Rapport du vérificateur général - Contrats informatiques de l’État: pas de libre concurrence

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	Le vérificateur général par intérim, Michel Samson, a présenté jeudi son rapport aux membres de l’Assemblée nationale.</div>
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot
Le vérificateur général par intérim, Michel Samson, a présenté jeudi son rapport aux membres de l’Assemblée nationale.

La plupart des contrats informatiques accordés à des firmes de consultants par le gouvernement du Québec - une valeur de plus de 500 millions par an - ne contiennent aucune obligation de résultat alors que des postes névralgiques qui devraient rester au sein de l’appareil d’État sont confiés à ces mêmes firmes. Qui plus est, l’absence de libre concurrence présente des risques importants pour le trésor public.


C’est ce que révèle le vérificateur général du Québec, Michel Samson, dans son dernier rapport pour l’année 2012-2013 qu’il a rendu public jeudi. Le VG a analysé 38 contrats de plus de 25 000 $, totalisant 271 millions, qui représentent 25 % des contrats informatiques signés en 2009-2010 et 2010-2011. Pour son échantillon, le VG s’est penché sur les contrats qui ont été accordés par le Centre de services partagés du Québec, Revenu Québec, la Régie des rentes du Québec et le Secrétariat du Conseil du trésor.


Le rapport documente le manque de concurrence qui marque les appels d’offres pour ces services informatiques. Ainsi, pour 17 des 38 contrats, une seule offre fut présentée tandis que, pour 12 autres, deux offres seulement avaient été présentées. « Le libre jeu de la concurrence ne s’exerce pas vraiment », croit Michel Samson. Trois grandes firmes - LGS, CGI et DMR - se sont partagé les deux tiers des contrats provenant des entités étudiées.


Le VG a précisé qu’il n’avait pas le mandat d’enquêter sur la collusion ou la fraude mais que, faute de concurrence, « il n’en demeure pas moins qu’il y a des risques importants ».


Michel Samson juge « préoccupant » que la plupart des contrats soient basés sur des tarifs journaliers, sans égard aux résultats obtenus, plutôt qu’à forfait. « Le risque financier est vraiment sur les épaules du gouvernement », a déploré le VG.

 

Perte d’expertise


Le recours à des firmes de consultants plutôt qu’à des employés de l’État a bondi depuis 1996-1997 au Québec, passant de 26 % à 55 % des dépenses en services informatiques du gouvernement. Cela se compare, sur le plan mondial, à une proportion qui a varié de 8 % à 24 % entre 2004 et 2011 au sein des gouvernements locaux et provinciaux, selon le groupe Gartner cité par le VG.


Michel Samson s’est aussi inquiété que des postes stratégiques soient confiés à des firmes de consultants, comme ceux de chargé de projet ou d’architecte de système qui définissent les besoins de l’administration et la nature des contrats. « Il y a vraiment une perte d’expertise pour le ministère, pour le gouvernement. Il y a un risque de perte de maîtrise d’oeuvre des projets et, là, les coûts risquent d’augmenter par le fait même », a-t-il prévenu.


Le VG a constaté diverses anomalies. Pour 35 contrats, les besoins n’étaient pas documentés ou l’étaient mal. Dans trois cas, la firme qui a obtenu le contrat a participé à la définition des besoins. Dans neuf autres cas, le montant du contrat était supérieur au prix inscrit dans l’offre qui a été retenue, une injustice pour le soumissionnaire qui avait été écarté.

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18 commentaires
  • Michel Proulx - Inscrit 30 novembre 2012 00 h 34

    Inféodé à Microsoft

    C'est vrai qu'il n'y a pas de concurence lorsqu'on est à la merci d'un prédateur féroce comme Microsoft.

    A chaque renouvellement de license, on paie une "taxe Microsoft" sur le Windows XYZ, les applications, les servers... sans parler de tout les problèmes de fiabilité et de sécurité.

    Le Ministère de la Défense français s'est débarassé de Microsoft pour opter pour le système OS Linux, qui est un système Open Source.

