Francisation obligatoire des immigrants : Québec n’est pas prêt à trancher

Diane De Courcy, lors d'un colloque qui s'est déroulé en octobre. À l'arrière plan, Louise Marchand, présidente de l'Office québécois de la langue française.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Diane De Courcy, lors d'un colloque qui s'est déroulé en octobre. À l'arrière plan, Louise Marchand, présidente de l'Office québécois de la langue française.
Québec — La francisation des immigrants pourrait figurer sur la liste des promesses électorales non tenues du Parti québécois.
 
Car le gouvernement Marois refuse de dire s’il va ou non respecter son engagement visant à forcer des milliers d’immigrants allophones à apprendre la langue officielle du Québec.
 
Pour l’instant, le projet est donc sur la glace.
 
En entrevue à La Presse Canadienne, sa première depuis qu’elle est entrée en fonction, la ministre de l’Immigration, Diane De Courcy, a dit qu’il était trop tôt pour se prononcer sur cette délicate question. Et elle ne se fixe pas d’échéance pour y répondre.
 
« Je ne suis pas encore à des mesures, à des dispositions. Je suis à des constats, a dit la ministre De Courcy. Il serait trop tôt pour vous dire que mon idée est faite. »
 
Pourtant, en septembre, la plateforme électorale du Parti québécois était très claire sur ce point, affirmant qu’un gouvernement Marois allait « rendre obligatoires les cours de francisation pour celles et ceux qui n’ont pas une connaissance fonctionnelle du français ».
 
« Nous avons à tenir compte du programme, bien sûr », nuance désormais la ministre, soucieuse de « voir comment on peut, avec la réalité qui nous occupe », réaliser l’objectif.
 
40 %

Le Québec accueille plus de 50 000 immigrants chaque année. Environ 12 000 d’entre eux ne peuvent dire un mot de français à leur descente d’avion et, de ce nombre, près de 5000 ne s’inscriront à aucun cours de français.
 
Mme De Courcy se dit bien consciente que le Québec échappe ainsi, année après année, quelque 40 % des nouveaux arrivants non francophones.
 
Elle se demande « comment rejoindre le 40 % », qui, pour diverses raisons, ne s’intègre pas à la majorité francophone. Mais si on lui demande quels moyens elle envisage pour corriger le tir, elle se fait évasive : « Je ne suis pas rendue là ».
 
Au cours des deux derniers mois, Mme De Courcy a effectué une tournée un peu partout au Québec, allant à la rencontre d’immigrants, d’organismes d’accueil et d’intégration, sans compter des enseignants en francisation, dans le but de tracer le portrait le plus juste possible de la réalité. En tout, elle aura rencontré quelque 300 personnes ou groupes reliés au secteur, jusqu’à maintenant.
 
Elle en revient convaincue qu'« il y a des chaînons manquants » en francisation. Certains de ses interlocuteurs lui ont fait part de « questionnements sérieux », particulièrement en ce qui a trait à la maîtrise du français écrit.
 
Méthodique jusqu’au bout des ongles, l’ancienne présidente de la Commission scolaire de Montréal ne se dit pas prête pour autant à revoir les structures ou l’offre de services, présentement très diversifiée, donc de qualité variable. Elle veut prendre tout son temps, analyser la situation sous tous ses angles, avant de chambarder quoi que ce soit.
 
Volume et emploi

Quant à savoir si le Québec accueille trop ou pas assez d’immigrants, compte tenu de sa capacité d’intégration, la ministre réserve aussi ses commentaires pour plus tard.
 
À la limite, le chiffre importe peu : « 50 000, 45 000, 35 000, ce n’est pas ça qui va compter. Ce qui va compter, c’est : est-ce que nous avons objectivement la capacité d’accueillir et de bien répondre aux besoins de notre économie et aux besoins des personnes immigrantes ? », s’interroge la ministre, promettant de se doter d'« indicateurs objectifs » qui l’aideront à prendre position « sereinement et objectivement » à ce propos.
 
Durant sa tournée, un commentaire qui est revenu fréquemment avait trait à la frustration des immigrants de ne pas trouver rapidement un travail correspondant à leurs habiletés et ambitions.
 
Elle a pu constater un écart important, pour nombre d’entre eux, entre « le rêve initial et la réalité en emploi ». « On m’a beaucoup parlé de ça », relate-t-elle, se disant déterminée à intervenir auprès des ordres professionnels afin qu’ils reconnaissent mieux les acquis des immigrants, un processus déjà amorcé sous les libéraux.
 
La régionalisation de l’immigration est aussi, comme pour ses prédécesseurs, à la fois un objectif et un défi, la grande majorité (83 %) des nouveaux arrivants s’installant dans la région de Montréal.
 
Mais « Montréal ne peut définitivement pas offrir 50 000 emplois par année », rappelle-t-elle.
 
