Laval - Cadeau de départ de 800 000$ à l’ex-maire Lefebvre

«L’establisment d’affaires» souhaitait un changement de garde et aurait vu en M. Vaillancourt un successeur qui s’annonçait sensible à l’essor économique lavallois.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «L’establisment d’affaires» souhaitait un changement de garde et aurait vu en M. Vaillancourt un successeur qui s’annonçait sensible à l’essor économique lavallois.

Un groupe de gens d’affaires aurait remis en 1989 une bourse de quelque 800 000 $ à l’ex-maire de Laval Claude Lefebvre, pour souligner son départ de la politique et ainsi accueillir l’étoile montante d’alors qu’était Gilles Vaillancourt.

Claude Lefebvre terminait alors son deuxième mandat comme maire de Laval. « L’establisment d’affaires » souhaitait un changement de garde et voyait en Gilles Vaillancourt un successeur qui s’annonçait sensible à l’essor économique lavallois, raconte un homme d’affaires présent à l’événement. « C’était organisé pour donner une bourse à Claude Lefebvre. J’ai payé 10 000 $», raconte cet homme, qui précise qu’il s’agissait d’argent comptant. « Tous les gros bureaux d’ingénieurs et d’avocats étaient là et tout ce qui compte pour vrai du côté des entrepreneurs », précise-t-il.

Un autre participant a confirmé que lors « des cocktails comme ceux-là », « un monde d’hommes », l’argent coulait à flots. « Ça se faisait dans une ambiance amicale », raconte cette personne.


Claude Lefebvre confirme la tenue de cette « fête ». Selon lui, il n’y avait toutefois qu’une quarantaine de personnes, dont des entrepreneurs et des ingénieurs qu’il refuse d’identifier. De toute façon, il n’avait pas de relation privilégiée avec ces hommes d’affaires, indique-t-il. Comment expliquer alors que ces personnes aient pris l’avion, payé un hôtel pour une fête de quelques heures ? Quel avantage pouvaient-ils espérer en retirer ? a demandé Le Devoir. M. Lefebvre dit l’ignorer, supposant tout au plus que ses fonctions de maire avaient suffi à les attirer.


« C’est à cette occasion que j’ai annoncé que je ne me représentais plus à la mairie », précise M. Lefebvre. Ce n’est que quelques semaines plus tard, le 3 mai 1989, que M. Lefebvre convoqua la presse pour annoncer sa démission en invoquant des raisons de santé. Gilles Vaillancourt, qui siégeait alors au comité exécutif, a pris le relais jusqu’à l’élection de novembre, qui le confirma dans ses nouvelles fonctions. Vingt-trois ans plus tard, Gilles Vaillancourt a remis sa démission, qui a été teintée par des soupçons de corruption.


Lors de son départ, le maire Lefebvre a bénéficié d’une indemnité de 60 000 $ payée par la Ville de Laval, ce qui n’a toutefois rien à voir avec la bourse offerte par les gens d’affaires. Claude Lefebvre nie d’ailleurs avoir reçu une somme d’environ 800 000 $ lors du party de Boca Raton. « Qui sont les esprits tordus qui inventent ça ? J’ai seulement reçu un cellier d’une valeur de 300 $», soutient-il.


La réponse de M. Lefebvre soulève toutefois bien des questions. Ainsi, comment ces gens d’affaires que M. Lefebvre ne fréquentait pas ont-ils pu savoir qu’il quittait ses fonctions et qu’ainsi, il leur fallait faire un voyage jusqu’en Floride pour lui offrir un cellier?


Cotisations annuelles


La semaine dernière, Le Devoir révélait qu’un professionnel de Laval avait versé à deux reprises, au début des années 1980, 15 000 $ comptant à Claude Lefebvre pour assurer une place privilégiée à son entreprise dans l’octroi des contrats municipaux. Par la suite, M. Lefebvre aurait dirigé ce professionnel vers son homme de confiance.


« C’est de la foutaise », s’était alors emporté Claude Lefebvre. « Qu’est-ce que c’est que ces histoires-là de bagman ? », a-t-il ajouté.


Le même professionnel avait expliqué au Devoir que cette façon de faire s’était poursuivie sous le règne de Gilles Vaillancourt. Chaque année, il versait ainsi une « cotisation » de 15 000 $, une condition pour avoir accès au lucratif marché des contrats de la Ville de Laval. À deux reprises, il affirme avoir versé l’argent comptant directement au maire Vaillancourt, dans son bureau de l’hôtel de ville, et en présence d’un témoin. Ce dernier corrobore les faits. « Ça se faisait en toute simplicité », a dit cette personne sous le couvert de l’anonymat.


La veille de sa démission, Gilles Vaillancourt affirmait par communiqué qu’il ne s’était jamais impliqué dans l’octroi ou la réalisation d’un contrat et « n’avoir jamais reçu d’argent de la part d’un entrepreneur ».

