La commission Charbonneau est trop «limitée», selon Duchesneau

«Est-ce qu’on veut juste cibler le monde de la construction ou est-ce qu’on doit aussi regarder, de façon beaucoup plus large, quelles sont les failles qu’on a dans le — ou dans les — systèmes?» a demandé Jacques Duchesneau, ce samedi, devant des membres de Vision Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir «Est-ce qu’on veut juste cibler le monde de la construction ou est-ce qu’on doit aussi regarder, de façon beaucoup plus large, quelles sont les failles qu’on a dans le — ou dans les — systèmes?» a demandé Jacques Duchesneau, ce samedi, devant des membres de Vision Montréal.

La corruption va bien au-delà de la construction, estime Jacques Duchesneau, nouveau député caquiste de Saint-Jérôme. Invité à partager son expertise auprès des membres de Vision Montréal, réunis en conseil général à Montréal, samedi matin, l’ancien dirigeant de l’unité anticollusion du ministère des Transports a soutenu qu’il fallait aller au-delà de la commission Charbonneau qui est trop «limitée» pour lutter efficacement contre la corruption et la collusion. 

«Comme première mesure préventive, il faut faire un diagnostic complet, explique l’auteur du rapport qui a mené à la commission Charbonneau. Au cours des dernières années, on a mis beaucoup d’emphase sur la collusion et la corruption dans le domaine de la construction. Mais je pense que ce serait faire l’autruche, ou tout simplement ignorer le fait que cette idée de collusion, donc en amont de certaines activités criminelles, existe aussi au niveau informatique, au niveau des services spécialisés, services professionnels, etc.»

 

Jacques Duchesneau poursuit, heureux de parler de son sujet de prédilection, devant une cinquantaine de membres du parti Vision Montréal venus discuter de solutions à mettre en place pour rétablir la confiance des Montréalais, à un an des prochaines élections municipales.

«Est-ce qu’on veut juste cibler le monde de la construction ou est-ce qu’on doit aussi regarder, de façon beaucoup plus large, quelles sont les failles qu’on a dans le — ou dans les — systèmes? Avec la commission Charbonneau, qui se spécialise uniquement, d’après son mandat, dans l’industrie de la construction, je pense que c’est quand même limité. Et on doit regarder les stratagèmes dans les différents systèmes, quels sont les acteurs et quelles sont les contremesures qui ont été mises en place au fil des années et qui, immanquablement, sont détournées par ceux qui veulent justement frauder le système tel qu’on le connaît.»

 

Jacques Duchesneau demande aux élus de «protéger les lanceurs d’alerte, qui souvent se trouvent seuls et ont peur de perdre leur emploi», répète qu’il faut revoir le financement des partis politiques dans son ensemble et estime qu’il faut «limiter le nombre de mandats politiques» à deux, comme cela se fait dans certains pays, afin d’éviter les risques de corruption à long terme. «C’est bien connu : le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument».

 

Plus de policiers dans l’administration publique

 

Également membre du panel d’experts invités par Vision Montréal, le criminologue André Normandeau propose pour sa part de «demander et même d’exiger des services de police de s’immiscer systématiquement dans la vie politique et administrative des villes et des ministères». 

 Jacques Duchesneau s'est par ailleurs refusé à commenter des dossiers précis, mais promet qu'il fera, dans les prochaines semaines, «des commentaires sur un tas de choses qui touchent la corruption et la collision ». 

 

Suite aux nouvelles révélations des derniers mois, le célèbre criminologue dit avoir changé d’idée à ce sujet. «Dans ma grande naïveté professionnelle de l’époque, jamais je n’aurais pensé qu’un tel degré de collusion et de corruption pouvait exister aux différents paliers de gouvernement, pas seulement au niveau de l’industrie de la construction, mais dans bien d’autres domaines.» 

 

Selon lui, l’enquête policière permanente – il insiste sur ce dernier mot – devrait être une «obligation au cœur de toutes les administrations publiques importantes», faisant référence au fédéral, au provincial, au municipal et même au milieu scolaire. S’inspirant de ce qui se fait à New York, il soutient que les policiers-enquêteurs, spécialisés en crimes politiques et économiques, devraient être habillés en civil et assurer une présence constante dans les institutions publiques, comme l’hôtel de ville de Montréal. 

 

En point de presse, en marge de l’atelier, Louise Harel s’est montrée intéressée par cette dernière proposition du criminologue André Normandeau, qui rejoint celles que son parti présente depuis deux ans et qu’elle portera de nouveau devant ses confrères à la prochaine séance du conseil de ville le 22 octobre prochain. 

 

Elle souhaite que «l’expertise du SPVM soit mise à contribution en collaboration avec la commission municipale d’octroi de contrats» et précise que cette expertise policière pourrait même se traduire par des logiciels ultrasophistiqués, testés en Italie, qui détectent les mouvements de collusion au sein d’une administration. 

 

Mais c’est la solution mise de l’avant par le député libéral, Guy Ouellet, qui a surtout retenu l’attention de la chef du parti Vision Montréal, qui se prépare déjà pour les élections de novembre 2013. «Nous allons certainement travailler autour de cette notion d’habilitation sécuritaire policière», affirme Louise Harel. 

 

L’ancien policier estime que les fournisseurs qui soumissionnent sur des contrats publics devraient tous faire l’objet d’une habilitation sécuritaire policière avant de pouvoir obtenir un contrat. «Ça veut dire vérification d’antécédents, de probité et de bonnes mœurs, avec qui tu te tiens, les relations que tu as. Si tu passes cela, le [principe du] plus bas soumissionnaire ne s’appliquera pas.»

