Commission Charbonneau: les ex-ministres Beauchamp et Tomassi au club 357C

L'enquêteur de la commission Charbonneau Érick Roy
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'enquêteur de la commission Charbonneau Érick Roy

Si la population en doutait encore, le lien entre entrepreneurs, firmes de génie-conseil et le financement des partis politiques est clair selon le policier Érick Roy, qui témoigne depuis mardi devant la commission Charbonneau.

M. Roy a présenté les personnes qui ont défilé au club privé 357C, situé dans le Vieux-Montréal, entre 2005 et 2007. Ce n’est qu’une partie de la liste des membres et de leurs invités de ce club privé qui a été épluchée jusqu’à maintenant.
 
Derrière l’assurance d’une discrétion à toute épreuve, l’agent officiel, Marc Deschamps, et l’ex-trésorier, Bernard Trépanier, du parti de l’ancien maire Gérald Tremblay, Union Montréal, ont eu des rencontres avec des entrepreneurs et des représentants de firmes de génie-conseil entre 2005 et 2007. Il en va de même pour Pierre Bibeau, ex-organisateur et collecteur de fonds pour le Parti libéral du Québec ainsi que de l’ancien directeur général du PLQ, Joël Gauthier.
 
Période charnière

Le 357C a également été le lieu de réunions à répétition durant la période charnière autour de deux projets majeurs qui allaient devenir des scandales marquants, soit le développement immobilier du Faubourg Contrecœur ainsi que les compteurs d’eau. Entre janvier et juin 2007, la commission Charbonneau a souligné que la fréquence des rencontres s’est accélérée.
 
À toutes les deux semaines, Paolo Catania de Construction F. Catania invitait à tour de rôle ou même souvent, tous ensemble, les joueurs principaux du projet Contrecœur : Frank Zampino (ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal), Martial Fillion (ex-directeur général de la Société d’habitation et de développement de Montréal-SHDM) et Daniel Gauthier de la firme Plania, filiale de Dessau.
 
Il y a également plusieurs élus provinciaux qui se sont attablés au fil des ans au 357C, dont l’ex-ministre Line Beauchamp qui a été vice-première ministre. Mme Beauchamp y a rencontré Paolo Catania à deux reprises, en présence de son ex-conjoint Pierre Bibeau. C’était en février et mai 2007. Mme Beauchamp était invitée par Rosaire Sauriol de la firme Dessau. La première fois, elle est responsable de la Culture alors que la deuxième fois, le ministère de l’Environnement était entre ses mains.

L'enquêteur de la commission Charbonneau, Érick Roy, a aussi confirmé mercredi la présence de l'ex-ministre Tony Tomassi au chic club 357C de Montréal. Il a été invité en février 2008 par le membre du club privé Paolo Catania. À l'époque, M. Tomassi était député libéral de Lafontaine et adjoint parlementaire du premier ministre.

D’autres personnes connues apparaissent sur la liste présentée à la commission Charbonneau, dont le sénateur Léo Housakos, fort actif dans les coulisses de différents partis politiques, mais principalement au Parti conservateur. Il a également été proche de l’Action démocratique du Québec ainsi que d’Union Montréal. M. Housakos est allé au 357C sur l’invitation de Bernard Poulin, de la firme de génie Groupe SM. À l’époque de ses visites, M. Housakos n’était pas encore sénateur ; il travaillait pour la firme de génie BPR qui orchestrait le controversé contrat des compteurs d’eau depuis 2005.
 
Les travaux de la commission Charbonneau ont eu des répercussions sur la colline parlementaire à Québec. Plusieurs députés et ministres ont pris les devants et ont déclaré avoir fréquenté le 357C, chacune se justifiant.
 
Le chef par intérim du PLQ, Jean-Marc Fournier a réagi : « Si on ne peut pas rencontrer des gens pour être au diapason de la population, la démocratie fout le camp ».

Aucun problème pour les péquistes et libéraux
 
À Québec, de nombreux élus péquistes et libéraux, qui ont fréquenté le chic club privé 357C à Montréal pour y faire des rencontres, n'y voient, en général, aucun problème.
 
Les libéraux ont donc refusé de blâmer l'une des leurs, l'ex-ministre de l'Environnement, Line Beauchamp, citée mercredi à la Commission Charbonneau pour s'être rendue à deux reprises au club privé afin d'y rencontrer des hauts placés à la Ville de Montréal, des entrepreneurs et des dirigeants de firmes de génie-conseil.
 
À l'une de ces rencontres, était présent l'entrepreneur en construction Paolo Catania.
 
Dans un communiqué, l'ex-ministre affirme que même si les apparences peuvent paraître trompeuses, elle a toujours agi avec un souci d'intégrité. Elle dit se mettre à la disposition de la Commission Charbonneau, si cette dernière veut entendre sa version des faits.
 
