Commission Charbonneau - Zambito démontre l’effet Marteau

L’ex-entrepreneur Lino Zambito a affirmé à la commission Charbonneau que l’arrivée de l’escouade Marteau a ralenti le système de corruption et de collusion à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’ex-entrepreneur Lino Zambito a affirmé à la commission Charbonneau que l’arrivée de l’escouade Marteau a ralenti le système de corruption et de collusion à Montréal.

La machine à pots-de-vin s’est enrayée à Montréal lorsque l’escouade Marteau a été créée en octobre 2009. À partir de ce moment, les entrepreneurs impliqués dans le cartel des égouts ont décidé, d’un commun accord, de freiner leurs ardeurs et d’« y aller intelligemment ».


Le mot « intelligemment » aurait signifié une baisse de 15 % du gonflement des contrats attribués par la Ville de Montréal, estime l’ex-entrepreneur Lino Zambito. Dans son témoignage qu’il a poursuivi mercredi devant la commission Charbonneau, M. Zambito a indiqué que l’étude des contrats attribués avant et après l’arrivée de l’équipe policière de Marteau peut démontrer l’effet Marteau.


Ainsi, les partenaires d’affaires qui fraudaient allègrement depuis des années auraient été suffisamment sonnés pour se réunir et décider de s’autoréglementer. « Il fallait se limiter parce que les budgets [destinés aux chantiers] montaient plus vite que le coût de la vie. Un moment donné, il a fallu mettre un frein et y aller intelligemment », a relaté Lino Zambito.


Mais il y avait plus. L’activité souterraine de ces hommes d’affaires risquait d’être révélée au grand jour. Ils craignaient d’être mis sous écoute électronique. De plus, des fonctionnaires qui participaient aux stratagèmes étaient devenus nerveux, certains décidant même de prendre leur retraite. Ainsi donc, le système de collusion et de corruption a été ralenti, ce qui a eu un effet bénéfique sur le coût des contrats.


Dans les faits, les entrepreneurs ne se sentaient plus obligés de verser des pots-de-vin. « Si on n’a plus 1 % à donner aux fonctionnaires, [qu’]on n’a plus 3 % à donner au parti politique [Union Montréal] et [qu’]il n’y a plus le 2,5 % au crime organisé, on vient de baisser de quasiment 6-7 % », a affirmé M. Zambito, expliquant ainsi la réduction du gonflement de la valeur des contrats.

 

Un effet pervers


Mais l’escouade Marteau aurait également eu un effet pervers, selon l’ex-dirigeant d’Infrabec. « Tout est gelé. Il n’y a rien qui se règle : les fonctionnaires ont peur d’avoir peur et les dossiers ne débloquent pas. Les entrepreneurs aujourd’hui ont de la misère à se faire payer, à régler leurs contrats », a-t-il déclaré devant la commission. Selon lui, la situation a permis le renforcement des multinationales sur le territoire du Québec au détriment des PME.


L’escouade Marteau a été mise en place le 22 octobre 2009 dans le but avoué d’enquêter sur la corruption et la collusion dans l’industrie de la construction. Le premier pas de Marteau a visé Infrabec. L’entreprise fut perquisitionnée, puis Lino Zambito fut arrêté en février 2011 pour sa participation dans le scandale de la construction de l’usine d’épuration des eaux usées, à Boisbriand. La cause est toujours pendante.

 

Ordonnance de non-publication


En fin de matinée, la juge France Charbonneau a imposé une ordonnance de non-publication pour la suite du témoignage de Lino Zambito. Le huis clos devrait se poursuivre en partie jeudi. Par la suite, le procureur de la commission, Denis Gallant, a prévu de ramener à la barre M. Zambito afin de continuer à décortiquer le système de collusion et de corruption. L’ex-entrepreneur devrait alors aborder les façons de faire de l’industrie sur le territoire de Laval, dans les banlieues nord et sud ainsi qu’au sein du ministère des Transports.

2 commentaires
  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 4 octobre 2012 08 h 45

    Économie Zambito 101

    Ainsi, il est démontré deux choses, que tous les observateurs adeptes de l'économie libérale savaient déjà: l'état doit assurer la réglementation et la justice, avec les sanctions qui viennent avec, de même que la concurrence la plus vive dans l'économie.

    Au Québec, pour des raisons d'incompétence étatique (règles ignorées, laxisme, absence de gouvernance) et de nationalisme économique (protectionnisme, achat chez nous, proximité régionale) la gangrène s'est installée.

    La justice et la réglementation supposent des sanctions. Avec l'escouade Marteau, c'était le début d'une prise en charge tardive. Les entrepreneurs ont réagi en ressentant une "petite gêne".

    Les entrepreneurs ont d'abord abaissé les prix en renonçant (porovisoirement) au système de protection corporatiste (agir de manière concertée pour maintenir les profits du groupe, en soudoyant au besoin).

    Ils craignent maintenant ce qu'ils auraient toujours dû craindre: la venue de "multinationales", ce qui signifie des entreprises florissantes et compétititives, capables d'assurer des prix concurrentiels à l'échelle du Nord Est américaine, et la qualité des projets.

    Nos gouvernements, libéraux, caquistes, ou péquistes, désirent touours protéger le "faible", i.e. nos pauvres petits entrepreneurs locaux, nos PME héroïques, nos chevaliers du clocher municipal, nos "multinationales en devenir". Mais comment le pourraient-elles, avec leurs coût élevés, leur administration souterraine? On ne bâtit pas des entreprises d'excellence avec des rentiers et des porteurs de valise. C'est même kétaine et ridicule.

    C'est ainsi que la gangrène s'installe, que la collusion fleurit et que toute la société en paie le coût.

    Je m'évertue a répéter que ce n'est pas d'un psychodrame télé-réalité dont nous avons besoin, mais d'un retour aux principes du libéralisme économique bien compris.

  • Francois Parent - Inscrit 4 octobre 2012 09 h 00

    Huis clos pourquoi ?

    Zambito en dit-il trop ? Pourrait-il menacer toute la structure de l'industrie de la construction et les partis politique pour que la juge Charbonneau émette un huis clos ?