Commission Charbonneau: un premier cadre admet avoir reçu des cadeaux des entrepreneurs

Gilles Vézina, cadre intermédiaire au service des travaux publics de la Ville de Montréal, a admis devant la Commission Charbonneau avoir reçu divers cadeaux.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gilles Vézina, cadre intermédiaire au service des travaux publics de la Ville de Montréal, a admis devant la Commission Charbonneau avoir reçu divers cadeaux.

Un cadre intermédiaire au service des travaux publics de la Ville de Montréal, Gilles Vézina, a à son tour admis devant la Commission Charbonneau avoir reçu divers cadeaux de la part d'entrepreneurs en construction et de firmes de génie, comme des billets de hockey, des repas au restaurant et des tournois de golf.

Il a aussi admis avoir participé à une fête d'anniversaire dans la famille des entrepreneurs en construction Frank et Paolo Catania, dans une résidence de Paolo Catania à Piedmont.

Il a également admis s'être rendu à plusieurs reprises à une épluchette de blé d'Inde chez Frank Catania à Brossard. Cet entrepreneur était le voisin de Luc Leclerc, un ingénieur chargé de projets sous l'autorité de M. Vézina, et qui a déjà admis avoir touché au moins 500 000 $ en pots-de-vin d'entrepreneurs.

Et malgré ces admissions quant à ses relations avec les entrepreneurs en construction, M. Vézina a assuré qu'il n'y avait là qu'une relation d'affaires normale.

Il n'a vu aucun problème dans le fait qu'il soit le cadre qui affecte à des projets de construction les ingénieurs et les surveillants de chantiers. C'est lui qui désignait Luc Leclerc, par exemple, et son surveillant de chantier, pour tel chantier mené par tel entrepreneur.

Luc Leclerc et les remords

Plus tôt dans la journée, l'ingénieur Luc Leclerc, retraité de la Ville de Montréal, qui a admis avoir touché des pots-de-vin d'entrepreneurs en construction, a justifié lundi son manque apparent de remords par le fait qu'à son avis, même s'il en exprimait, les citoyens ne lui pardonneraient pas ses gestes.

«Si j'avais cru que d'avoir la larme à l'oeil au cours de mon témoignage, ou le trémolo dans la voix, ou la tête entre les deux jambes avait changé quoi que ce soit au passé, vous pouvez être sûr que j'aurais même mis le genou par terre», a-t-il lancé lundi, à la reprise des audiences de la commission Charbonneau. «Mais malheureusement, la vie n'est pas un roman, n'est pas du cinéma. Je sais que ça n'aurait absolument rien changé. Ce qui est fait est fait, et je ne peux plus le défaire. [On] peut exprimer des regrets à la population, mais je ne pense pas que la population pardonne.»

Contre-interrogé par le procureur de la Ville de Montréal, Martin St-Jean, l'ancien chargé de projets au département de la voirie a justifié de cette façon son absence de regrets manifestes, contrairement à son collègue Gilles Surprenant, qui a aussi admis avoir participé au même stratagème et touché des centaines de milliers de dollars en pots-de-vin.

Pourtant, à la toute fin de son contre-interrogatoire, Luc Leclerc a changé de cap, et demandé à son tour pardon aux Montréalais et à ses collègues ingénieurs, comme son collègue Gilles Surprenant l'avait fait. «Je regrette ce que j'ai fait. J'en appelle à la clémence de la population en général, aux payeurs de taxes de Montréal, également aux membres du syndicat des ingénieurs, aux membres de l'Ordre et à tous les employés actuels.»

Il a offert à la commission de continuer sa collaboration comme «témoin repentant» sur des questions éthiques. «C'est la seule manière que je pense que je peux me racheter, c'est de collaborer», a-t-il ajouté.

Pourtant, il a dû admettre que même lorsque les enquêteurs de la commission Charbonneau l'ont interrogé pour la première fois en mai 2012, il leur a menti, prétendant qu'il ne lui restait plus d'argent provenant de ces pots-de-vin. «Je leur ai dit qu'il n'en reste plus, que j'ai tout dépensé», a-t-il témoigné. Ce n'est que le 29 octobre dernier qu'il leur a finalement remis quelque 90 000 $, soit la somme qu'il lui restait.

M. Leclerc a travaillé une vingtaine d'années pour la Ville et a participé à la surveillance de contrats totalisant 207 millions $, selon le relevé dévoilé par le procureur de l'Association de la construction du Québec, Daniel Rochefort.

