Marois entrouvre la porte au pétrole albertain

À l’issue d’une rencontre d’une demi-heure en marge de la réunion du Conseil de la fédération, Pauline Marois et son homologue albertaine Alison Redford ont annoncé qu’elles s’étaient entendues sur la mise sur pied d'un comité formé de fonctionnaires.
Photo: La Presse canadienne (photo) Andrew Vaughan À l’issue d’une rencontre d’une demi-heure en marge de la réunion du Conseil de la fédération, Pauline Marois et son homologue albertaine Alison Redford ont annoncé qu’elles s’étaient entendues sur la mise sur pied d'un comité formé de fonctionnaires.

Halifax — La première ministre Pauline Marois a posé jeudi un premier jalon vers l’acheminement au Québec du pétrole des sables bitumineux avec la création d’un comité mixte Québec-Alberta sur la question. À l’issue d’une rencontre d’une demi-heure en marge de la réunion du Conseil de la fédération, Pauline Marois et son homologue albertaine Alison Redford ont annoncé qu’elles s’étaient entendues sur la mise sur pied de ce comité formé de fonctionnaires des ministères des Finances, des Ressources naturelles et de l’Environnement du Québec et de l’Alberta.

« Il y a un certain avantage économique sûrement de part et d’autre au niveau de l’emploi qui peut être créé au Québec, a fait valoir Pauline Marois. Nous avons une importante industrie pétrochimique. »


Ce comité mixte « nous permettra de faire le point, de partager des expertises sur le plan économique, sur le plan environnemental et sur le plan du développement de nos ressources naturelles respectives », a indiqué Pauline Marois. Le comité déterminera « s’il y a un avantage de part et d’autre à ce qu’il y ait du raffinage de pétrole albertain qui se fasse au Québec. […] Par la suite, nous verrons s’il y a lieu de continuer dans cette perspective. »


« Et si nous continuons, il faut que chacun sorte gagnant de cette décision », a ajouté la première ministre.


Tout en soulignant les « excellentes relations » qui existent entre le Québec et l’Alberta, Alison Redford a évoqué la possibilité « de développer une relation économique en énergie ». La première ministre albertaine a souligné que des projets énergétiques pourraient contribuer à créer de l’emploi tant au Québec qu’en Alberta et à diminuer les prix à la pompe au Québec.


La rencontre entre les deux femmes, qui a duré une demi-heure, a eu lieu à l’invitation de la première ministre albertaine, a précisé le cabinet de Mme Marois. Lors du point de presse qui a suivi, Alison Redford, avec déférence, a demandé en aparté à Mme Marois si elle pouvait répondre en anglais aux questions qui lui étaient posées par des journalistes anglophones, ce qui lui fut accordé.


L’ouverture que montre Pauline Marois pour l’acheminement du pétrole albertain au Québec tranche avec la réaction véhémente qu’a eue le ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Daniel Breton, quand il a évoqué la semaine dernière le projet d’oléoduc d’Enbridge qui vise à livrer 300 000 barils de pétrole albertain par jour jusqu’à Montréal en renversant le flux de l’installation existante. Le projet est présentement analysé par l’Office national de l’énergie, l’organisme fédéral qui exerce la compétence du gouvernement fédéral en la matière. « Amener sur notre territoire sans notre consentement [le pétrole albertain], il va falloir qu’on regarde cela. Est-ce qu’on est maître chez nous ou pas maître chez nous sur notre territoire ? C’est ce qu’on va voir », avait lancé Daniel Breton.


Il y a deux ans, Pauline Marois réclamait que le Québec se retire du Conseil de la fédération, une position qu’elle a modifiée lors de la campagne électorale. Avant la rencontre jeudi, elle a dit qu’elle se ferait un « plaisir » d’échanger avec ses homologues.


Pour Pauline Marois, la différence fondamentale entre elle et Jean Charest au Conseil de la fédération, c’est qu’elle va rappeler à ses homologues qu’elle dirige « un gouvernement souverainiste qui va défendre les intérêts du Québec bec et ongles », a-t-elle dit lors d’un point de presse jeudi matin à Québec.


