Rapport du Conseil du trésor - L’explosion des coûts des infrastructures prive de financement des projets en santé

Le nouveau CHUM a connu une explosion des coûts de contruction.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Le nouveau CHUM a connu une explosion des coûts de contruction.

L’explosion des coûts des projets d’infrastructures, de l’ordre de 14 milliards pour les projets compris dans la planification gouvernementale, soit 52 % de leur valeur, a une conséquence néfaste : plusieurs des projets annoncés par le gouvernement libéral, surtout dans le réseau de la santé, sont reportés aux calendes grecques, a constaté la firme SECOR/KPMG.

Dans un rapport commandé par le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, et daté du 12 novembre, le consultant de SECOR/KPMG Daniel Denis indique que le ministère de la Santé et des Services sociaux a retiré cette année six projets du Plan québécois des infrastructures (PQI) 2011-2016 (voir encadré). Leur financement n’est donc plus dans les cartons du gouvernement, puisqu’aucune somme ne leur est réservée dans le PQI. « Comme les projets individuels de la liste [du PQI] ne sont pas diffusés, ces retraits échappent au regard des parlementaires, voire des citoyens ou des acteurs directement concernés par ces projets. […] Ce faisant, on nourrit des attentes, construit des frustrations futures », souligne le consultant.


C’est en santé que les coûts des projets ont augmenté le plus, soit de 93 %, pour s’établir à 7,4 milliards, suivi par les projets en transport avec une hausse de 46 % pour atteindre 17,3 milliards. « Les nouvelles initiatives sont malheureusement condamnées, à cause de notre capacité de payer, à diminuer dans les prochaines années », a signalé Daniel Denis au cours d’une conférence de presse qu’il a donnée vendredi en compagnie du p.-d. g d’Infrastructure Québec, Luc Meunier.


Il ne s’agit pas la plupart du temps de dépassements de coût à proprement parler, mais bien de sous-évaluations des coûts au moment de l’annonce du projet par le gouvernement, a précisé M. Denis.


Investissements majeurs


Le PQI 2011-2016 couvre 44 milliards d’investissements, dont environ deux tiers vont à l’entretien des infrastructures existantes et un tiers aux nouveaux projets. Cette somme est fixée par le ministère des Finances en fonction de la capacité de payer des contribuables et de l’objectif de réduction du ratio de la dette à long terme par rapport au Produit intérieur brut (PIB) qui doit passer à 45 % en 2025. Elle ne correspond qu’à une partie seulement des demandes des ministères et des organismes qui dépassent les 60 milliards.


Or, le « pipeline de projets » actuels, associé aux investissements nécessaires au maintien des infrastructures existantes, « dépasse les cibles maximales fixées par le ministère des Finances pour les prochaines années. Une nouvelle priorisation des projets planifiés sera essentielle », prévient Daniel Denis.


C’est d’autant plus vrai qu’aux 44 milliards de projets faisant l’objet d’engagements financiers s’ajoutent 4,3 milliards en projets annoncés mais pour lesquels il n’y a pas d’argent. À cela s’ajoute une réévaluation du coût des projets inscrits en mars dernier de 682 millions, pour un total de 5 milliards.


Intitulé Étude sur la gestion actuelle du Plan québécois des infrastructures et sur le processus de planification des projets, le rapport dresse une liste des projets ayant les plus grandes variations en dollars. On y retrouve le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) (+ 2,18 milliards), l’échangeur Turcot (+ 2,1 milliards), le remplacement des voitures du métro (+ 950 millions), le Centre universitaire de santé McGill (+ 675 millions) et l’Hôpital Sainte-Justine (+ 670 millions). Il dresse également une liste des plus grandes variations en pourcentage, où réapparaissent l’Hôpital Sainte-Justine (+ 259 %) et le CHUM (+ 228 %).


SECOR/KPMG a aussi fait l’examen de sept « projets critiques », soit le CHUM, le CUSM, le Train de l’Est, le réaménagement de l’échangeur Dorval, la route des monts Otish et le campus de santé publique Norman-Bethune. Parmi les lacunes observées, le consultant note des projets mal définis, une validation tardive et « inconsistante » des coûts, un manque de rigueur dans la préparation du dossier, la précipitation de l’annonce.


Les constats du rapport n’émeuvent pas le p.-d. g. d’Infrastructure Québec. Aux yeux de Luc Meunier, « il n’y a pas d’éléments de surprise dans ce rapport ».


Dans un communiqué, Stéphane Bédard taxe d’irresponsabilité le gouvernement libéral. « Ces constats commandent des mesures importantes », juge le président du Conseil du trésor. Il entend préciser dans les prochains jours les orientations qu’il prendra pour corriger la situation.


 
3 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 novembre 2012 04 h 15

    Pis là là

    Ouais ! Pis là là les différents Libéraux vont pour certains attaquer le gouvernement parce qu'il retarde les projets et d'autre vont crier au meurtre parce qu'il n'arrive pas dans son budget ! Chercher la logique !

  • Carole Dionne - Inscrite 17 novembre 2012 09 h 09

    Du déjà vu , Mme Marois

    Quand Charest est arrivé au pouvoir en 2003, il a mandaté certaine personnes pour vérifier les livres et faire dire que les projets que le PQ laissait en blanc n'étaient pas attachés.


    Donc, vite un directeur des finances, cela serait bien plus logieque et équitable pour la population qui s'est fait promettre des choses et se font refuser ces mêmes promesses une fois rendu au pouvoir sous prétexte que c'est la faute du précédent gouvernement.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 novembre 2012 05 h 12

      Effectivement, ça prend quelqu'un pour vérifier les livres à la fin d'un mandat et surtout nous en informer ! L'idée est exellente, mais je pense qu'il y a assez de monde qui travaille déjà au gouv. qui pourrait faire la job sans être obligé de créer d'autres postes et grossir encore plus la machine.

      En plus, nous, les électeurs qui avont le fardeau de choisir, sauriont comment le gouv. sortant à géré NOS biens et enfin nous aurions un vote éclairé au lieu d'être éblouis comme un chevreuil au millieu de la route à chercher de quel bord on va sauter pour sauver notre peau.

      Achèteriez-vous une maison sans la visiter en vous basant seulement sur la parole de l'agent d'immeuble ? Investiriez-vous dans un commerce sans connaitre le roulement de l'entreprise ? C'est ça qu'on nous demande tous les 4 ans. Où est la logique ? Là c'est le temps M.Spock.