38 commentaires
  • Roland Guerre - Inscrit 16 novembre 2012 03 h 55

    Déchéance

    Quelle tristesse de voir réduite la vie municipale à de tels arrangements, à une indigne comédie, qui bafoue la vie citoyenne, la noblesse de la mission d'échevin, au service de sa cité, de ses concitoyens. Le printemps érable vaccinera-t-il les politiques égarés, qui déshonorent le mandat confié ?

    • Jean Boucher - Inscrit 16 novembre 2012 10 h 50

      Le soir la grande majorité des citoyennes et citoyens préfèrent écouter et voir à la télé la fiction «Toute la vérité», en ondes grâce à des commandites privées et publiques - pour les influencer sur quoi acheter, penser et dire - que d'assister à des rencontres réelles et poser des questions aux élus des municipalités.

      On récolte ce que l'on sème: les enveloppes brunes du confort et de l'indifféremce.

  • normand charest - Inscrit 16 novembre 2012 06 h 59

    A voir tout les condo de millions et plus a laval,on commence a comprendre la raison...

  • Dany Tanguay - Inscrit 16 novembre 2012 07 h 37

    L'Establishment d'affaires

    L'Establishment d'affaires qui tourne autour de Laval a choisi le maire Vaillancourt....qui croyez-vous qui a choisi Jean Charest pour diriger le parti libéral et le rendre au poste de premier ministre?...eh bien c'est l'Establishment d'affaires canadien....ce n'est pas le peuple qui choisit, on le dirige et on le programme à voter pour celui choisi par cet Establishment grâce à tous les moyens de communication qui lui appartient.....

    • Solange Bolduc - Inscrite 16 novembre 2012 10 h 53

      C'est exactement ce qui se passe dans certains organismes communautaires à Montréal. On réunit les membres pour discuter de ce qui ne va pas, pour établir un dialogue, mais aussitôt que l'un d'entre eux se lève pour entamer une vraie discussion, on lui demande presque de se taire . Pourquoi? Parce que les membres sont là pour l'apparence de démocratie, pendant que le CA de la place décide de tout, surtout de défendre leurs intérêts personnels, non ceux des membres !

      Partout, ou presque, on manipule le peuple, mais on ne parle jamais en son nom! De la supercherie !

  • François Dugal - Inscrit 16 novembre 2012 07 h 42

    Le fisc

    Devant ce flot impétueux et ininterrompu d'argent sale, le fisc québécois semble dépassé et brille par son absence.
    «Quand tu vas à l'hôpital, c'est qui qui paye?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 novembre 2012 09 h 50

      Le fisc semble dépassé pourquoi ? Tout simplement parce qu'il fonctionne sur le même principe que la fonction publique de Mtl, voyons ! Chacun sont 'tit cubicule et passe la paperasse au suivant peut importe ce qui est écrit dessus ! La fonction publique fonctionne, elle ne réfléchi pas ! La même chose dans nos hôpitaux, sauf que pour le monde en civières, ils sont obligé de faire le tour, très dérangant !

    • Solange Bolduc - Inscrite 16 novembre 2012 10 h 42

      C'est tellement vrai, M. Lefebvre, de dire que "La fonction publique fonctionne, elle ne réfléchi pas ! "

      Et c'est justement pour cette raison que l'on craint comme la peste la tutelle ou la venue d'une vérificateur général...ça dérouillerait tout le système robotique en place : trop de travail de réflexion de vouloir changer son fonctionnement ! Pourvu que l'argent rentre aux bons endroits, on peut bien laisser les "machines" tourner , ne jamais se mettre les doigts dans l'engrenage, car on risque de s'y commettre !

      Laissons donc la machine faire son travail, et les corrupteurs seront bien gardés ou défendus!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 novembre 2012 05 h 41

      Et ils n'ont même pas besoin d'être corrompus ces fonctionnaires, ils n'ont juste qu'à être encrés dans leur habitudes ! Mme Bolduc.

  • Pierre Germain - Inscrit 16 novembre 2012 08 h 12

    Pourriture

    Nous vivons au milieu de la pourriture politique. De tels agissements ne peuvent avoir qu'avec l'accord tacite et l'aveuglement volontaire de tous ceux qui sont au pouvoir. Pourriture

    • François Dugal - Inscrit 16 novembre 2012 09 h 25

      Si le maire Vaillancourt se représentait à l'élection minicipale de Laval, il serait ré-élu haut la main.
      Elle est pas belle, le démocratie?

    • Jean Boucher - Inscrit 16 novembre 2012 12 h 55

      Oui elle est pas belle la démocratie surtout que presque personne n'assiste aux délibérations du Conseil municipal.