    Québec est supposé de renouveller son parc informatique, si ce n'est déjà fait, à un coût approchant le Milliard de dollars; le VG devrait s'y attarder de plus près puisque ces firmes de consultants ont surement recommandé l'achat de nouveaux PC. Qui dit nouveaux PC, dit mises-à-jour des applications donc nouvelles "taxes Microsoft" . Ces firmes de consultants sont parties prenantes de l'empire Microsoft. Pourtant, ici on n'est pas dans les égouts et les trottoires mais à la fine pointe de la technologie et du fonctionnement de l'appareil de l'Etat.

    La solution est de passer à, et oui, Macintosh d'Apple  et aux logiciels libres. Macintosh pour la fiabilité et la durabilité à comparer aux PC. Les logiciels libres pour leurs coûts de revient, ils sont gratuits!!

    • Étienne Brouillard - Inscrit 30 novembre 2012 06 h 51

      Il n'est pas question de plateforme informatique ici mais d'impartition et de charge de projet d'envergure. En fait, peu d'éléments au gouvernement possède les compétences nécessaires à l'opération de services TI d'envergure. Ce manque de compétence mèene à de pauvres définition des besoin et de portée de projet. Comme consultants, on se désole à chaque fois de constater que nos interlocuteurs au gouvernement sont souvent très compétents dans leur domaine d'affaire d'origine mais totalement limité dans la sphère des TI car ils y ont été parachutés sans vraiment une bonne formation. Il n'y sont que parce qu'ils connaissent bien leur domaine d'affaire. Ce qui manque c'est un vrai groupe TI centralisé au gouvernement, l'équivalent du MTQ avec l'expertise nécessaire en rapport à la complexité de ces systèmes aujourd'hui.

    • François Dorion - Inscrit 30 novembre 2012 07 h 14

      Il ne faut pas confondre les contrats de systèmes du gouvernement avec les plateformes informatiques.
      Et il ne faut pas non plus faire de chasse aux sorcières contre microsoft qui est un pionnier dans le monde de l'informatique, comme apple, et qui mérite sa place.
      Il faut distinguer les systèmes apple, dessinés pour la consommation personnelle des systèmes microsoft, dessinés pour les grands ensembles, et aussi reconnaître que les auteurs de logiciels libres encouragent à ne pas payer des services qui ont de la valeur.
      Pour ce qui est des contrats de systèmes informatiques du gouvernement, je ne puis qu'abonder dans le sens de M. Brouillard.

    • Viateur Turcotte - Inscrit 30 novembre 2012 07 h 46

      Pas fort comme commentaire! L'achat de produits Apple est plus couteux! Le meilleur choix est l'achat de PC avec comme système d'exploitation Linux. De toute façon les serveurs Linux sont normalement les serveurs des entreprises pour le courriel, base de données, sites web et pour la recherche. Les entreprises les plus évoluées en TI utilisent Linux comme serveurs et pour la bureautitque PC avec Window. Linux demandait des connaissances plus approfondies en TI mais aujourd'hui les applications de configuration des systèmes Linux sont similaires à celles des autres systèmes et ils ont tous les logiciels de bureautique gratuits.

    • Simon Vallée - Inscrit 30 novembre 2012 11 h 58

      Donc vous voulez que l'on passe de la "taxe Microsoft"... à la taxe Apple?

      Les produits Apple sont beaucoup, BEAUCOUP trop dispendieux. Pour le prix d'un seul ordinateur iMac, il est possible de se procurer deux ordinateurs de bureau d'autres marques (Dell, HP, Acer ou même Asus) avec des performances tout à fait adéquates pour l'usage auquels ils sont soumis, voir équivalentes. Et comme ils sont modifiables, en cas de bris il est facile de les réparer à l'interne en changeant les composantes, alors qu'avec Apple, il faut aller quêter l'aide d'Apple et payer pour celle-ci car Apple ferme à clé l'accès aux composantes de ses produits. Et les produits Apple pètent autant que les autres.

      Acheter des ordinateurs Apple pour mettre des produits libres comme Linux dessus est totalement abérrant.

