Commission Charbonneau - Catania au centre de rencontres secrètes

Plusieurs entrepreneurs et politiciens, notamment M. Frank Zampino, ancien président du comité exécutif d'Union Montréal, ont été arrêtés en mai dernier relativement à l'affaire du Faubourg Contrecoeur.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Plusieurs entrepreneurs et politiciens, notamment M. Frank Zampino, ancien président du comité exécutif d'Union Montréal, ont été arrêtés en mai dernier relativement à l'affaire du Faubourg Contrecoeur.

Pendant que des entrepreneurs en construction et ingénieurs rencontraient régulièrement, dans le luxe et la confidentialité totale du club privé Le 357C, le président du comité exécutif et de hauts fonctionnaires de la Ville de Montréal ainsi que le responsable du financement du parti Union Montréal, le projet immobilier du Faubourg Contrecœur prenait forme.

Ces proximités ont été étalées mardi devant la commission Charbonneau grâce à la présentation de la première page d’une liste des rencontres tenues au 357C, un club sélect du Vieux-Montréal, en 2005 et 2006. C’est au cours de cette période que la Ville de Montréal et la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) mettaient en place les balises pour confier à Construction F. Catania la création du Faubourg Contrecœur. Les firmes Dessau et Groupe SM y seront notamment associées.

Or, ce sont les dirigeants de ces entreprises, Paola Catania, Pasquale Fedele, André Fortin, Martin Daoust (Construction F. Catania), Rosaire Sauriol (Dessau), Daniel Gauthier (Plania, une filiale de Dessau) et Bernard Poulin (Groupe SM), qui ont été pointés mardi par un enquêteur de la commission Charbonneau, Érick Roy. S’ajoutent Frank Zampino, l’ex-président du comité exécutif, Bernard Trépanier, ex-responsable du financement au parti de l’ancien maire Gérald Tremblay, surnommé Monsieur 3 % pour la cote qu’il aurait réclamée sur les contrats municipaux, et Martial Fillion, l’ex-directeur général de la SHDM.
 
MM. Catania, Fedele, Fortin, Daoust, Gauthier, Zampino, Trépanier et Fillion ont été arrêtés et accusés en mai dernier dans l’affaire du Faubourg Contrecœur.
 
Érick Roy, un ancien policier de l’escouade Marteau, a décrit les allées et venues de ces hommes au 357C. M. Roy et quatre autres enquêteurs de la commission se sont rendus au club privé le 26 octobre dernier. Cela faisait suite aux déclarations d’Elio Pagliarulo, un ancien ami intime de l’entrepreneur Paolo Catania. M. Pagliarulo a décrit le club 357C comme un lieu où se faisaient des livraisons d’argent comptant (notamment 100 000 $ à Frank Zampino).
 
M. Roy a précisé que ce n’est pas tout le monde qui avait accès au 357C ; seuls les membres et leurs invités peuvent s’y rendre.
 
Le policier a également présenté des rencontres impliquant les ingénieurs Michel Lalonde et René Séguin, du Groupe Séguin (aujourd’hui Génius), et Yves Théberge, de CIMA+. Les fonctionnaires Robert Marcil, ex-directeur de la voirie à Montréal (repêché par la suite par le Groupe SM), et l’ex-ingénieur municipal Luc Leclerc ont également profité d’une invitation d’un membre du 357C. Sur cette liste, il y a aussi l’ancien maire de l’arrondissement d’Outremont, Stéphane Harbour, et l’entrepreneur de Garnier Construction Joe Borsellino.
 
Au total, la liste comporte 118 noms de personnes toutes liées aux travaux de la commission Charbonneau. Parmi ces personnes se trouvent deux libéraux, dont un élu.
 
Ce fait a forcé la suspension du témoignage de M. Roy, car le Parti libéral du Québec a tenté d’obtenir une ordonnance de non-publication pour lui donner le temps de contacter les deux personnes concernées. La juge France Charbonneau a alors haussé le ton, sermonnant Me Michel Décary pour ne pas avoir été attentif lorsque la liste a été déposée le matin même, d’autant qu’une avocate représentant le PLQ est assise en permanence dans la salle d’audience. Me Décary, qui a justifié son absence, a qualifié d’« injustes » les propos de la présidente de la commission d’enquête.
 
Une solution mitoyenne a été trouvée, ce qui a permis la présentation de la première page de la liste mardi, alors que le reste suivra à compter de mercredi matin.