Il a aussi avoué qu'il n'avait même pas de prétexte valable autre que la gratification personnelle pour avoir participé à ce système de corruption. «Je n'ai jamais eu de
menaces de personne; je n'ai même pas cette excuse-là.» Il a même joué au golf à deux reprises avec le parrain de la mafia, Vito Rizzuto.

Manque d'effectifs

L'ingénieur retraité a aussi soutenu que l'absence de vérification et le manque d'effectifs au département de la voirie ont eu pour conséquence de favoriser l'implantation du système de corruption.

Au début de sa carrière, en 1990, des vérificateurs internes choisissaient deux ou trois contrats accordés par son département et les examinaient à fond, a-t-il relaté. Ils cherchaient notamment à savoir s'il n'y aurait pas eu moyen de payer moins pour exécuter les travaux de la Ville.

Vers 1995, ces vérificateurs sont disparus et, selon le témoignage de Luc Leclerc, il n'y a plus eu de vérification interne ou externe.

Le manque d'effectifs dans son département a aussi facilité l'implantation de ce système de corruption, selon lui, parce qu'une certaine proximité s'est installée entre entrepreneurs et fonctionnaires, qui avaient souvent affaires aux mêmes personnes au fil des ans.

Lui qui a également été président du Syndicat des ingénieurs de la Ville de Montréal et de la Communauté urbaine de Montréal pendant quelques années a soutenu avoir fait «énormément» de représentations auprès de ses patrons pour se plaindre des conséquences de ce manque d'effectifs. La Ville accordait également des mandats à des firmes privées de génie.

L'ingénieur retraité a aussi soutenu que les agents techniques sur le terrain François Thériault et Michel Paquette touchaient également des pots-de-vin. «Vous saviez que MM. Thériault et Paquet recevaient des sommes, et eux savaient que vous, vous receviez des sommes?», lui a demandé le commissaire Renaud Lachance. «C'est exact», lui a répondu M. Leclerc.

MM. Paquette et Thériault ont été suspendus par la Ville de Montréal le 2 octobre dernier.
10 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 12 novembre 2012 12 h 45

    Je suis mort de rire JAUNE.

    M. Leclerc, pour l'avoir entendu aux nouvelles, est un spécialiste de l'ironie. J'ai bien l'impression qu'il était tout à fait conscient de la place qu'il prenait dans ces rouages frauduleux. Il semble aussi avoir de drôles de préjugés envers la population.

    À la ville, il n'y avait pas de vérifications et le manque d'effectifs a fait qu'on demandait implicitement aux entreprises de faire preuve d'éthique. Donc, candeur et naïveté régnait en maître à la mairie, pendant que des loups aux dents longues étaient dans la bergerie.

  • Vincent Brunelle - Inscrit 12 novembre 2012 13 h 50

    Aucun remord

    Les remords ne sont des remords que lorsqu'ils sont sincères et sans contre-partie, par conséquent, en disant qu'il en aurait s'il savait que la population lui pardonnerait, Luc Leclerc prouve qu'il ne regrette rien de ses actions si ce n'est du fait de s'être fait prendre.

    • Berthe Fortier-A - Abonnée 13 novembre 2012 10 h 02

      Il pourrait peut-être rembourer à même sa pension de retraité de la Ville de Monntréal s' il a quelque regret que ce soit. En effet le seul qu'il ait est de s'être fait prendre. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/363771/co

  • Bernard Gervais - Inscrit 12 novembre 2012 16 h 43

    Pauvres citoyens de Montréal !

    C'est pas compliqué, depuis que ce monsieur Leclerc a commencé à « vider son sac » à la Commission Chabonneau, tout ce qu'il raconte me fait dresser les cheveux sur la tête !

    De plus, la même question me vient à l'esprit chaque fois qu'il parle : comment se fait-il qu'on ait caché aux citoyens de Montréal aussi longtemps toutes ces histoires de pots-de-vin au sein de leur administration municipale ?

  • François Dugal - Inscrit 12 novembre 2012 19 h 08

    Tout le monde le fait

    «Tout le monde le fait, fais le donc». C'était le slogan publicitaire de la station CKAC au début des années '70.
    Il faut croire que le personnel de la mairie de Montréal a fait sien ce slogan. Diffile d'être honnête quand tout le monde est corrompu.

  • Jean-Louis Girard - Inscrit 12 novembre 2012 23 h 38

    La corruption dont personne ne parle

    Esy le fait que tant de gens recoivent des cheques d'assistance sociale quand ces gens peuvent travailler,et ne veulent pas et se fient au systeme trop généreux,,,Celles et ceux qui demeurent a une adresse et en donnent une autre,les boulets de la société.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 novembre 2012 06 h 34

      Votre subtilité m'étourdi monsieur Girard !