Boisclair secoue le fantôme d’Hérouxville

André Boisclair: « J’ai su, et là j’engage ma parole, les gens près de Dumont m’ont dit à moi plusieurs années après l’élection : “ tu sais très bien, André, que cette histoire est une histoire organisée par l’ADQ [la défunte Action démocratique du Québec], payée et commanditée par l’ADQ ”. »
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir André Boisclair: « J’ai su, et là j’engage ma parole, les gens près de Dumont m’ont dit à moi plusieurs années après l’élection : “ tu sais très bien, André, que cette histoire est une histoire organisée par l’ADQ [la défunte Action démocratique du Québec], payée et commanditée par l’ADQ ”. »

C’est tout un fantôme qu’André Boisclair a secoué mercredi soir : celui d’Hérouxville et de son célèbre « code de vie » qui a enflammé le débat sur les accommodements raisonnables en 2007. Selon l’ancien chef du PQ, c’est l’ADQ de Mario Dumont qui a « payé et commandité » la charte controversée. Des propos qui ont rapidement été démentis.

Dans une entrevue accordée à l’émission Les francs-tireurs (Télé-Québec), M. Boisclair accuse ainsi implicitement ses anciens adversaires d’avoir fabriqué une crise qui lui a fait perdre l’élection du 26 mars 2007.


Il explique : « J’ai su, et là j’engage ma parole, les gens près de Dumont m’ont dit à moi plusieurs années après l’élection : “ tu sais très bien, André, que cette histoire est une histoire organisée par l’ADQ [la défunte Action démocratique du Québec], payée et commanditée par l’ADQ ”. Je revois encore cette personne me dire : “ André, pourquoi tu penses que c’est arrivé peu de temps avant la campagne ? ” »


M. Boisclair poursuit en précisant que « l’histoire d’Hérouxville et la gang qui est sortie, qui ont écrit leur charte et ainsi de suite : payée et commanditée par l’ADQ. Et je pèse chacun des mots que je prononce ici aujourd’hui. Ils ont “ callé la shot ” à la veille d’une campagne. Et je me suis fait dire par cette personne proche de Dumont : “ André, voyons donc, tu le savais. ” J’ai perdu là [l’élection], à l’entour de ce débat. » M. Boisclair dit que cette histoire représente son seul « haut-le-coeur en politique ».


La sortie inattendue de M. Boisclair a été accueillie avec étonnement par toutes les personnes visées. « Même si j’avais voulu, je ne connaissais personne à Hérouxville, et je ne connaissais personne qui connaissait quelqu’un à Hérouxville », a indiqué Mario Dumont au Journal de Montréal (pour qui il travaille désormais).


« Je ne comprends pas pourquoi André Boisclair a dit ça », a ajouté l’ancien chef de l’ADQ, en avançant trois hypothèses. « Soit que c’est une histoire inventée, soit qu’un conseiller s’est vanté en prétendant être un brillant Machiavel, soit que quelqu’un de mon entourage a parlé à quelqu’un d’Hérouxville sans que je le sache. Si un de mes proches lui a vraiment fait ces confidences, qu’il me donne son nom pour que je puisse l’engueuler. »


L’ancien attaché de presse de M. Dumont, Jean-Nicolas Gagné (maintenant animateur à Radio-X Montréal), a indiqué au Devoir que les propos de M. Boisclair sont « complètement farfelus, une vraie sottise. On ne connaissait personne à Hérouxville. Et je ne savais pas que la fabrication du code de vie avait coûté de l’argent ».

 

Drouin dément


Quant à André Drouin, l’homme derrière le code de vie qui a contribué à la création de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, il a nié toute implication de l’ADQ dans ce projet. « Je me demande vraiment où André Boisclair est allé chercher ça », a dit M. Drouin au Devoir en soirée.


« L’idée du code est née en juin 2006, alors qu’on commençait à parler d’accommodements raisonnables dans les journaux », rappelle-t-il. La chronologie des événements présentée dans le rapport de la commission Bouchard-Taylor établit au 2 mars 2006 le début de la période d’ébullition, avec une décision de la Cour suprême autorisant le port du kirpan à l’école.


