Commission Charbonneau- Zambito éclabousse les libéraux

L'ancienne vice-première ministre Nathalie Normandeau, lors de l'annonce de son départ du Parti libéral le 6 septembre 2011.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot L'ancienne vice-première ministre Nathalie Normandeau, lors de l'annonce de son départ du Parti libéral le 6 septembre 2011.

Le développement des affaires dans l’industrie de la construction implique de soigner ses relations, ce qui signifie, selon l’ex-entrepreneur Lino Zambito, de répondre à des commandes de financement du Parti libéral du Québec, de lui dénicher des prête-noms et même d’envoyer des roses par douzaines à la vice-première ministre Nathalie Normandeau.

C’est ce qui ressort de certains extraits du témoignage que Lino Zambito a livré la semaine dernière devant la commission Charbonneau. Jusqu’à mardi, les propos de M. Zambito étaient frappés d’une ordonnance de non-publication, mais une entente entre des médias et le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) en a permis la diffusion partielle.


Ainsi, M. Zambito a raconté les stratagèmes qu’il a utilisés afin de participer à des activités de financement pour le PLQ, puis d’en organiser une en 2008. Cela implique les firmes de génie-conseil qui apparaissent comme un pivot du financement politique.


Mais il y a plus, Lino Zambito a soutenu qu’un organisateur libéral, Christian Côté, lié à l’ancien ministre du Travail David Whissel, a tenté de lui soutirer 50 000 $ en argent comptant pour garnir la caisse électorale du PLQ. C’est Pierre Bibeau, ancien organisateur libéral et aujourd’hui vice-président de Loto-Québec, qui est intervenu pour mettre un terme à cette sollicitation.


M. Zambito n’avait jamais entendu parler de M. Côté avant que celui-ci ne lui téléphone. Il a réclamé une rencontre qui a eu lieu le lendemain. M. Côté disait travailler pour une filiale de la firme de génie-conseil Dessau, être responsable du financement pour le ministre Whissel, connaître le père de M. Zambito ainsi que le député libéral fédéral Denis Coderre.


Lino Zambito a indiqué qu’il prendrait quelques jours pour valider l’information. Il s’est alors tourné vers son oncle Jean Rizzuto (ancien candidat à la mairie de Laval), qui a contacté l’ancien organisateur libéral Pierre Bibeau. Quelques jours plus tard, les trois hommes se sont rencontrés. Devant le malaise de M. Zambito, M. Bibeau a téléphoné à son fils, Alexandre, alors chef de cabinet du ministre Whissel, pour qu’il demande à M. Côté de ne plus importuner M. Zambito. « Est-ce que M. Bibeau a fait ça gratis ? », a demandé la commission. M. Zambito a raconté qu’il a été question qu’il puisse éventuellement lui rendre service.

 

Cocktails avec Normandeau


La première fois que M. Zambito a mis le pied dans l’univers du financement des partis provinciaux remonte à 2006. C’était à l’occasion d’un souper-bénéfice (1000 $ le billet) au restaurant Sirocco, à Québec, dont la ministre des Affaires municipales et vice-première ministre Nathalie Normandeau était l’invitée d’honneur. Le marché d’Infrabec se concentrait justement dans l’univers municipal.


Un an plus tard, à l’automne 2007, M. Zambito se rend encore à Québec pour une soirée de financement sous la présidence de Mme Normandeau. M. Zambito achète trois billets de 2000 $ chacun après avoir été sollicité, encore une fois, par une firme de génie.


C’est lors de cet événement que M. Zambito raconte avoir proposé à Violette Trépanier, ex-ministre libérale dans le gouvernement Bourassa et aujourd’hui responsable du financement au PLQ, d’organiser une activité de financement. « Quel est votre but ? », lui demande le procureur Denis Gallant. « J’ai toujours été un bon libéral », répond M. Zambito, qui ajoute que son geste est teinté par le « glamour ». Il aime l’idée de téléphoner aux « firmes d’ingénieurs pour les collecter », car habituellement, c’est l’inverse qui se produit : les firmes de génie reçoivent des commandes politiques et sollicitent M. Zambito et d’autres entrepreneurs.


Selon l’ex-entrepreneur, il ne cherche pas à obtenir un bénéfice concret et immédiat, mais plutôt de faire du développement des affaires. Il investit à moyen et long terme.


Le PLQ s’est montré alors très intéressé par sa proposition, d’autant que l’objectif financier était de 100 000 $. « Je n’ai même pas eu le temps de me rendre à Montréal que le téléphone sonnait ! », se souvient M. Zambito. Rapidement, une réunion est organisée aux bureaux de Marc Bibeau, entrepreneur (Shockbéton) et « grand argentier du PLQ », comme l’identifie M. Zambito.