« Mais comme nous sommes dans un gouvernement minoritaire, je suis consciente que je ne pourrai pas aller aussi loin que je l’aurais souhaité », a-t-elle ajouté, sibylline.


L’affirmation de ses convictions souverainistes ne l’empêchera pas d’avoir de « très bonnes relations » avec les premiers ministres des autres provinces « puisque même dans un État indépendant, le Québec continuera d’avoir comme partenaire principal le reste du Canada », a-t-elle soutenu.


Si Pauline Marois a rencontré en tête-à-tête la première ministre de l’Alberta, aucune rencontre formelle n’était prévue avec un autre de ses homologues, notamment avec la première ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Kathy Dunderdale. Terre-Neuve-et-Labrador conteste le tracé des frontières entre les deux provinces dans le golfe du Saint-Laurent et Québec a accepté que le différend soit soumis à un arbitrage fédéral dans l’entente Canada-Québec sur l’exploitation des hydrocarbures qu’a signée le gouvernement Charest en mars 2011. Il pourrait toutefois y avoir des « discussions dans les corridors », a indiqué au Devoir le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, avant la réunion.


La réunion du Conseil de la fédération placée sous le thème de l’économie. Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, y livrera une allocution. Le premier ministre Stephen Harper, qui a reçu une invitation pour assister à la réunion, l’a déclinée. Ce refus est « étonnant et décevant », alors que Stephen Harper affirme que sa priorité, c’est l’économie, a dit la première ministre. À l’opposé, Alison Redford estime qu’il s’agit d’une instance où les provinces doivent échanger entre elles.
 


Avec la collaboration de Jessica Nadeau

56 commentaires
  • Alain Hebert - Inscrit 23 novembre 2012 03 h 17

    Pauvre Pauline

    Je ne voudrais pas être dans les souliers de Pauline lorsqu'elle devra expliquer ce revirement à Daniel Breton.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 novembre 2012 06 h 15

      Surtout que le fédéral entend appliquer que les normes d'environnement fédérales qui sont pro tout sauf environnementale. Le retour à la chaumière pourrait être assez chaud ! Y a quelqu'un qui va goûter au mauvais caractère de Breton ! Les murs du parlement vont vibrer !

    • Jean Lapointe - Abonné 23 novembre 2012 08 h 42

      Pour le moment je ne vois pas de désaccord entre les deux.

      Ce que Daniel Breton a dénoncé je pense c'est le fait que des décisions semblaient être prises sans même que le Québec soit consulté.

      Et ce que madame Marois a conclu avec la première ministre de l'Alberta, si j'ai bien compris, c'est la création d'un comité conjoint pour étudier la question sous tous ses angles.

      Cela ne veut pas dire il me semble que des décisions ont été prises. Cela ne veut même pas dire que la porte est entrouverte, comme le laisse entendre le titre donné à l'article.

      Il faut peser le pour et le contre. C'est ce que je pense veulent faire Madame Marois et Daniel Breton.

      Je suis sûr que Daniel Breton n'aceptera pas n'importe quoi.

      Je trouve qu'il y a des gens qui font un peu trop vite des procès d'intentions.

      Mais je m'illusione peut-être. Pour le moment je reste confiant.

      S'il le faut plus tard je changerai d'idée.

      Pour ce qui est du Conseil de la fédération, je ne vois pas pourquoi madame Marois le boycotterait.

      Son but n'est sûrement pas d'améliorer le fonctionnement de la fédération comme le souhaitait Jean Charest quand il l'a mis sur pied. Elle ne souhaite sûrement pas son maintien étant donné que ce qu'elle veut c'est le retrait de cette fédération.

      Mais, tant que cela ne sera pas fait, elle a tout avantage à participer à ce conseil pour faire valoir son point de vue de souverainiste.

      Il me semble que ça se tient comme position.

      Et si, d'ici là, elle se rend compte que ça donne rien que d'y participer, ça m'étonnerait qu'elle continue à en faire partie.

