Commission Charbonneau - Luc Leclerc prenait plaisir à être corrompu

Volubile et souriant, Luc Leclerc n’a pas caché qu’il était corrompu et qu’il y prenait plaisir. « Des enveloppes brunes, j’en ai eues ! », a-t-il lancé, soulignant qu’il ne cherchait pas à se « justifier, mais à expliquer » ce qu’il avait fait pendant une quinzaine d’années comme fonctionnaire à la voirie.
Photo: La Presse canadienne (photo) Volubile et souriant, Luc Leclerc n’a pas caché qu’il était corrompu et qu’il y prenait plaisir. « Des enveloppes brunes, j’en ai eues ! », a-t-il lancé, soulignant qu’il ne cherchait pas à se « justifier, mais à expliquer » ce qu’il avait fait pendant une quinzaine d’années comme fonctionnaire à la voirie.

C’est avec une certaine désinvolture que l’ingénieur retraité de la Ville de Montréal, Luc Leclerc, a expliqué mercredi à la commission Charbonneau avoir eu « une sensation de pouvoir » en recevant à répétition des pots-de-vin et des cadeaux en échange d’un service de première qualité aux entrepreneurs.

Volubile et souriant, Luc Leclerc n’a pas caché qu’il était corrompu et qu’il y prenait plaisir. « Des enveloppes brunes, j’en ai eues ! », a-t-il lancé, soulignant qu’il ne cherchait pas à se « justifier, mais à expliquer » ce qu’il avait fait pendant une quinzaine d’années comme fonctionnaire à la voirie.


Au total, le témoin estime avoir empoché au moins un demi-million en argent comptant. Mais il préférait vraisemblablement recevoir des cadeaux et des petites attentions qu’il a qualifiées de « comiques et agréables ». Quant aux liasses d’argent qui s’accumulaient, elles sont difficiles à dépenser, a souligné M. Leclerc. Et contrairement à son collègue et ami Gilles Surprenant, lui aussi corrompu comme il l’a admis devant la commission, il ne jouait pas au casino pour libérer sa conscience.


Des quelque 500 000 $, il ne restait plus qu’une somme de 90 000 $, que M. Leclerc a remise aux enquêteurs de la commission. M. Leclerc a profité de la tribune qui lui était offerte pour demander que l’argent soit retourné à la Ville de Montréal. Pour l’instant, il est déposé dans un compte en fidéicommis.


Au fil des ans, M. Leclerc a reçu bon nombre de billets de hockey, de voyages de golf, de bouteilles de vin, et même un jambon. Des entrepreneurs (ATA, BP Asphalte, Sintra, Catania) ont également effectué gracieusement des travaux lors de la construction de sa résidence, voisine d’ailleurs de celle de l’entrepreneur Catania, à Brossard.


Vito Rizzuto, un gentleman


C’est en 1995 qu’il a perçu son premier pot-de-vin ; auparavant, il recevait des cadeaux des entrepreneurs, mais puisqu’il n’effectuait aucune magouille pour eux, M. Leclerc estime qu’il ne s’agit pas de corruption. En 1995, il est invité avec son grand partenaire de golf Surprenant à s’envoler pour la République dominicaine. Le voyage est payé par l’entrepreneur Tony Conte de Conex Construction. C’est lors de ce séjour d’une semaine qu’il rencontre et apprend à connaître le chef de la mafia, Vito Rizzuto, dont il parle avec emphase. M. Leclerc a vanté « le sens de l’humour » de M. Rizzuto. « On a passé une belle semaine », affirme M. Leclerc avec un large sourire. « C’est un gentleman ? », lui demande alors la procureure Sonia Lebel. « C’est le mot que je cherchais », confirme le témoin.


Selon ce dernier, qui se définit comme un « pro-entrepreneur », les entreprises qui obtenaient des contrats de la Ville de Montréal avaient droit à tous les égards de sa part. Par ses fonctions, M. Leclerc administrait les différents projets d’infrastructures, mais ce sont les contrats d’égout qui étaient les plus payants pour lui. Cela s’explique par la facilité avec laquelle il était possible d’autoriser des dépenses supplémentaires contrairement à la construction de trottoirs, par exemple. Il a corroboré le témoignage de Gilles Surprenant et de l’ex-entrepreneur Lino Zambito voulant qu’il recevait 25 % des extra. Ce ne serait toutefois que théorique, selon lui. « En réalité, j’acceptais ce qu’on voulait bien me donner », a-t-il raconté à la commission.

 

Contre-interrogatoire éprouvant


En matinée, c’est l’ex-organisateur d’Union Montréal (UM), Martin Dumont, qui était à la barre des témoins. L’avocat d’UM, Michel Dorval, s’est attaqué à la crédibilité de M. Dumont, mais aussi à sa réputation, ce qui a fait bondir la juge France Charbonneau. Me Dorval a exposé le vol à l’étalage commis par M. Dumont à la fin des années 1990 ainsi que sa fréquentation assidue de sites pornographiques sur ses heures de travail. M. Dumont a reconnu son inconduite, mais a dit que ce n’était pas fréquent. De plus, il a offert sa démission, qui a été refusée, a-t-il raconté.


M. Dumont a été conseiller du maire Tremblay de 2001 à 2004, puis organisateur d’UM jusqu’en 2006. C’est sur ces notes éprouvantes que le contre-interrogatoire mené par Me Dorval a pris fin.