Le code de vie d’Hérouxville a été écrit dans les mois suivants et il a été adopté officiellement à la fin janvier 2007. M. Drouin - qui était alors conseiller municipal - dit l’avoir écrit lui-même, et ce, sans « aucun contact avec aucun parti politique ». « Je pense plutôt que c’est l’ADQ qui a surfé sur la vague qu’on a créée », dit celui qui a appuyé le projet de charte de la laïcité du Parti québécois lors de la dernière campagne électorale.


La première prise de position officielle de Mario Dumont sur la question de la multiplication des accommodements raisonnables est survenue à la mi-novembre 2006, dans la foulée de l’histoire des vitres givrées d’un YMCA de Montréal. M. Dumont avait déclaré à La Presse canadienne que ces accommodements religieux ou culturels n’avaient « plus de bon sens », et qu’il était anormal qu’un « jeune sikh puisse circuler librement dans une école avec son poignard rituel » alors que la « majorité québécoise n’est plus certaine de pouvoir employer le mot “ Noël ” dans une salle de classe ».


Le positionnement clair de M. Dumont sur les questions identitaires - autrefois la chasse gardée du PQ - lui avait été très profitable lors de la campagne électorale de février et mars 2007. Le thème avait contribué à pousser l’ADQ aux portes du pouvoir… et relégué le PQ au rang de deuxième groupe d’opposition.

 

Boisclair ne « comprend pas »


Cinq ans plus tard, André Boisclair reste visiblement étonné de ce qui s’est passé à cette époque. « Pour moi, les questions d’identité, ce n’est pas une mince affaire », dit-il dans l’entrevue des Francs-tireurs. « Quand tu es homosexuel, tu appartiens à une minorité. Je sais ce que c’est quand les gens te regardent en coin, qu’ils murmurent derrière toi quand tu passes. »


M. Boisclair dit ainsi que « l’ADQ le savait vulnérable » sur ce thème. « Ils savaient d’où je venais, et ils ont volontairement provoqué une crise à la veille de l’élection » pour le mettre sur la défensive.


Réaffirmant son soutien au retrait du crucifix à l’Assemblée nationale (un symbole hérité de Maurice Duplessis, rappelle celui qui se définit comme un « fils de la Révolution tranquille »), ou encore sa foi dans un « nous » défini par une « histoire commune, la langue, l’égalité hommes-femmes » plutôt qu’un « nous » accroché « aux symboles passés d’une autre génération », M. Boisclair explique qu’il entendait bien le malaise suscité par les accommodements raisonnables à la fin 2006. « Mais [il] ne pouvais pas le comprendre » au fond de lui-même, dit-il.


M. Boisclair juge par ailleurs positivement le travail de Pauline Marois sur la question identitaire. « Elle aborde le thème avec plus d’habilité que moi. » Quant à la crise qui a failli coûter le leadership de Mme Marois il y a quelques mois, M. Boisclair indique avoir senti le besoin de prendre position parce que « ce n’est pas une gang de jeunots insécures qui ne connaissent rien à la politique qui [allaient| décider de l’avenir de Pauline ».

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Sylvie Roy réfute les allégations de Boisclair

La députée de la Coalition Avenir Québec Sylvie Roy a réfuté les allégations de l'ex-chef péquiste André Boisclair concernant le controversé code de vie de la municipalité d'Hérouxville. Mme Roy a affirmé jeudi que M. Boisclair avait tenu des propos farfelus en associant l'Action démocratique du Québec (ADQ) au code de vie.

Dans une entrevue diffusée mercredi, M. Boisclair a soutenu que l'ADQ avait commandité le code de vie, qui a alimenté le débat sur les accommodements raisonnables, en 2007.

Lors de la campagne électorale de 2007, le chef adéquiste Mario Dumont avait réussi à remplacer le PQ, dans l'opposition officielle, après une campagne où il s'était abondamment exprimé sur le thème des accommodements raisonnables.

Lors d'un point de presse, Mme Roy a affirmé que M. Boisclair illustre son manque de jugement en alléguant que l'ADQ, maintenant fusionnée à la CAQ, avait payé et organisé «l'histoire» du code de vie, qui interdisait notamment la lapidation.

Selon la députée, responsable de la région de Mauricie où se trouve Hérouxville, l'ADQ n'a jamais eu de contact avec l'instigateur du code de vie, André Drouin.

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Ce texte a été modifié après publication

 

13 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 27 septembre 2012 01 h 42

    Les partisans de l'ancienne ADQ

    Faut-il croire ce qu'a déclaré André Boisclair et, si oui, pourquoi a-t-il attendu si longtemps pour en parler ?

