et la traduction anglaise de ses pages Internet et de tous ses documents et formulaires, et en cessant de fournir des services en anglais aux citoyens qui le demandent, le gouvernement pourrait conjuguer sa volonté de générer des diminutions de coûts à celle de freiner le recul du français.

    • Richard Coulombe - Inscrit 7 décembre 2012 09 h 37

      Oui, et pourquoi pas chasser tous les anglais, exproprier leurs maisons, et vendre tout sur le marché à moitié prix. Ça devrait vous rapporter un autre 4 milliards. Tant qu'à suggérer des insanités, pourquoi arrêter à mi-chemin?

  • Bernard Gervais - Inscrit 7 décembre 2012 01 h 04

    L'effronterie libérale

    Décidément ce Sam Hamad (l'un des ministres les moins brillants sous Charest) ne manque pas de culot quand il accuse le gouvernement Marois de freiner la croissance économique !

    Comme si les libéraux, qui ont pourtant été au pouvoir durant 9 ans, n'y étaient absolument pour rien concernant l'impasse dans laquelle se trouvent actuellement les finances publiques du Québec !

    Comme si le nouveau président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, pouvait se permettre d'éviter les compressions qu'il doit imposer aux différents ministères !

    Quant aux lamentations de QS et de la CAQ, facile de critiquer. Que feraient-ils, eux, à la place de M. Bédard ? Ça, bien entendu, ils ne le disent pas !

    • Francois Gagnon - Inscrit 7 décembre 2012 05 h 57

      La CAQ est en effet très mal placée pour critiquer les coupures puisque c'est ce qu'elle réclame haut et fort depuis sa fondation !

      Les Libéraux n'aurait certainement pas fait mieux que le PQ puisqu'ils auraient eux à gérer le même argent et la même capacité de (pas) payer du pauvre État Québécois.

      Il ne faut quand pas être dupent et croire que l'augmentation des frais de scolarité des Libéraux (augmentation qui aurait essentiellement été assumée par les parents payeurs de taxes des étudiants, donc une autre taxe déguisée) aurait à elle seule sauvé les finances du Québec.

      Ces pauvres Libéraux souffrent vraiment d'Alzheimer sélectif. Il est à espérer que leur nouveau chef n'en souffre pas et qu'il saura soigner ses troupes avec le bonne médecine !

    • Claude Champagne - Inscrit 7 décembre 2012 10 h 30

      M. Gervais quand les libéraux étaient au pouvoir, ils n'étaient responsable de rien et maintenant ils ont oublié 9 ans d'enflure de la dette, moi j'appelle ça un parti libéral "no-fault" responsable de rien!

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 décembre 2012 10 h 41

      À Jean-François Tremblay,

      «Quant aux lamentations de QS et de la CAQ, facile de critiquer. Que feraient-ils, eux, à la place de M. Bédard ?»-Jean-François Tremblay

      Monsieur Tremblay,

      À mon avis Québec Solidaire ferais «BEAUCOUP» mieux que le PQ, et ce, tout simplement parce qu'il n'est pas inféodé comme le Parti québécois et tous les autres partis néolibéraux par les entreprises et qu'il défend les intérêts des citoyens et non les intérêts des corporations.

      La simple volonté politique d'exiger des compagnies à faire leur juste part, augmenterait considérablement les revenus de l'État.

      Ne pensons qu'à cette seule proposition de Québec Solidaire de créer «Pharma-Québec» qui a été refusée du revers de la main par le Parti québécois et qui aurait pu faire économiser jusqu'à 2 milliards en couts des médicaments au Québec.

      Comme vous le voyez, bien loin de juste critiquer, Québec Solidaire au contraire propose une foule de solutions concrètes structurées et budgétées. Et vous auriez grand intérêt à mieux vous informer.

      Merci d'en prendre note.

      Christian Montmarquette
      Québec Solidaire
      Montréal

    • Bernard Gervais - Inscrit 7 décembre 2012 17 h 32

      @ Christian Montmarquette

      Merci d'avoir lu mon commentaire et d'en avoir cité un extrait dans votre propre texte.

