Le Zambito show

L’escroquerie a pris forme humaine. Lino Zambito, corrupteur et corrompu, dirigeant déchu de l’entreprise Infrabec, aujourd’hui recyclé dans la pizza.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’escroquerie a pris forme humaine. Lino Zambito, corrupteur et corrompu, dirigeant déchu de l’entreprise Infrabec, aujourd’hui recyclé dans la pizza.

La commission Charbonneau a ouvert cette semaine la boîte de Pandore des marchés fermés. Dans un déluge de révélations, l’ex-entrepreneur Lino Zambito a décrit un système de corruption et de collusion à grande échelle à Montréal, sans oublier de pointer en direction de Laval et du ministère des Transports. Mais il a surtout raconté des liens d’affaires, des réseaux d’intérêts, des besoins politiques et commerciaux qui s’entrecroisent. Tous les éléments d’une recette éprouvée pour le développement des affaires.

L’escroquerie a pris forme humaine. Lino Zambito, corrupteur et corrompu, dirigeant déchu de l’entreprise Infrabec, aujourd’hui recyclé dans la pizza. Ce grand gaillard déballe depuis une semaine avec la candeur désarmante de celui qui ne veut pas couler seul. Il nomme les entreprises formant la clique qui se partage les contrats d’égouts, les personnes impliquées dans la mafia, les fonctionnaires à qui il a remis des pots-de-vin, l’appétit d’Union Montréal et les exigences de la garde rapprochée du maire Gérald Tremblay (l’ex-président du comité exécutif Frank Zampino et l’ex-directeur général Robert Abdallah).


Tout le monde y passe. Il n’épargne personne. Il faut dire que la présentation de vidéos incriminantes a préparé le terrain sur lequel il s’avance.


Reste qu’à la barre, Lino Zambito a le geste souple et une certaine désinvolture lorsqu’il parle de fraude et de trafic d’influence. Il réussit même à faire sourire son public, lui, jusque-là, un homme de l’ombre.


L’ex-entrepreneur aime bien titiller l’impatience des commissaires qui veulent en savoir toujours un peu plus. Alors M. Zambito sort de ses égouts (c’est le cartel dont il a été question, après tout !) le temps de donner un avant-goût de la suite de son témoignage. Hors de l’île de Montréal, la mafia a un autre visage, déclare-t-il avant de laisser tomber : « À certains endroits, le rôle du crime organisé était joué par des élus. » Mais on le ramène à Montréal.


Quelques minutes passent et la commission lui demande si les façons de faire décrites par Lino Zambito sont les mêmes au ministère des Transports. Utilisiez-vous des employés comme vous l’avez fait à Montréal ? Ah, ça, c’est une autre histoire avec l’implication des firmes d’ingénieurs, affirme M. Zambito avant d’ajouter : « On entre dans la dynamique du financement des partis politiques provinciaux. »


Encore une fois, la commission referme vite la porte et revient sagement au plan établi. Car il y a une stratégie, à n’en pas douter. On est passé de la théorie des experts lors des deux premières semaines des audiences à la réalité du terrain telle qu’elle a été vécue par ce témoin-choc. Ainsi, le grand casse-tête prend forme.


Mais les apartés sont inévitables, ne serait-ce qu’à cause de ce que raconte Lino Zambito. Il lui fallait obtenir de l’argent comptant pour verser la cote de 2,5 % à la mafia, les 3 % à Union Montréal, 1 % à l’ingénieur municipal Gilles Surprenant, surnommé « M. TPS » (Taxe pour surprenant), la ristourne à Abdallah. Des entreprises « accommodantes » faisaient de fausses factures et du coup, l’argent circulait. Les milliers de dollars revolent par ici et retombent dans les mains de l’un, par là. Et les liasses sont partagées, distribuées et dissimulées dans les chaussettes.


Mais tout ce ballet est orchestré par qui ?, demanderont plus d’une fois les commissaires. C’est en place depuis longtemps, martèle Zambito. Les règles de la collusion étaient bien implantées avant qu’il se pointe dans l’industrie de la construction. Il raconte d’ailleurs qu’il devra batailler pour faire sa place. Chaque secteur, chaque territoire ont leur regroupement plus ou moins acoquiné avec le crime organisé. Le sentiment communautaire s’exprime autour des hôtels de ville plutôt qu’à l’ombre des clochers. Le pouvoir et le contrôle, aussi.