 

Pour Louise Harel, qui s’était lancée en politique municipale avec l’idée de «faire le ménage», cet atelier avec des experts de la corruption pour rétablir la confiance des Montréalais démontre «qu’il n’y a rien d’irrémédiable, qu’il ne faut pas se résigner et qu’il n’y a pas de fatalité». Selon elle, les solutions existent, il suffit de les mettre en place.
 

Interrogés sur les révélations publiées dans le Devoir de samedi matin indiquant que l'UPAC ne serait, selon plusieurs de ses membres, qu'une « vue de l'esprit » et qu'il n'y avait aucune cohésion au sein de cette unité, les trois spécialistes de la corruption ont préféré ne pas commenter directement, renvoyant les journalistes à des généralités et au rapport du commissaire de l'UPAC, qui devrait être présenté sous peu à l'Assemblée nationale. 

Jacques Duchesneau s'est par ailleurs refusé à commenter des dossiers précis, mais promet qu'il fera, dans les prochaines semaines, «des commentaires sur un tas de choses qui touchent la corruption et la collision». 

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19 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 13 octobre 2012 17 h 19

    Il a raison bien entendu

    Il a raison le député. La preuve, une de ses collègues, la députée Daneault du comté de Groulx aurait plus ou moins été mêlée à quelque chose de semblable selon ce qu'a révélé Radio Canada.

    On ne sait pas encore si elle démissionnera, ni si le député Duchesneau exigera sa démission. Ce qui serait congruent avec sa pensée pourtant puisqu'il prône une tolérance zéro.

    • Mariette Payeur - Inscrite 14 octobre 2012 08 h 35

      «...la députée Daneault du comté de Groulx aurait plus ou moins été mêlée à quelque chose de semblable selon ce qu'a révélé Radio Canada».
      Et alors?
      Un mauvais témoignage = une démission? Pas d'accord.

      Par contre, la police qui collabore avec la commission (2 enquêteurs), pourrait référer le cas à la police régulière. Celle-ci entamerait une enquête sur madame....sans utiliser les témoignages de la commission pour étoffer sa preuve évidemment. Là, les résultats de la dite enquête pourraient infirmer ou confirmer le tout. Et, à ce moment, on pourrait juger si la démission est de mise.

      Élargir la portée de la commission? Non.
      Mais s'il ressort du rapport final de la commission que des thèmes bien définis ressortent constamment, la tenue d'une autre commission, avec un autre mandat, n'est pas à rejeter.

  • Gilles Théberge - Abonné 13 octobre 2012 17 h 26

    Donc

    Donc Duchesneau continue de dire qu'il sait en prenant bien garde de dire ce qu'il sait. Autrement dit ce monsieur maîtrise passablement bien la technique du surf.

    Il serait intéressant de savoir entre autres ce qu'il pense de ce qui a été révélé récemment sur le compte de sa collègue députée de Groulx par Radio Canada.

    Il serait intéressant de savoir si fort de ses principes, monsieur duchesneau va recommander qu'elle se mette à l'écart de la vie politique, jusqu'à ce qu'il soit établi que les rumeurs la concernant sont sans fondement.

    • Paul Rodgers - Inscrit 14 octobre 2012 05 h 34

      Monsieur Duchesneau a remis tous ses dossiers à la Commission Charbonneau qui se chargera de combler les vides laissés dans le discours du député de St-Jérome.

      Une voie à envisager pour le gouvernement appelé à élargir le mandat de la commission Charbonneau serait d'en mettre une autre en parallèle avec mandat de couvrir tous les aspects complémentaires - les pertes de milliards par la Caisse de dépôt, le détournement de fonds publics liés au programme des F.I.E.R.S, etc. - à ceux déjà sous enquête.

    • Luc Lepage - Abonné 14 octobre 2012 12 h 30

      On marche toujours sur des oeufs dans ce genre de situation. Il faut des preuves, Les malfrats n'attendent que la faille dans les dires des dénonciateurs pour lancer les poursutes en libelle. Pierre Gravel l'a bien dit: tout au long de l'émission Enquête, son équipe et lui-même devaient faire très atttention de ne pas se coïncer dans le piège d'une affirmation mal ficelée. C'est clair qu'il faut élargir le mandat sur la corruption et faire comme à New York, établir une commission de surveillance permanente. Et il y a une culture policière de camouflage à changer dans les rang de la police aussi. Il faut une collaboration entre services: les mafias, elles, ont compris depuis longtemps, malgré leur rivalité qu'elles gagnaient en collaborant.

  • Jean Martin - Inscrit 13 octobre 2012 20 h 21

    Certes, mais...

    ..qui trop étreint manque le train ! Alors on va y aller avec une zone de corruption à la fois... et les pertubateurs seront suspectés ensuite !

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 13 octobre 2012 23 h 32

    Les faiseurs de lois

    Collusion et corruption n'épargnent pas le parquet. Les études légales se partagent les projets de loi sous John James et font fortune aux dépendants des contribuables. Il faut faire la lumière sur ce réseau d'omerta à $1,000 l'heure.

  • André Giasson - Inscrit 14 octobre 2012 00 h 52

    Ca depend

    Si la collegue a deja ete dans la police ca serait peut etre different.Juste pour dire que la police ne peut gerer un exces de pouvoir non plus.
    Andre de Calgary.