      Petite correction toutefois : mon nom est Bernard Gervais et non, comme vous l'avez écrit, Jean-François Tremblay !

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 décembre 2012 18 h 35

      À Bernard Gervais,

      Toutes mes excuses pour cette faute inattention Monsieur Gervais.


      -CM

  • Daniel Bouchard - Inscrit 7 décembre 2012 02 h 48

    La duperie Péquiste

    Quand la transparence et l'honnêteté à passer, le Parti Québécois devait être en vacance! Madame Marois a traîter de rêveur Monsieur Legault (pensée magique) parce qu'il voulait couper dans le gras et celle-ci malgré toutes ses promesses, coupera dans les services. Remarquez que je pense qu'il faut couper, mais j'en ai sur l'honnêteté de la Première Ministre quand à ses propos biaisés. Et que dire de son intention de donner un poste à vie à son petit petit ami.. elle s'est rétracté parce qu'elle a réalisé que ça lui coûterait cher électoralement. On ne peut pas dire que la virginité péquiste est à tout épreuve, loin de là!

    • Claude Champagne - Inscrit 7 décembre 2012 10 h 48

      M. Bouchard laisser faire les petits amis le tire a été corrigé, pour ce qui est des coupures, cela fait mal personne ne saute de joie, les libéraux champions des lunettes roses pour gagner en popularité. Si le P q voulait gagner des votes pas certains que toutes ses coupures soit la bonne recette. Je trouve que c'est responsable et le pire est à venir concernant l'économie mondiale, regardé du côté Américain le 4 janvier les Américains risque une augmentation de taxe pour 90% et des coupures drastiques, qui selon les économistes réputés replongeraient le monde en récession, quoique l'Europe soit déjà en récession, imaginé.

  • Georges Washington - Inscrit 7 décembre 2012 04 h 29

    Ben coudonc, les handicapés n'auront qu'à rester chez-eux.

    • Marie-Claude Champagne - Inscrite 7 décembre 2012 19 h 56

      J'approuve totalement votre commentaire. C'est fou ce qu'il est facile de couper les gens les plus démunis. Et ce n'est pas sa faute évidemment, c'est la faute des autres. On ouvre des places en garderie mais on coupe en santé et en éducation. Ne vieillissez surtout pas les enfants car vous ne pourrez être ni bien éduqués ni soignés.

  • Caroline Langlais - Inscrite 7 décembre 2012 07 h 35

    50 milliards de plus!

    Il suffit de cesser d'envoyer 50 milliards d'impôts à Ottawa et de redistribuer cet argent en fonction des besoins et des aspirations du peuple québécois.

    Le PQ semble avoir perdu de vue le rôle qu'il s'est donné lors de la formation de son parti...

    • Hélène Paulette - Abonnée 7 décembre 2012 09 h 54

      Il suffirait d'y penser....

    • Carole Dionne - Inscrite 7 décembre 2012 11 h 13

      Pas sûr que vous comprener le système. Même Hans Marotte , avocat des pauvres, ne veut pas que le Québec rapatrie l'assurance emploi car on reçoit beaucoup plus que l'on donne. Il faut arrêter de rêver en couleur.

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 décembre 2012 15 h 56

      À Caroline Langlais,


      «Il suffit de cesser d'envoyer 50 milliards d'impôts à Ottawa et de redistribuer cet argent en fonction des besoins et des aspirations du peuple québécois»-Caroline Langlais

      Attention aux raccourcis.

      Que le Québec se réapproprie les 50 milliards qu'il envoie au gouvernement fédéral ne signifie pas 50 milliards net dans le budget du Québec. Cela signifie simplement qu'il devra les administrer en lieu et place du gouvernement fédéral. Ne pensons qu'à l'entretien des ponts fédéraux, les pensions de vieillesse, l’assurance-emploi et même la part de la dette fédérale qui reviendra au Québec advenant la séparation.

      Je suis indépendantiste, mais il ne faut pas rêver en couleurs.

      L'argent «net» viendra si le Québec se décide à imposer les entreprises à leur juste part.

      - CM

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