Y a-t-il aussi un gang de collusion pour les trottoirs ? La mafia s’y intéresse-t-elle ?, lui demande-t-on. « Je pense que vous allez avoir la chance d’interroger ces gens-là ! », lance Lino Zambito, sourire en coin.


L’homme est plus sérieux lorsqu’il expose les origines italiennes de ses parents et le respect que lui inspire la famiglia Rizzuto qui a dirigé le clan sicilien de la mafia montréalaise. Mais qu’obteniez-vous en échange de 2,5 % ?, insiste la commission. Rien, on fait des affaires, dira plus d’une fois Lino Zambito. La question semble même l’étonner. Comme entrepreneur, il est habitué de planifier des affaires, de brasser des affaires, de faire du développement des affaires.


Selon ce qu’a exposé M. Zambito, le système est basé sur la confiance, la parole donnée, le secret, la loyauté, bref, sur des règles d’une courtoisie mafieuse qui oublie qu’il s’agit d’argent public. Ne vous rendiez-vous pas compte que c’est de la fraude ?, lui a demandé la commission. On fait des affaires, a encore dit M. Zambito.


A-t-il gardé des traces écrites de ses discussions pour faire de la collusion ? Bien sûr que non, répondra-t-il « Si on voulait que ça fonctionne, il fallait mettre de l’eau dans notre vin. […] Il faut que tout le monde en ait un peu pour son argent. »


Tout le monde est pendu à ses lèvres et attend qu’il revienne à la barre le 15 octobre. D’ici là, le parrain présumé de la mafia, Vito Rizzuto, sera revenu au pays et des parties de golf se joueront parce qu’il faut bien se détendre en développant les affaires.

8 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 6 octobre 2012 01 h 35

    Comparaison

    Non seulement M. Zambito a-t-il lui-même participé au fameux système de collusion, sur lequel la présente commission tente de faire la lumière, mais il en parle très ouvertement. sur ton presque toujours calme et, il importe de le dire, dans une langue très articulée...

    Ça nous change de certains hommes d'affaires impliqués dans le scandale des commandites et qui, quand ils avaient été interrogés par le juge Gomery, étaient irrités, niaient tout ou disaient ne se souvenir de rien !

  • François Dugal - Inscrit 6 octobre 2012 09 h 11

    Vérité-show

    C'est tout un choc d'entendre un membre de la ligue des entrepreneurs dire la vérité, habitués que nous sommes à la langue de bois, la «ligua lignis».

  • Danielle Dubuc - Inscrite 6 octobre 2012 09 h 43

    Ben oui...

    ...mais ça n'en fait pas une personne à estimer pour autant! Il nousa volé comme ses compains mafieux et surtout comme ses bailleurs de fonds politiciens qui s'en mettaient encore plus dans les poches que les Mafieux et constructeurs voleurs (comme Zambito) inclus. C'est immoral, sans concience, c'est criminel et MONSIEUR Zambito a certainement un bon profit à accepter de tout déballer ainsi auprès de la comission qui à son tour doit "payer" pour avoir les informations. Il aura la "vie" sauf, celle hors de prison j'entend, certainement qu'il sera blanchit pour sa collaboration à la commission mais l'autre vie, la vraie n'est pas à l'abri maintenant. Quand on vit du vol et de la collusion on vit dangereusement et c'est comme ça. Là on va payer encore pour le protéger de ses anciens petits copains.

    • Normand Carrier - Abonné 6 octobre 2012 15 h 47

      Si le prix a payer que vous avez évoqué avec une imagination fertile est ce <petit prix> a payer comparé aux informations sur la collusion et la corruption fournies en détails par Lino Zambito qui va faire sauver aux contribuables des milliards en infrastructure .... Vous regarder l'arbre et non la forêt ce qui vous fait perdre la perspective et on peut conclure que le R.S.I ( retour sur investissement ) sera le meilleur possible ....

  • Jean Jacques Roy - Abonné 6 octobre 2012 10 h 06

    Transparence ou calculteur?

    Qui aurait cru qu'un membre éminent de l'économie souterraine puisse donner des leçons de transparence à nos élus?
    Serait-ce que la maffia aurait des comptes à régler en sabordant le vieux navire qui l'a portée? Y aurait-il un calcul afin de mieux aborder les nouveaux élus!
    La maffia n'est-elle pas comme la police, l'armée, les juges et l'Église... les gouvernements et les élus changent mais les institutions et la maffia demeurent!

  • mario paquet - Inscrit 6 octobre 2012 10 h 10

    mafiosi

    Je pense que le meilleur est a venir .