Abolition de la taxe santé - Marceau tient au principe d’imposer les plus riches

Nicolas Marceau, ministre des Finances et de l’Économie
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Nicolas Marceau, ministre des Finances et de l’Économie

Devant la levée de boucliers, le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, est prêt à laisser tomber de larges pans de son scénario pour combler le manque à gagner causé par l’abolition de la taxe santé, notamment une partie de la fameuse rétroactivité. Mais l’esprit de la proposition du gouvernement Marois doit rester intouché, soit de soulager la classe moyenne en faisant porter le fardeau sur les plus riches.

« L’esprit de notre proposition est incontournable. C’est d’abolir la taxe santé de 200 $ pour cinq millions de personnes et de demander aux contribuables les plus fortunés de faire un effort supplémentaire », a livré au Devoir Nicolas Marceau.


Le ministre a continué de défendre son « scénario privilégié », qui est d’éliminer la taxe santé dès cette année pour ensuite récupérer le milliard manquant en augmentant les taux d’imposition pour les contribuables qui gagnent plus de 130 000 $ et en taxant davantage les gains en capital et les dividendes, le tout rétroactivement. « Il n’y a pas de surprise, on a été clair », a-t-il dit de cet engagement dévoilé au début de février et repris dans la plateforme électorale du Parti québécois. Il a tout de même convenu que bien des contribuables ne se sont rendu compte que cette semaine des implications de cette mesure.


Nicolas Marceau a reconnu qu’il était difficile de toucher rétroactivement aux gains en capital et aux dividendes. « Tout n’est pas simple », a-t-il dit, signalant qu’il avait mandaté ses fonctionnaires pour qu’ils procèdent à l’analyse de son scénario et qu’ils en élaborent d’autres. « On veut en arriver à un accord. Il est clair que de la position minoritaire où nous nous trouvons, on ne peut pas obtenir tout ce qu’on aurait voulu et on va s’ajuster. On va peut-être s’éloigner de notre scénario privilégié pour obtenir l’approbation des autres partis », a-t-il dit.


Il est cependant hors de question de procéder à l’élimination de la taxe santé sans combler le manque à gagner pour un an, ce qui aurait pour effet de hausser de 1 milliard le déficit pour l’année 2012-2013, a précisé Nicolas Marceau. Quant au report en 2013 de l’abolition de la taxe santé à l’année suivante, le ministre l’écarte. « Je ne veux pas m’embarquer là-dedans », a-t-il tranché.


Le gouvernement Marois propose de hausser rétroactivement de 24 % à 28 % le taux d’imposition des revenus supérieurs à 130 000 $ et à 31 % celui qui touche les revenus supérieurs à 250 000 $. Ces majorations combleraient 600 millions du milliard que fournit la taxe santé. À cela s’ajoute l’imposition à 75 % au lieu de 50 % des gains en capital, soit un apport de 255 millions, et la réduction de moitié du crédit d’impôt sur les dividendes, qui permettra de récolter 140 millions.

 

Le PLQ et la CAQ refusent toute hausse d’impôt


Du côté de du Parti libéral du Québec et de la Coalition avenir Québec, non seulement on dénonce le caractère rétroactif de la mesure péquiste, mais on s’oppose à toute hausse d’impôt pour les contribuables les plus riches.


Le chef libéral intérimaire, Jean-Marc Fournier, a défendu, mardi, la taxe santé qui ne serait pas aussi régressive que le disent le PQ et la CAQ. Il a signalé que 1,1 million de ménages ne la paient pas, tandis que 2,6 millions de ménages n’en déboursent qu’une partie. Les ménages qui gagnent plus de 50 000 $ paient cependant la même taxe de 200 $ par adulte, qu’ils soient millionnaires ou de condition modeste.


Pour le PLQ, taxer davantage les riches n’est pas une bonne idée. Il a dénoncé « l’angoisse fiscale » que le gouvernement péquiste leur fait subir. « L’image du Québec [pour] les investisseurs étrangers est déjà attaquée », a-t-il dit. Ce que propose le PQ, c’est une taxe à l’épargne et à l’investissement. « Trop d’impôt tue l’impôt et tue l’emploi », juge-t-il.


Si le gouvernement Marois veut alléger le fardeau fiscal de la classe moyenne, qu’il le fasse par des « choix budgétaires », c’est-à-dire par des compressions dans les dépenses de l’État.


En cela, l’opposition officielle rejoint la position de la CAQ qui propose d’abolir la taxe santé - sur une période en deux ans - en finançant cette annulation par des compressions. Le porte-parole de la CAQ en matière de finances et au trésor, Christian Dubé, rappelle que 3 % contribuables - ceux qui sont visés par le gouvernement - déboursent déjà le tiers de l’impôt total. « Ce sont des gestionnaires d’entreprises, des entrepreneurs, des professionnels », a fait valoir Christian Dubé, lui-même un ex-haut dirigeant de la société Cascades. « Il y a cette inquiétude qui s’est emparée d’eux. Il y a des gens qui se font traiter un peu comme des bandits. C’est pas des bandits, c’est des gens qui ont travaillé fort. »


Malgré le différend actuel avec le gouvernement Marois, les libéraux n’envisagent aucunement de faire tomber le gouvernement, a indiqué Jean-Marc Fournier.