    • Denyse Richard - Abonnée 23 novembre 2012 09 h 11

      @M. Jean Lapointe

      Je vous cite: « Pour le moment je reste confiant. S'il le faut plus tard je changerai d'idée.»

      J'apprécie votre sang-froid face à la situation actuelle dans laquelle madame Marois se débat. Elle a misé le tout pour le tout afin de s'approprier les votes de la CAQ qu'elle a perdus en septembre dernier. Par contre, les pessimistes diront qu'elle perdra ceux qu'elle a gagné dans une prochaine élection. Elle a pris un risque.

      Quant à vous, M. Lapointe, je suis tout à fait de votre avis. On a amplement et toujours le temps pour changer d'idée.

      Mais, de grâce, évitons de paniquer!

      D. Richard

  • Yves Côté - Abonné 23 novembre 2012 03 h 53

    Ca recommence...

    Ca recommence déjà ?
    A s'avancer avec le sourire sur les terres boueuses et glissantes du pétrole bitumineux, Madame Marois serait-elle une improvisatrice ? Ou sinon, une kamikaze économique du risque écologique ? Cela se pose aujourd'hui comme question.
    En politique, le patinage de fantaisie n'apporte généralement des points que lorsque l'élection qui nous a donné le pouvoir a été largement en notre faveur. Autrement, l'opportunisme finit toujours par nous tuer politiquement. C'est ce que je crois avoir observé depuis quarante ans de regard critique sur le sujet.
    Après avoir failli ne pas réussir à pousser en bord de route la charette brinquebalante dont notre ex-PM tenait les guides de ses deux mains, le Plan Nord, notre actuelle PM reprend exactement la même stratégie de chantage à l'emploi que John James pour justifier qu'on renverse la Terre à ciel ouvert...
    Pour montrer que le Québec peut s'entendre avec les autres provinces lorsque le fédéral ne se mêle de rien, me semble qu'il y aurait mieux ? Quitte à attendre un peu que l'occasion soit meilleure et plus valorisant en terme de projet.
    Non, vous l'aurez deviné, pour moi, la fin ne justifie pas toujours les moyens ! En particulier lorsque quelques financiers trouvent intérêt à détruire ce qui ne leur appartient pas en propre et qu'ils habitent des paradis qui se trouvent bien loin de là où les dégâts se font...
    Attendre une opportunité n'oblige pas à l'opportunisme.
    Ce n'est pas parce que les dommages irréversibles se font à distance du Québec qu'ils ne nuisent pas à l'Homme et à l'environnement. Surtout que tout est lié dans l'équilibre des choses naturelles.
    Selon moi, les intérêts des Québécois ne vont certainement pas dans le sens de l'irréversibilité de la destruction des sites naturels. Même si ceux-ci se trouvent à des milliers de kilomètres de notre pays qui n'en n'est toujours pas un.

    Vive le Québec libre et un minimum respectueux de l'environnement !

    • Claude Chicoine - Inscrit 23 novembre 2012 06 h 05

      Dans quelque matière que ce soit, l'intransigeance n'est jamais la meilleure conseillère.

    • Frederick Tonussi - Inscrit 23 novembre 2012 09 h 18

      @Claude Chicoine
      Au sujet de l'intansigeance vous parlez sans doute de celle du ROC?

  • Catherine Paquet - Abonnée 23 novembre 2012 04 h 50

    Est-ce qu'il y aura un P.S. au bas de l'entente...?

    Imaginon un Post Scriptum: "En cas de séparation du Québec de la fédération canadienne, le flux du pipeline sera inversé, et le pétrole sera remplacé par de l'eau venant du Saint-Laurent."

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 novembre 2012 06 h 25

      Parlez-vous de ce pipeline avec des tous dedans bouchés avec des J-cloths ? On a tous vu à la télé ces poissons et oiseaux couvert de bitume. Nous allons voir maintenant des brebies et des veaux à la même enseigne !

      Breton va sauter les plombs !

      Sinon y a plus rien de vrai nul part ! Et je retourne dans mon sous-sol à faire mes petits bateaux et vous n'entendrai plus jamais parlé de moi.