    En tout cas, la sortie de l'ancien chef du PQ laisse croire qu'il n'a pas encore « digéré » le dénigrement - car ce fut bien le cas ! - dont il a fait l'objet de la part de certains partisans de l'ancienne ADQ lors des élections générales tenues il y a 5 ans. Je me souviens moi-même très bien de cette campagne électorale qui, d'après moi, fut l'une des plus « sales » que j'ai suivies !

    Je pense ici entre autres à certains blogues qui, alors, nous donnaient l'impression d'être monopolisés par des adéquistes. Incroyables, tous les commentaires souvent méprisants à l'égard de M. Boisclair - mais aussi bien des fois à l'égard d'autres adversaires de Mario Dumont - qu'on pouvait y trouver. Dans bien des cas, les couteaux volaient très bas, ça sentait l'inflluence de la radio poubelle !

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 27 septembre 2012 12 h 41

      Je blogue beaucoup et laissez-moi vous dire que l'option de droite ou adéquiste ou mentalité "radio poubelle" comme vous dites, se fait massacré plus souvent qu'autrement.

      Allez écouter un peu cette radio poubelle pour vous faire votre propre idée. Pour moi, Radio Canada fait très bien comme poubelle.

    • Patrick Lépine - Inscrit 27 septembre 2012 19 h 37

      On parle de l'époque de l'ADQ monsieur Lamontagne, mais peut-être n'y étiez-vous pas?

      Enfin il faudrait demander à monsieur Duhaime aujourd'hui chroniqueur ou journaliste si je ne m'abuse, s'il a oui ou non tenus ces propos à monsieur Boisvert. Et si oui, d'où tenait-il ces intéressantes informations? Est-ce que ça lui a valu son poste au sein du groupe de presse du Journal de Montréal?

      Ce fût aussi une très jolie vitrine pour messieurs Bouchard et Taylor.

  • Anne-Marie Courville - Abonnée 27 septembre 2012 05 h 20

    Boisclair n'a pas parlé seulement de Hérouxville

    Dans l'entrevue, M. Boisclair a élaboré de plusieurs autres sujets mais on retient seulement l'affaire Hérouxville. C'est toujours ainsi quand on cherche la sensation. Il faudrait revoir l'entrevue pour comprendre la pensée de M. Boisclair et il ne faut se fier à Martineau pour le faire.

  • Gilles Bousquet - Abonné 27 septembre 2012 07 h 34

    M. Boisclair, très très crédule

    Fallait vérifier un peu avant d'affirmer l'affaire à la télé. Incroyable.

  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 27 septembre 2012 07 h 51

    Hérouxville, la catastrophe sociale et politique Numéro UN: Ridicule.

    ''L'ancien chef du Parti québécois André Boisclair a affirmé hier à l'émission Les francs-tireurs que la controverse entourant Hérouxville est la seule fois où il a eu «un haut-le-coeur au sujet de la politique»''

    Il a le 'haut-le-coeur' bien sélectif ce cher Boisclair.
    Personnellement c'est régulièrement que ça m'assaille en prenant connaissance des actualités politiques disponibles.
    Ce monsieur doit souffrir d'une belle grande naiveté ou bien ses propos sont dictés par d'incroyables intérêts et ambitions personnels.

  • Rafik Boualam - Inscrit 27 septembre 2012 10 h 27

    crédible

    J'aurai tendance à croire monsieur Boisclaire, j'ai toujours trouvé cette affaire trés louche, un peu désincarnée. Je n,ai jamais cru qu'un conseiller municipal d'une municipalité où il y a 0 immigrant, puisse de par lui même élaborer un tel code. Mon impression s'est confirmée quand monsieur Drouin, après quelques années a avoué qu'il voulait juste faire une farce. De plus, de tel agissements d'un parti politique ne m'étonnent pas non plus. Quand on voit à qui a profité cette affaire au bout du compte, les propos de monsieur Boisclaire deviennent crédibles. Rappelons qu'il ne les a pas fait juste après les élections. Si tel était le cas, on aurait tout de suite dit qu'il voualit justifier sa défaite. Mais cette déclaration s'est faite plusieurs années après, quel intérêt monsieur Boisclaire aurait à mettre cette information au grand jour?