L’activité aura lieu le 31 janvier 2008. M. Zambito reconnaît avoir incité des gens à faire appel à des prête-noms puisque les billets étaient vendus 5000 $ malgré la limite de 3000 $ qui était alors légale. M. Zambito a indiqué que les élus municipaux présents n’ont rien payé de leurs poches. Tout a été assumé par les firmes de génie ou les entrepreneurs présents.


Le témoin a également affirmé sous serment que les partis politiques passent des commandes aux firmes de génie pour obtenir du financement. À leur tour, elles demandent le soutien des entrepreneurs qui seront dédommagés à travers les extras que les firmes autoriseront sur les chantiers.


Selon Lino Zambito, l’événement a permis d’amasser 110 000 $, mais ce n’est qu’un montant de 77 000 $ qui apparaît dans le rapport financier du PLQ publié par le Directeur général des élections.

 

Céline, Madonna et des roses


En mai 2008, Zambito a appris que l’anniversaire de la ministre Normandeau approchait. Il s’informe et lui envoie 40 roses pour ses 40 ans. « Étiez-vous toujours en développement des affaires ? », lui a demandé le commissaire Renaud Lachance. « On lâchait jamais ! », a lancé M. Zambito, déclenchant les rires dans la salle d’audience.


Puis, le procureur Denis Gallant a déposé la lettre de remerciement que Nathalie Normandeau a fait parvenir au dirigeant d’Infrabec. De façon manuscrite, on peut y lire un mot personnel de Mme Normandeau : « Les roses étaient magnifiques ! Quarante fois mercis [sic] ! »


Me Gallant a alors demandé au témoin quel effet lui a fait cette lettre de la vice-première ministre. « Aujourd’hui, je suis triste parce que je ne l’ai plus. Marteau l’a saisie », a déclaré M. Zambito, qui a, encore une fois, provoqué les rires de l’assistance.


L’ex-entrepreneur a également raconté lui avoir donné neuf billets pour le concert de Céline Dion au Centre Bell. Lors du spectacle, Mme Normandeau lui a demandé d’avoir des billets pour la venue de Madonna, ce qu’a fait M. Zambito.

***
 

Onze ingénieurs dans la mire de l’Ordre


Onze ingénieurs devront répondre de leurs actes devant le Conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs du Québec en novembre, selon des informations obtenues par Radio-Canada. La plupart sont des employés de la firme Axor. Ils sont accusés d’avoir manqué à l’article 59.2 du Code des professions. Ce dernier stipule que nul ne peut « poser un acte dérogatoire à l’honneur ou à la dignité de sa profession ». En 2010, Axor avait plaidé coupable à des accusations d’infraction à la loi électorale relativement à des dons à des partis politiques.

 

Le Devoir avec Radio-Canada

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62 commentaires
  • André Laflamme - Inscrit 10 octobre 2012 01 h 49

    Le pouvoir corrompt

    Le comportement de Mme Normandeau et des collecteurs de fonds du PLQ me fait penser à des comportements qu'on retrouve dans des régimes autocratiques où le maître dicte ses volontés à ses sujets qui, dans ce cas-ci, sont les entrepreneurs qui les entretiennent avec comme valets les firmes de génie-conseil. La preuve que le pouvoir entre les mains de certains individus leur fait perdre conscience de la réalité et du sens des valeurs. Ils se sentent immunisés et en viennent à croire que tout leur est permis.
    Quelle inconscience de la part de politiciens qui, un jour ou l'autre auront des comptes à rendre à la société. Ils ne sont pas élus à vie comme dans certains pays.
    Bien qu'ils aient eu un modèle à ne pas suivre en la personne de Jean Charest, ils n'ont pas eu assez de jugement pour comprendre qu'ils représentaient la population et, non pas les chambres de commerces, et qu'ils se devaient d'être intègres.
    Bel héritage à laisser à sa descendance. En plus, on se souviendra toujours de Mme Normandeau de ses interventions
    pro-chambres de commerce et de ses fumeux pets de vaches...

  • Pierre Bourassa - Inscrit 10 octobre 2012 02 h 00

    Financement du Parti libéral du Québec

    À quand un subpoena au frisé en chef qui a toujours nié que son parti,le Parti Libéral du Québec,était mêlé jusqu'au coup dans la corruption?
    Oui aiguises tes patins mon p'tit John-James,tu vas en avoir de besoin.

    Et dire qu'aucun militant du PLQ en congrès n'avait osé appuyer un proposition d'un de ses membres visant à déclencher une commission d'enquête publique sur la construction.
    Çà donne une très bonne idée du genre de monde à qui on a à faire.

    Maintenant c'est clair,le PLQ s'est toujours foutu de la population et a développé en système le mensonge à l'Assemblée Nationale et ailleurs.
    J'ai hâte maintenant qu'on touche au Plan Nord...
    Les Zapartistes et le Plan Nord de Jean Charest
    http://www.youtube.com/watch?v=helTcgyMNeU

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 10 octobre 2012 12 h 36

      C'est la même histoire au PQ.
      Moin de gouvernement S.V.P.