Le chef par intérim du Parti libéral du Québec, Jean-Marc Fournier, a dit que cela faisait partie des tâches de ministre de se rendre dans ce genre d'endroits pour y rencontrer des gens de divers horizons.

Avec La Presse canadienne
22 commentaires
  • Pierre Bellefeuille - Inscrit 28 novembre 2012 11 h 49

    Par contre…

    Deux noms étaient rayés dans une liste parue hier, un nom rayé de cette liste est un ministre ayant travaillé sous le gouvernement libéral en 2006. De qui s’agit-il?

    • Pierre Bellefeuille - Inscrit 28 novembre 2012 13 h 38

      En passant, on peut consulter la liste dont je parle, simplement défiler vers le bas en allant dans le lien suivant : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/

      Je n’ai pas retrouvé ce tableau sur le site de la Commission.

  • Raymond Labelle - Abonné 28 novembre 2012 12 h 00

    M. Bibeau réservera-t-il ses recours? Nous mentir en pleine face.

    Lorsque M. Zambito a mis M. Bibeau en cause en affirmant lui avoir remis 30K$ à son bureau à Loto-Québec, M. Bibeau a dit qu'il ne commenterait pas et "réservait ses recours". Sous-entendant qu'il pourrait peut-être poursuivre la Commission et M. Zambito pour avoir nui à sa réputation. Plus tard, un garde de sécurité a affirmé avoir accompagné M. Zambito au bureau de M. Bibeau. De plus, si personne à Loto-Québec n'a falsifié ou détruit de la documentation, on devrait trouver la signature de M. Zambito parmi les visiteurs qui doivent signer pour pénétrer dans les locaux.

    Je ne sais pas ce que dirait M. Bibeau de ceci dans sa poursuite en diffamation? Que M. Zambito s'était rendu à ses bureaux pour une visite strictement amicale?

    M. Bibeau réservera-t-il ses recours contre le policier qui a témoigné, contre l'établissement qui a établi ces listes.

    Je crois que si M. Bibeau exerçait quelque recours que ce soit, à l'occasion du procès qui s'ensuit, ceux qui se défendent auraient beau jeu de démontrer qu'il a bel et bien participé au financement occulte.

    C'est la beauté des enveloppes brunes, ça ne laisse pas de trace et on peut tout nier après. On ne peut que difficilement prouver le mouvement d'argent. On voit que ces personnages ne se privent pas de cette difficulté de preuve pour nous mentir effrontément en plein visage.

    Ce que je trouve extraordinaire, c'est l'aplomb avec lequel des personnages de la trempe de Bibeau et de Vaillancourt nient ces allégations même pratiquement pris la main dans le sac.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 novembre 2012 13 h 42

      Bref, ce personnage répond par des menaces si on risque de le mettre en cause. Cela illustre la qualité du personnage.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 28 novembre 2012 12 h 16

    Drôle de conception du "peuple"

    "Le chef par intérim du PLQ, Jean-Marc Fournier a réagi : « Si on ne peut pas rencontrer des gens pour être au diapason de la population, la démocratie fout le camp ».

    Depuis quant l'élite entrepreuneuriale représente-t-elle la population ? Ils auraient étés mieux avisés de rencontrer de visu le peuple en colère, chacun dans son comté. Mais non, ces gens ne donnent pas d'enveloppes brunes et des cadeaux.

    • Gaston Meilleur - Abonné 28 novembre 2012 16 h 52

      Combien de citoyens ordinaires. M. Charest a rencontré au club 357 lors de la crise du Suroit ou du Mt Orford.... Combien de leaders étudiants lors du printemps érable.... Aucun. Tiens le peuple prend le bord.... On nous prend pour des valises... Non des containers à déchets.

  • Luc Côté - Inscrit 28 novembre 2012 12 h 31

    Jean-Marc Fournier est-il un politicien honnête?

    "Fréquenter le club privé 357c n'est pas en soi répréhensible" affirme Jean-Marc Fournier, le chef du PLQ par intérim. Connaissez-vous l'adage M. Fournier "Dis-moi avec qui tu te tiens, je te dirai qui tu es"? Ce lieu était fréquenté par des bandits. La population risque de penser que vous êtes complice de vos anciens collègues si vous essayez de défendre l'indéfendable.

  • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 28 novembre 2012 12 h 41

    comment est-ce possible ?

    "rencontrer des gens pour être au diapason de la population"
    C'est une blague ou quoi ?

    C'est ça qui est le plus fascinant d'après moi: comment nos chers amis libéraux s'entêtent à jouer les vierges effarouchées malgré toutes ces informations qui s'accumulent...
    Et comment peut-on continuer à voter pour des gens qui nous prennent ouvertement pour des cons ? Ça me dépasse.