  • Benoît Landry - Abonné 23 novembre 2012 05 h 58

    Et c'est reparti

    Le PQ a flashé à gauche durant toute la campagne, comme prévu il vire à droite et maintenant il veut alimenter son véhicule au pétrole albertain en attendant celui d'Anticosti.

    Au moins si on voyait un soupcon de volonté de développer des énergies alternatives....

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 novembre 2012 07 h 45

      Avez-vous regardé les dégats que cause la production des nouvelles batteries ?

    • Benoît Landry - Abonné 23 novembre 2012 09 h 43

      @M . Lefebvre
      L'écologie ce n'est pas que de remplacer les autos à essence par des autos électriques, mais, entre autre, de diminuer le parc automobile .

      Quand même du côté des nouvelles batteries , il semble qu'une nouvelle génération de batterie mise au point par Hydro pourrait avoir plus de longévité que l'auto elle-même.... à confirmer... l'émission Découvertes de dimanche devrait aborder ce sujet je crois. N'empêche que le gouvernment Marois n'a pas vraiment annoncer de développement de toutes les énergies alternatives et même d'économies d'énergies avec des programmes d'isolation des maisons par exemple, alors qu'on les voit lorgner régulièrement du côté du pétrole. De ce côté ils n'ont vraiment aucune différence avec la CAQ et les Libéraux, ce n'est que des visions économiques à courte vue pour faire plaisir aux agences de cotation qui compte....

    • Patrick Lépine - Inscrit 23 novembre 2012 10 h 31

      On peut voir ça où les dégâts des batteries?

    • François Ricard - Inscrit 23 novembre 2012 14 h 08

      Au sujet d'Anticosti, le PQ nous avait promis de rendre public l,entente avec Junex et Petrolia.
      Serait-ce un autre recul de Mme Matois?

    • Simon Chamberland - Inscrit 23 novembre 2012 15 h 31

      M. Lépine

      Je pense qu'on parle de la production des piles de nouvelles génération, un processus énergivore et complexe qui requiert des minéraux qui ne sont pas toujours faciles à extraire et raffiner.

      Toutefois ces piles sont, contrairement au pétrole, recyclable.

  • Denis Boyer - Inscrit 23 novembre 2012 07 h 30

    Pas de cette saleté chez nous SVP !

    Encourager l'industrie pétrochinmique pour créer de l'emploi et faire descendre le prix à la pompe c'est une belle opportunité qui apportera plusieurs centaines d'emplois... et encouragera les acheteurs de véhicules à acheter de plus grosses cylindrées et prendre la voiture davantage.

    L'énergie est trop cheap au Québec, ce qui encourage le gaspillage et dans le cas du pétrole, même conventionel, l'augmentation hors de contrôle des émissions de GES. Quant au pétrole albertain, ce n'est simplement pas une solution viable au problème de l'énergie, si on prend en considération son impact sur l'environnement à partir de son extraction jusqu'à sa combustion dans nos moteurs. Le World Meteorological Organization annonce déjà que l'augmentation de 2°C est inévitable, même si on arrêtait aujourd'hui d'émettre des GES.

    Encourager le développement du pétrole albertain ce n'est pas jouer au dés avec l'avenir de l'humanité car le résultat est connu d'avance : une catastrophe à coup sûr!

    Madame Marois : si vous voulez encourager l'économie québécoise (et canadienne, par ailleurs) et créer des centaines de MILLIERS d'emplois alors encouragez le développement et l'utiliation d'énergies renouvelables simulatnément à l'efficacité énergétique, tant dans les transports que dans l'habitation et l'industrie! C'est pourtant faisable... Le prix à la pompe serait bien plus bas si on roulait tous en voitures ou en trains électriques !

    • Stanislas Vézina - Inscrit 23 novembre 2012 12 h 25

      C'est vrai, mais si elle ne le fait pas, ce sera Legault ou le PLQ. Il m'apparaît que les Québécois ne sont pas prêts ou suffisamment sensibilisés pour adhérer à une telle démarche.