À très court terme, la principale préoccupation de Mme De Courcy, qui est également responsable de la Charte de la langue française, sera cependant de mener à bien sa nouvelle mouture de la loi 101, attendue au début décembre. Le projet de loi devrait comporter des mesures destinées aux immigrants.
 
Jocelyne Richer, La Presse canadienne
10 commentaires
  • Marc Blanchard - Inscrit 25 novembre 2012 11 h 53

    La ministre prend son temps. Elle ne fait pas de déclaration à l'emporte-pièce. C'est tout à son honneur.

  • Yves Claudé - Inscrit 25 novembre 2012 13 h 15

    Francisation et Loi 101 : un “beau risque” face à la démission nationale du PLQ et de la CAQ !

    Au risque désolant de n’être plus autre chose qu’une coquille de noix sur des vaguelettes politiques, le PQ doit aller de l’avant en ce qui concerne la francisation des immigrants, et d’autre part la restructuration et le renforcement d’une Loi 101 sérieusement mise à mal par la “Suprem Court of Canada”.

    Le PQ doit plutôt envisager ce “beau risque” de défendre efficacement notre langue, notre identité et notre culture, face à la démission nationale du PLQ et de la CAQ, quitte à ce que ces partis osent démettre le gouvernement Marois dans une surenchère d’indignité qui pourrait se révéler très coûteuse électoralement pour ces formations enchaînées à des intérêts financiers apatrides.

    Yves Claudé

    • Patrick Boulanger - Inscrit 26 novembre 2012 10 h 01

      Et le PQ là-dedans ?

      Vous affirmez que la CAQ et le PLQ sont enchaînés à des intérêts financiers apatrides. Et comment vous percevez le PQ à cet égard ? Bien qu'il se situe à gauche de ces deux formations politiques, il ne faut pas voir ce parti souverainiste comme un parti libéré du grand capital. C'est d'ailleurs en parti grâce lui que l'ALÉ a vu le jour en 1988 entre le Canada et les États-Unis et aujourd'hui le gouvernement Marois promouvoit un accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe.

  • François Ricard - Inscrit 25 novembre 2012 15 h 43

    Avons-nous besoin de l'immigration?

    ---Avons-nous besoin de l'immigration?
    ---Si oui, de quels types d'immigrants avons-nous besoin?
    ---Quelles sont les conditions essentielles pour une intégration efficiente des immigrants reçus?
    Jamais, ni les gouvernements, ni les organes d'information, ni les universitaires n'ont-ils pris le temps d'aborder ces questions.
    Aucune étude systémique de ce phénomène, tant au niveau canadien que québécois, n'existe.
    Tout le monde dit que nous avons besoin de l'immigration. Les journalistes le disent. Les politiciens le disent. Les hommes d'affaires le disent. Ça doit être vrai. Pendant des centaines d'années, les médecins, les charlatans, tout le monde disait que, quand un malade était fiévreux, il fallait le saigner afin de le débarrasser des mauvais germes qui étaient en lui. Jusqu'à ce qu'un chercheur se pose la question et découvre que c'était la pire chose que l'on pouvait faire à quelqu'un qui est fiévreux.
    Il y a des questions qu'il faut se poser....surtout quand on ne connaît pas les réponses.

    • Gilles Théberge - Abonné 25 novembre 2012 22 h 38

      L'immigration au Québec sans quoi c'est le désastre, c'est un mantra néolibéral dans le sillage de la pensée multiculturaliste. Avec les résultats que l'on sait.

      Mais la ministre n'est pas pressée de prendre position. On se demande bien à quoi elle réfléchit, elle qui a eue tout le loisir de faire le constat pendant au moins un siècle dans le réseau scolaire.

      Le PQ continue selon la formule, de flasher à gauche et de ...rester sur place.

  • Patrick Boulanger - Inscrit 25 novembre 2012 15 h 55

    Et le PQ là-dedans ?

    Vous affirmez que la CAQ et le PLQ sont enchaînés à des intérêts financiers apatrides. Et comment vous percevez le PQ à cet égard ? Bien qu'il se situe à gauche de ces deux formations politiques, il ne faut pas voir ce parti souverainiste comme un parti libéré du grand capital. C'est d'ailleurs en parti grâce lui que l'ALÉ a vu le jour en 1988 entre le Canada et les États-Unis et aujourd'hui le gouvernement Marois promouvoit un accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe.

  • Gilles St-Pierre - Abonné 25 novembre 2012 17 h 01

    Quel dilemme ?

    S'il existe un point commun entre les fédéralistes et les indépendantistes francophones du Québec, c'est bien au sujet de la langue. Alors même comme gouvernement minoritaire le PQ devrait bouger, le PLQ et surtout la CAQ ne devraient pas trop faire ombrage sur une réforme qui d'emblée plairait à une majorité de leur clientèle mise à part celle du PLQ.
    Il serait donc très mal vu pour une majorité de québécois qu'on sabote un projet de loi sur le sujet, il s'agit plutôt de viser juste et atteindre la cible.