    • Marc Bégin - Inscrit 10 octobre 2012 15 h 05

      M.Lamontagne,cela n'a rien à voir avec le public versus le privé.À ce que je comprend c'est le privé qui soudoie le gouvernement,non?Donc pas de privé et pas de corruption!

  • Hugues Trottier - Abonné 10 octobre 2012 02 h 51

    Ordonnance de non publication

    Drôle de commission d'enquête publique. Doit-on changer le nom? Pourquoi pas commission d'enquête privée puisque le privé à si bonne presse...

    • Raymond Labelle - Abonné 10 octobre 2012 10 h 54

      En effet. On se demande bien ce qui a été frappé d'interdit de publication. On sait que c'est une partie du témoignage de M. Zambito qui a été l'objet de cet interdit, et on peut raisonnablement penser qu'il parlait financement des partis politiques. Or, c'est l'aspect qui est le plus important à rendre public que diable! C'est essentiellement pour ça que l'on a réclamé une commission! Pourquoi cet interdit? Protéger la réputation des partis politiques (dont un plus que d'autres)?

      On peut encore comprendre que l'on veuille protéger certains témoins contre le crime organisé, mais M. Zambito a à peu près tout dit ce qu'il avait à dire sur ce sujet.

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 10 octobre 2012 12 h 37

      Il y a une autre enquête en cour... tout simplement....

    • Luciano Buono - Abonné 10 octobre 2012 13 h 10

      J'ai entendu que M. Zambito est en cour par rapport a ce dossier, ce qui explique la non-publication de certaines parties.

    • Raymond Labelle - Abonné 12 octobre 2012 11 h 32

      M. Zambito est poursuivi pour diverses affaires - je n'ai pas vérifié, mais il doit bien avoir quelques affaires pour lesquelles il est poursuivi et dont il a parlé publiquement.

      Enfin, après une brève recherche, je n'ai rien trouvé dans les média qui font état de l'ordonnance de non-publication qui nous donne les raisons de ordonnance. Si ça avait été parce en raison des poursuites dont M. Zambito est l'objet, pourquoi ne pas le dire clairement?

      Et si M. Zambito est poursuivi dans ce dossier particulier, comment se fait-il que Mme Normandeau ne le soit pas?

    • Raymond Labelle - Abonné 12 octobre 2012 12 h 30

      MM. Lamontagne et Buono. L'extrait suivant de l'article suggère que votre explication pourrait être la bonne: "Jusqu’à mardi, les propos de M. Zambito étaient frappés d’une ordonnance de non-publication, mais une entente entre des médias et le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) en a permis la diffusion partielle."

      Il serait bien quand même d'avoir des explications plus détaillées à ce sujet dans les média quant aux motifs de l'ordonnance. Par exemple: "M. Zambito est actuellement poursuivi pour (....). Comme son témoignage porte sur des sujets reliés à cette affaire et que le procès pourrait être devant jury, le directeur des poursuites ne voudrait pas que l'on puisse alléguer que le jury a été influencé par ce qu'il a pu entendre de la Commission".

  • Nasser Boumenna - Abonné 10 octobre 2012 05 h 44

    Hypocrisie

    Trop peu, trop tard, de la part de l'ordre des ingénieurs. Et pour le PLQ, je présume que l'étau se ressere. Après Normandeau, quand vont apparaitre les noms de nos politiciens les plus connus?

    • Raymond Labelle - Abonné 10 octobre 2012 10 h 44

      La CAQ a présenté l'ancienne chef de l'Ordre des ingénieurs comme quelqu'un qui faisait le ménage. L'Ordre n'aurait-il pas pu faire plus que de traiter certaines plaintes (d'ailleurs, dont seul un petit nombre a abouti) et être plus proactif?

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 10 octobre 2012 11 h 01

      Courchesne comment déjà?

  • Serge Marchand - Inscrit 10 octobre 2012 06 h 26

    Un semblant de changent

    On aimerait bien croire à cette fameuse commission mais n'oublions pas que ce sont nos chers élus qui décideront quels seront les changements pour permettre de croire en un système plus juste. LOL

    Malheureusement, je ne crois pas que cette commission changera l'attitude de nos élus. Au Québec, nos chers élus ne semblent pas désirer de changer le délai de prescription contre les recours civiles.

    Mon opinion, cette commission ne changera pas grand chose à moins que l'on retrouve plusieurs de nos élus en prison. Une petite claque sur la main est pour donner l'impression d'une justice au Québec.

    • François Ricard - Inscrit 10 octobre 2012 10 h 09

      Mais nous pouvons changer les règles, surtout celles qui ont trait au financement des partis politiques.