81 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 26 septembre 2012 04 h 12

    Que de l'esbroufe.

    L'opposition fait quelques sparages pour donner le change, mais elle n'est pas en position pour contrer le gouvernement actuellement.

    Cela étant dit, le parti québécois peut lui donner un os à gruger pour la calmer en faisant quelques concessions sur la rétroactivité des gains de capital et les dividendes tout en prenant des mesures pour allez chercher les fonds nécessaires pour combler le manque à gagner immédiatement.

    Jean-Marc Fournier affirme «L’image du Québec [pour] les investisseurs étrangers est déjà attaquée ». Pourtant, dans un autre article* du journal de ce matin on y affirme, selon une enquête menée au mois de mars dernier, que les villes québécoises apparaissent comme parmi les plus concurrentielles dans les pays développés. Montréal y arriveraient notamment en tête des 30 principales agglomérations canadiennes et américaines.
    Jean-Marc Fournier dit vraiment n'importe quoi.

    *http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom

    • Solange Bolduc - Inscrite 26 septembre 2012 09 h 43

      Fournier disait hier, qu'il fallait que le PQ "cesse de jouer aux apprentis-sorciers". Faut-il s'étonner que le PLQ ait choisi à l'unanimité (ou prpesque) ce personnage pour le moins assez bavard, à titre de porte-parole du grand financier Bachand, cette sorte de Maître Pathelin, au goût assez avide pour les "avocasseries" ! Ce sont des gens dénudés de scrupules qui énoncent des faussetés ou demi-vérités pour parvenir à leur fin : Reprendre le pouvoir!

  • François Dorion - Inscrit 26 septembre 2012 05 h 29

    Comptabilité

    Il y a une nuance entre une dette matérielle et une dette d'honneur; la plupart des gens au Québec se reconaissent une dette d'honneur envers les gens qui payent plus d'impôt; malheureusement, la plupart de ceux-ci se comportent comme des gens sans honneur; avocats à tarif horaire, patrons d'entreprise à commissions, médecins à la castonguette sont tous des gens qui ont abandonné l'honneur pour le plaisir de l'argent.
    On répondra peut-être que l'honneur ne fait pas vivre qui que ce soit, mais c'est faux; le Québec en a très bien vécu pendant sa période agricole.
    Il est vrai que dans le monde moderne, un minimum de revenu est nécesaire pour avoir des rapports en de hors de son village. Ce pendant, ceux qui ont de tels rapports doivent faire preuve de discernement et ne pas y faire entrer n'importe quoi.

    • Francois Gougeon - Inscrit 26 septembre 2012 09 h 58

      Un peu drôle de dire que les Québecois ont une dette d'honneur envers les plus nantis pour ensuite mieux les descendre dans la même phrase.
      Vous voulez qu'ils soient payés comment les avocats et les médecins? Avec du blé?
      Visiblement, vous n'en ressentez aucune vous, une dette d'honneur envers ceux qui financent la majorité de nos programmes sociaux.
      Puis si vous voulez revenir à une période agricole, très bien pour vous, mais je doute que vous ayez des appuis auprès d'une population qui, de manière générale, est très attachée à son mode de vie occidentale.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 26 septembre 2012 06 h 21

    Impôsition des "riches"

    La classe moyenne a toujours été les payeurs et il est temps de faire payer ceux qui ont des revenus IMPOSABLES. Je m'étonne que l'on critique le gouvernement qui veut faire contribuer par un revenu IMPOSABLE plus élevé. Les libéraux se scandalisent eux qui ont endetté le Québec à coup de milliards. Fournier a reçu une allocation lors de son départ et maintenant il est revenu comme ministre avec un bon salaire. Il devra payer de l'impôt plus élevé et c'est correct.

  • Gilles Bousquet - Abonné 26 septembre 2012 06 h 35

    Impôt PLQ et impôt PQ et coupes de la CAQ

    Le PLQ a tendance à baisser l'impôt des plus riches, le PQ a tendance à augmenter l'impôt des plus riches et la CAQ a tendance à vouloir couper les dépenses de l'État tout en augmentant les revenus des médecins et des enseignants. Ils ont tous tendance à vouloir prendre le pouvoir.

    • - Inscrit 26 septembre 2012 08 h 53

      Il y a un peu beaucoup de vrai dans tout ça !

  • François Marquis - Inscrit 26 septembre 2012 07 h 08

    Taxe ou impôt

    Pourquoi ne pas tout simplement transformer cette taxe régressive en taxe progressive ?

    Je ne suis pas contre le principe que tout le monde doit y mettre un petit quelque chose, mais cela doit être proportionnel au revenu.

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 septembre 2012 09 h 55

      Quelle est la différence entre une taxe progressive et l'impôt, sinon une annexe de plus à remplir?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 26 septembre 2012 13 h 55

      Tout a fait d’accord, une taxe spécifique n’a de sens que si elle couvre entièrement une activité et que l’on a le choix d’éviter cette activité, comme c’est le cas pour l’assurance auto ou l’assurance médicament.