Bibeau reproche à Zambito de lui avoir causé un «tort inestimable»

Après s’être muré dans le silence une bonne partie de la journée, l’ex-organisateur libéral et vice-président de Loto-Québec Pierre Bibeau a diffusé un communiqué, lundi soir, dans lequel il a tenu à « dénoncer vivement les allégations » formulées à son égard par Lino Zambito à la commission Charbonneau.


En matinée, l’ancien entrepreneur avait notamment affirmé avoir versé 30 000 $ en argent comptant à M. Bibeau, en avril 2009, dans les locaux de Loto-Québec. Le don était fait en marge d’un déjeuner de financement du Parti libéral du Québec présidé par l’ex-ministre Line Beauchamp. À l’époque, cette dernière était encore conjointe de M. Bibeau. Les deux se seraient séparés l’année suivante.


Les allégations de M. Zambito, déplore M. Bibeau dans son communiqué, lui auraient causé un « tort inestimable » à lui « ainsi qu’à tous ceux qui sont pointés du doigt, sans autre forme de procès, dans ces affaires ». Toutefois, M. Bibeau soutient avoir décidé, avec ses avocats, d’« attendre le déroulement des interrogatoires et contre-interrogatoires avant d’entreprendre » des démarches juridiques. Précisant qu’il allait refuser toutes les demandes d’entrevue, M. Bibeau s’est dit « disponible pour rétablir les faits auprès de la commission Charbonneau et collaborer avec elle ». En 2009, M. Bibeau ne détenait pas de certificat de sollicitation de la part du Directeur général des élections, selon ce qu’a confirmé le porte-parole du PLQ, Michel Rochette.


Par ailleurs, le fils de Pierre Bibeau, Alexandre Bibeau, a aussi été cité dans le témoignage de M. Zambito, il y a deux semaines. Ce dernier a soutenu qu’en 2007 Pierre Bibeau avait appelé son fils, à l’époque directeur de cabinet du ministre David Whissell, afin qu’il calme les ardeurs d’un membre de son entourage, Christian Côté, qui avait réclamé 50 000 $ à l’ex-entrepreneur. M. Whissell a nié vigoureusement ces faits.


Alexandre Bibeau travaille à la campagne à la chefferie de Philippe Couillard. Il ne serait qu’un « militant bénévole », a tenu à spécifier l’entourage de l’ancien ministre de la Santé, et non un des principaux organisateurs. Le compte Twitter d’Alexandre Bibeau, @al_bib, semblait fermé, lundi.


Quant à Line Beauchamp, elle était introuvable hier. « Je ne sais même pas si elle est au Québec », a soutenu une source qui a été dans son entourage. Mme Beauchamp a quitté la vie politique en mai quelques jours après que La Presse eut révélé qu’un important membre de la mafia avait participé à l’activité de financement d’avril 2009.

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Des soupçons dès 1989

Ce n’est pas la première fois que l’ancien organisateur libéral fait l’objet d’allégations de ce type. En 1992 des reportages du Devoir alléguaient que Pierre Bibeau, alors président de la Régie des installations olympiques avait usé de son influence pour favoriser des firmes d’ingénierie et d’architecture. Celles-ci, donatrices au PLQ, avaient obtenu la majorité des contrats de réalisation du Biodôme. M. Bibeau avait rejeté les accusations.
 

En 1989, un militant de longue date du PLQ, l’ingénieur Réal Deschênes, affirmait en entrevue à La Presse qu’il y avait un mécanisme par lequel les contributeurs à la caisse du PLQ pouvaient s’assurer d’obtenir des contrats de construction d’édifices publics. M. Deschênes rapportait que M. Bibeau, alors proche conseiller de Robert Bourassa, avait affirmé que c’est « Tommy D’Errico qui callait les shots pour les contrats ». Trésorier du PLQ, M. D’Errico avait démissionné en juin 1989 à la suite d’allégations dans un dossier de dézonage agricole.