Plus tôt, l’avocat a tenté de mettre en contradiction Martin Dumont notamment sur sa connaissance des règles qui encadrent une campagne électorale. À cet égard, il a abordé l’élection partielle de décembre 2004 dans l’arrondissement Saint-Laurent. Me Dorval a toutefois paru déstabilisé par ses propres erreurs de fait.


Par contre, il a réussi à semer un doute sur l’activité de financement tenue lors de la campagne référendaire de 2004 (défusions municipales), que M. Dumont a qualifiée de « secrète » la veille. Me Dorval a plutôt démontré que des invitations avaient été faites largement et que plusieurs chèques avaient été émis pour cet événement au nom du comité de Montréal, qui coiffait l’équipe contre les défusions plutôt que pour UM. M. Dumont a reconnu avoir erré sur ce point.

 

Double comptabilité


Martin Dumont a toutefois maintenu son témoignage sur l’existence d’une double comptabilité chez UM afin de cacher le financement occulte du parti du maire Tremblay. D’ailleurs, selon le témoin, le maire serait au courant de la situation depuis 2004. Gérald Tremblay a nié cette affirmation.

11 commentaires
  • Pierre Bourassa - Inscrit 1 novembre 2012 00 h 35

    Leclerc-Surprenant sous influence

    Leclerc a reçu au moins $500,000.00 pour fausser les contrats et nous charger 30% de plus pour les travaux,Surprenant nous dit $700,000.00 pour sa part,et je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec l'argent que Jean Charest recevait par en arrière,non-déclarée et d'origines obscures,c'est à dire $75,000.00,pendant 10 ans=$750,000.00 en plus de son salaire de premier ministre que nous les citoyens lui payions pour qu'il travaille pour nous.Et il aurait continué à percevoir ce ''salaire-invisible''jusqu'en 2012 si cela n'avait pas été exposé au grand jour en 2008.
    Je crois que jamais la corruption n'aurait fleuri autant sans cet incitatif financier pour qu'il ne regarde pas dans certaines directions.La preuve? Les pertes de 40 milliards à la Caisse de Dépôt et Placements du Québec en 2008 suite aux achats injustifiés de papier commercial,les redevances incroyablement ridicules pour le Québec en échange de l'exploitation par des compagnies étrangères de nos ressources naturelles,ainsi que sa résistance maladive à déclencher une enquête publique indépendante sur la corruption dans l'industrie de la construction et sur le financement des parti politiques,malgré les alarmes fusant de partout.
    C'est clair que ce gars là était sous influence et ne représentait pas les intérêts supérieurs des québécois mais plutôt ceux des forces occultes de la corruption.
    En déclenchant des élections avant la reprise des travaux de la Commission Charbonneau il a presque été réélu.Maintenant ce serait différent...

    Je place donc cet argent-reçu non-déclaré de $750,000.00 à John-James Charest dans la même balance que les pots de vin à Surprenant et Leclerc.

  • Carole Dionne - Inscrite 1 novembre 2012 01 h 30

    Moi je ne comprends ses patrons!!!

    Et ce , à titre d'ancienne fonctionnaire. Il a dit lui-même hier que la corruption a arrêté le jour où les employés ont eu un code d'éthique. Mais même sans code d'éthique. Les patrons laissaient les employés aller jouer au golf avec les entrepreneurs, les laisser leurs payer de bon diner, etc. Comme je l'ai toujours dit dans les sphères de la gestion publique, ce sont les cadres qui sont les plus gros problèmes.

  • Francois Gagnon - Inscrit 1 novembre 2012 04 h 44

    "Pay back time"

    Espérons que le fisc pourra récupérer des sommes pour impôts impayés et que le gouvernement Marois s'assurera que ses nouvelles lois auront les moyens pour récupérer le fruit des vols de ces ripoux incluant la saisie de tous biens même si cela implique de lever le voile pour récupérer ceux vendus pour des pécadilles ou donnés à des gens complaisants.

    Personnellement je suis tellement dégoûté que je n'ai aucun état d'âme si ces ripoux finissent leurs jours sur un banc public, ils n'ont plus leur place ds notre société.

  • Guy Desjardins - Inscrit 1 novembre 2012 07 h 18

    De la petite bière

    Comparaison un peu boiteuse mais réaliste. Ont c'est fait voler à dâte plus de $200 millions par nos ingénieurs et la mafia, ont dit que c'est la pointe de l'iceberg, mettons $8milliards un coup fini l'enquête avec tous les à cotés. L'ouragan Sandy coûtera $20 milliards, ce que dit les Américains. On a perdu $40 milliards de beaux dollars avec la caisse de dépôt, c'est du foin en titi, oû sont les fautifs partient avec une prime de séparation et avec de grosses pension mur à mur? Au Québec c'est différent aucune impunité et seulement, une petite tappe dans le dos et vogue la galère.

  • Constance Babin - Abonnée 1 novembre 2012 07 h 32

    un corrompu fier de lui

    Quand y-aura-t-il une loi qui permettrai de couper définitivement les droits de retraite à tous ces fonctionnaires corrompus et fiers d'avoir flouer le système et d'avoir "fleurter" avec la pègre avec sans aucune menance ni aucun remord.