      On pourrait acheter des ordinateurs sans système d'exploitation en masse et installer Ubuntu ou Linux Mint pour remplacer Windows. Ce serait faisable et sécuritaire car Linux est le système le plus sûr qui soit. Le problème, c'est que plusieurs logiciels spécialisés requièrent Windows pour fonctionner, y compris des logiciels internet qui demandent Internet Explorer. En plus, les suites bureautiques gratuites (Open Office et autres) ne sont pas aussi bonnes que celle de Microsoft et ont parfois des problèmes de compatibilité pour certains fichiers.

  • Georges Washington - Inscrit 30 novembre 2012 01 h 10

    Créé de toutes pièces par le gouvernement

    Le rapport du Vérificateur note bien une tendance amorcée au milieu des années 1990 alors que Bernard Landry était Vice-Premier ministre du Québec sous Lucien Bouchard. M. Landry voulait à l'époque créer une industrie informatique de classe mondiale au Québec et il a utilisé le gouvernement pour donner une impulsion à certaines firmes. C'est dans cette ligne de pensée que quelques années plus tard, alors qu'il sera devenu Premier ministre, qu'il engloutira des fonds publics dans la création des cités du multimédia, mais surtout du commerce électronique.

    Cette dernière initiative a eu pour résultat de tuer dans l'oeuf bien des petites entreprises en démarrage ou de taille moyenne qui ne pouvaient plus compétitionner sur le terrain contre les gros joueurs subventionnés par l'Etat et qui de surcroît avaient accès aux contrats gouvernementaux. S'en est suivie une vague d'acquisition par certains de ces joueurs qui ont éliminé ce qui restait de compétiteurs de taille suffisante pouvant leur nuire. Depuis ce temps, il est à peu près impossible pour une petite entreprise oeuvrant dans le domaine des services et de la gestion informatique d'atteindre une taille suffisant pour contre balancer la situation que déplore le Vérificateur dans son rapport.

    Cette situation absurde a totalement été induite par le gouvernement lui-même à partir de la période correctement identifiée par le Vérificateur, soit 1996-1997.

  • Hugues Tremblay Manigouche - Inscrit 30 novembre 2012 04 h 51

    Même pattern?

    "Pour 35 contrats, les besoins n’étaient pas documentés ou l’étaient mal. Dans trois cas, la firme qui a obtenu le contrat a participé à la définition des besoins. Dans neuf autres cas, le montant du contrat était supérieur au prix inscrit dans l’offre qui a été retenue, une injustice pour le soumissionnaire qui avait été écarté."

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 30 novembre 2012 06 h 46

    Hé Marceau ?

    En plus de tout cet argent dépensé à tors et à travers, le rapport du VG dit qu'il reste assez de change de pas dépensé et qui traine dans les corridors pour boucler ton budget pour 2 ans ! Saute dessus !

  • Jacques Pilon - Abonné 30 novembre 2012 07 h 59

    Et si on était créatifs...

    Tout d'abord, je suis entièrement d'accord avec M. Proulx concernant le logiciel libre pour les plateformes informarique qui nous ferait faire des économies considérables.

    On parle de concurrence... Pour probablement obtenir de meilleurs solutions à un meilleur prix, i.e. en avoir pour son argent !

    Il doit y avoir, au bas mot, 8 à 9 milles consultants en informatique qui travaillent tous, de façon continue, pour le gouvernement quebécois. Des consultants qui passent d'un mandat (contrat) à l'autre toute leur carrière durant.

    Il n'est pas question ici de besoins ponctuels ou d'expertise pointue pour combler un besoin temporaires. Il s'agit de programmeurs, d'analystes, de chargés de projets, d'architectes... Des compétences normales et courrantes dans les domaine des TI.

    Ces consultants nous coûtent: leur salaire, souvent plus élevé que celui de son équivalent au public, les frais généraux de la firme de consultants et sa marge de profit. La facture totale: souvent de 20% à 50% de plus que s'ils avaient été employés du gouvernement !

    Si on était créatif, on embaucherait tous ces consultants pour réaliser les projets TI à moindre coût en se donnant une souplesse manageriale qui permettrait à ces employés d'être affectés au bon endroit au bon projet au bon moment...

    Bon,bon, j'entends déjà les agences de notations, qui sont nos VRAIS dirigeants, nous DICTER de ne pas les faire sinon ils devront abaisser la cote du Québec parce sa fonction public est trop nombreuse...

    On peut tout de même rêver !