Vézina n’a rien vu

La commission Charbonneau n’a rien tiré des deux fonctionnaires municipaux, pourtant suspendus pour enquête administrative, qu’elle a entendus mardi. Elle a en outre eu un épisode de cafouillage procédurier, alimentant les questions quant à son efficacité et à son fonctionnement.

La journée a commencé avec la fin du témoignage de l’ex-ingénieur de la Ville de Montréal Gilles Vézina. Celui-ci a refusé toute responsabilité quant aux extras autorisés. Le tout lui semblait « plausible et payable », a-t-il affirmé.


S’il faut l’en croire, il a surtout été victime « des tours » joués par Luc Leclerc. Lorsque la juge France Charbonneau lui dit : « Vous ne pouvez pas reposer sur tout le monde vos responsabilités », il répond : « Je ne suis pas d’accord avec vous. » Si la commission souhaitait tirer ne serait-ce que l’admission d’une négligence de la part de son témoin, elle a échoué.

 

« Tombé sur le dos »


Pas plus de chance s’il s’agissait de le convaincre de complaisance. M. Vézina prétend avoir pris connaissance des avantages versés à ses collègues en même temps que tout le monde. « Je suis tombé sur le dos », a-t-il relaté. M. Vézina ne semblait pas savoir ce qui se déroulait dans son service. Il n’a jamais su que son ami Catania versait des pots-de-vin à son meilleur ingénieur, Luc Leclerc. Il n’a pas non plus réussi à expliquer comment il se faisait qu’il avait toujours assigné cet ingénieur à cet entrepreneur.


Lui-même nie avoir touché de l’argent. Des billets de hockey et des invitations à des tournois de golf, des bouteilles de vin et une vingtaine de dîners par année… oui. Et s’il lui est arrivé de se faire proposer d’accompagner des clients à l’hôtel pour utiliser les services d’escortes, il a refusé, mais il est au courant qu’« en général, les escortes, ça existe ». C’est normal, prétend-il, qu’un entrepreneur cherche à savoir « ce qui peut intéresser un gars », mais on restera sur notre faim si on espère savoir pourquoi, dans quel intérêt, les entrepreneurs feraient de telles offres. C’est la première fois qu’un tel avantage est évoqué devant la commission.


La fin du témoignage de M. Vézina a été marquée par un incident qui a mal fait paraître la commission. Me Martin St-Jean, représentant la Ville de Montréal, est intervenu pour s’assurer que le témoin serait interrogé sur des documents qu’il a soumis à la commission en septembre. Le document semble perdu. On profite de la pause pour se concerter et la procureure de la commission termine l’interrogatoire à partir des documents en question. Mais il n’y a finalement pas grand-chose à tirer de cet épisode déjà connu. En 2009, M. Vézina aurait approuvé que des montants tirés d’un contrat soient affectés à des travaux déjà exécutés ; ce qui, au pire, confirme son laxisme.


Un processus complexe


Le deuxième témoin entendu était plus éloquent. Yves Themens, chef de section, a passé de longues minutes à expliquer les processus de sélection et de validation des appels d’offres. Affable, il s’est engagé à « essayer de ne pas tout mélanger » les membres de la commission. Par moments, il a semblé perdre les procureurs dans le dédale des procédures administratives. Confronté aux documents produits par la commission sur l’explosion des coûts des matériaux, il n’a pas trouvé mieux que de répondre qu’il « faudrait faire une étude plus poussée », semblant contester la crédibilité des documents soumis. Il a en outre nié avoir donné à Lino Zambito un accès privilégié aux listes des soumissionnaires.

3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 14 novembre 2012 10 h 11

    La parade

    La parade des «marrons» se poursuit avec une constance désolante.
    L'ordre des ingénieurs a-t-il une petite gêne?
    Ou est le devoir civique?
    Ou est l'honnêteté citoyenne?
    Ou est la police?
    Ou est la justice?
    Ou est la démocratie?
    Vous n'avez pas envie de vômir?

  • Raymond Labelle - Abonné 14 novembre 2012 11 h 30

    Il aurait dû se dire : “P’têt ben que… »

    Même en supposant que M. Vézina ait dit la vérité et n’ait jamais reçu d’enveloppes brunes, avec tous les cadeaux qu’il a reçus et les offres avancées qu’on lui a faites, me semble qu’il aurait dû au moins se dire :

    “P’têt ben que» ces entrepreneurs tentent de me corrompre et/ou de me compromettre pour obtenir certaines faveurs;

    “P’têt ben que» s’ils sont capables de me faire de telles offres, ils pourraient tenter, ou avoir déjà tenté, de soudoyer mes employés.

    “P’têt ben que… » je devrais surveiller de près ce que font mes employés qui font affaire de façon étroite avec ces entrepreneurs.

  • Cyr Guillaume - Inscrit 14 novembre 2012 15 h 06

    La mémoire sélective!

    On assiste ici, au syndrôme classique de la mémoire sélective, alias le syndrôme Tremblay! Plus présent au sein des commissions visant à faire valoir la vérité sur des événements douteux ayant lieu au sein de la classe politique, il se manifeste souvent sous des formes très nébuleuses, comme « Je ne m'en souvenais plus », où « Je ne m'en rappel plus ». Ce virus fait bien des ravages parmis la classe politique par les temps qui court, semble-t-il!