***

Le 357C, un simple lieu de rendez-vous

Le club privé Le 357C, situé rue de la Commune dans le Vieux-Montréal, a offert sa pleine collaboration à la commission Charbonneau. Il a donné accès à l’ensemble de sa banque de données, constituée du nom de chacun de ses membres et de leurs invités, soit 6000 personnes, depuis 2004. La commission Charbonneau s’est intéressée à seulement 118 d’entre elles, soit celles qui ont un lien avec le mandat de la commission. Le procureur en chef adjoint, Me Denis Gallant, a beaucoup insisté sur le fait que le 357C n’était absolument pas visé par les enquêtes de la commission et n’était qu’un lieu de rendez-vous. Le 357C a publié un communiqué de presse. « Il serait malheureux et inacceptable que les actions d’une très petite minorité des clients du 357C aient un impact négatif sur l’image du club et de ses membres », indique-t-on. Le club privé souligne que ses règlements précisent qu’il « collaborera entièrement avec tout corps judiciaire légitime s’il y a enquête sur un des membres ».
18 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 novembre 2012 05 h 39

    Diners

    Mais vous n'avez rien compris. M.Catania aime la nourriture au 357C, mais il naime pas manger seul. Y a rien là ! ;)))

  • Roger Lapointe - Inscrit 28 novembre 2012 06 h 40

    Bravo à Mme Kathleen Lévesque.

    Mme K Lévesque fait un travail journalistique remarquable et ses apparitions dans lers autres médias nous la font apprécier davantage et surtout elle ne parle pas la langue de bois.
    Le Devoir fait bien son devoir!

    • Grace Di Lullo - Inscrit 28 novembre 2012 09 h 22

      Madame Lévesque devrait être récipiendaire d'un prix journalistique pour l'excellence de son travail. De plus, elle est d'une grande qualité également à la télévision.

  • Raymond Labelle - Abonné 28 novembre 2012 06 h 44

    La demande de non-publication du PLQ est sans fondement valable et abusive.

    L’avocat du PLQ demande une ordonnance de publication pour que les personnes du parti nommées sur la liste puissent être avisées. Il émet donc le principe que chaque fois qu'un témoin nomme quelqu'un, le témoignage ne peut être publié tant que la personne nommée n'est pas avisée. Ce principe ne tient pas et vide de son contenu le sens des mots «audience publique». Très souvent un témoin nomme d’autres personnes, ce qui est nécessaire à la compréhension du portrait comme on l’a vu dans les témoignages antérieurs.

    Rien ne justifie le privilège indû que demande effrontément le PLQ. Et ceci, d’autant plus que dans le cas qui nous occupe, le témoin est fort crédible. Il s’agit d’un policier enquêteur qui a été chercher cette liste, mandaté pour ce faire par la Commission elle-même! De plus, l’établissement qui a fourni la liste n’avait aucune raison particulière de défavoriser les libéraux qui y apparaissaient. Enfin, il est toujours possible d’aller en contre-interrogatoire pour éprouver la solidité de la preuve.

    Cette requête aurait dû être immédiatement rejetée, et le procureur qui l’a demandée semoncé de façon tellement forte qu’il n’ose même plus en formuler une autre de cette nature.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 novembre 2012 07 h 58

      Bien sûr, lire "L’avocat du PLQ demande une ordonnance de non-publication..."

    • François Dugal - Inscrit 28 novembre 2012 08 h 18

      L'avocat du PLQ dévoile aux yeux de tous le vrai visage du PLQ.
      Ben coudonc ...

    • François Dugal - Inscrit 28 novembre 2012 08 h 22

      L'avocat du PLQ protège ses clients.
      La justice appartient aux riches.

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 28 novembre 2012 12 h 38

      ou tout simplement qu'on met au bucher chaque personne que le nom est nommé à la commission...

  • Alain Lavallée - Inscrit 28 novembre 2012 06 h 55

    2 ministres libéraux et un important organisateur

    La Presse a révélé ce matin que 3 éminents libéraux ont participé à ces rencontres.

    2 ministres: Line Beauchamp (ex-vice première ministres) et Tony Tomassi (ex-ministre)
    1 organisateur majeur: Pierre Bibeau (aussi ex-conjoint de la ministre Beauchamp).

    C'est donc le sommet du Gouvernement libéral de Charest qui est touché, pas du menu fretin.

    en fait il y a beaucoup plus que 3 éminents libéraux dans la liste indiquée de 118 noms.........prenez la peine de calculer les donateurs au Parti libéral... la liste s'allonge

  • - Inscrit 28 novembre 2012 07 h 54

    Il va faire chaud...

    au 357c..c pour celcius car il va faire chaud.