Une femme de décision

Les 100 premiers jours du gouvernement Marois seront déterminants.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Les 100 premiers jours du gouvernement Marois seront déterminants.

Il n’a fallu à Pauline Marois qu’un seul Conseil des ministres, et son premier, pour annoncer qu’elle annulait la hausse des droits de scolarité, qu’elle abrogeait les dispositions de la loi 12 (le projet de loi 78) qui limitent le droit de manifester, qu’elle abolissait la taxe santé et surtout que la centrale Gentilly-2 serait fermée à tout jamais, une décision qui affecte 700 travailleurs d’Hydro-Québec. La première ministre est apparue volontaire et sûre d’elle. A-t-on vu se lever la vraie Pauline Marois?

Il avait une part de marketing politique dans les annonces simultanées de jeudi. On voulait montrer, dès les premières heures du gouvernement péquiste, que Pauline Marois est une femme de décision, qu’elle n’avait pas peur de trancher. En ce sens, l’opération est réussie.


Cela contraste avec la Pauline Marois de la campagne électorale qui s’est montrée, plus souvent qu’à son tour, hésitante, quelquefois confuse, qui se tournait vers son attachée de presse Marie Barrette pour lui souffler, implorante : « Marie ? » afin de savoir si elle devait répondre ou non à la question supplémentaire d’un journaliste. Une Pauline Marois dépendante des communicateurs qui l’entouraient et qu’elle écoutait religieusement comme la bonne élève qu’elle a toujours été.


Dans la peau de la première ministre, Pauline Marois s’est en quelque sorte transformée : elle sait où elle s’en va et c’est désormais elle qu’on écoute, note-t-on dans son entourage. Durant la campagne électorale, une journaliste lui a demandé si elle était prête à gouverner. « Ça fait 35 ans que je m’y prépare », a-t-elle répondu.

 

Les prédécesseurs


Pauline Marois a sans doute appris de Jacques Parizeau, qui n’avait pas froid aux yeux et qui accordait beaucoup d’importance à la préparation. Elle a sans doute aussi appris de Lucien Bouchard, qui s’est fait fort de prendre des décisions difficiles. Alors qu’elle était au plus bas dans les sondages, un conseiller lui a dit : « Je suis avec vous parce que vous êtes une femme politique qui n’a pas peur. On peut vous comparer à un autre politicien : Jean Chrétien. Lui aussi n’avait pas peur. » Une remarque qui a fait sursauter la chef, mais qui se voulait un compliment.


De toutes les décisions annoncées jeudi, le déclassement de la centrale Gentilly-2 est la plus spectaculaire, la plus contestée aussi. Les syndicats d’Hydro-Québec affiliés au Syndicat canadien de fonction publique (SCFP-FTQ) n’ont pas tardé à faire une sortie publique pour dénoncer la décision, alors que le rapport d’Hydro-Québec qui devait déterminer si la réfection de la centrale était économiquement viable n’a pas encore été rendu public. Au gouvernement, on explique que la société d’État est arrivée à la conclusion qu’il fallait fermer Gentilly-2 ; le gouvernement libéral n’a simplement pas eu le courage d’annoncer la décision avant les élections. Il n’en demeure pas moins Pauline Marois a préféré faire un coup d’éclat au lieu de préparer l’opinion publique, dans les régions concernées du Centre- du-Québec et de la Mauricie surtout.

 

Courtiser la CAQ


Quoi qu’il en soit, Pauline Marois a annoncé des décisions que son gouvernement minoritaire pouvait prendre sans avoir besoin de l’appui de l’un ou l’autre des partis de l’opposition. Pour récupérer les revenus dont se prive l’État en raison l’abolition de la taxe santé, soit 1 milliard de dollars, il faudra, une fois le budget présenté, faire adopter la loi omnibus qui le met en oeuvre. C’est dans ce projet de loi que se retrouvera la hausse d’impôt pour les contribuables les plus riches et les autres mesures fiscales qui permettront de recouvrer le milliard manquant. Au gouvernement, on croit que la Coalition avenir Québec appuiera l’abolition de la taxe santé, car elle figure dans la plateforme électorale du parti de François Legault.


La stratégie du gouvernement Marois, dans sa situation minoritaire, consiste à courtiser la CAQ, à tabler sur des éléments communs de la plateforme des deux partis, voire à mettre en oeuvre certaines propositions des caquistes. « On va les embrasser », nous confie un stratège péquiste. Le baiser de la mort sans aucun doute, puisque l’objectif, c’est de vider la CAQ de sa substance, de lui enlever toute pertinence. Évidemment, à la CAQ, on n’est pas dupe et on tentera de se distinguer. Mais il est clair que François Legault n’a pas intérêt à pousser son parti en élections de façon précipitée.


Le véritable adversaire du gouvernement Marois, c’est l’opposition libérale. Certains libéraux, encouragés par la courte victoire péquiste, ne voient dans les résultats du 4 septembre qu’un accident de parcours. Un nouveau chef libéral, élu en février, pourra corriger promptement cette aberration, croient-ils. Encore faut-il que la CAQ joue le jeu, ce qui n’est pas évident. Pendant ce temps, le PQ mise sur les révélations de la commission Charbonneau pour neutraliser le Parti libéral pour un bon bout de temps.

 

L’automne


Au menu de la session d’automne figure le dépôt d’un projet de loi pour colmater les brèches de la loi 35 adoptée en décembre 2011 et censée empêcher les entrepreneurs coupables d’actes criminels graves d’obtenir des contrats publics. Au sein du gouvernement Marois, on y voit une autre façon de taper sur le clou de l’intégrité. « Sur cette question, je serai intraitable », martèle Pauline Marois par les temps qui courent.


Comme Pauline Marois s’y était engagée, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, présentera un projet de loi pour renforcer la loi 101 avec tous les éléments chers aux péquistes : abolition des écoles passerelles, exigences linguistiques imposées aux petites entreprises, accès au cégep anglais réservé aux anglophones. Pauline Marois a déjà concédé que ce projet de loi ne pourra pas être adopté dans son intégralité. L’élimination des écoles passerelles fait partie du programme caquiste et on croit au gouvernement que les dispositions visant les petites entreprises pourraient faire l’objet d’un compromis.


On sait aussi que le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, a reçu comme mandat de donner accès à l’aide juridique aux gagne-petit et d’améliorer l’aide apportée aux victimes d’actes criminels.


Mais la pièce de résistance de l’automne, c’est le Forum sur l’enseignement supérieur que présidera le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne. On compte sur ses talents de communicateur pour arriver à un consensus et permettre au gouvernement Marois de sortir indemne de l’exercice.


Les 100 premiers jours du gouvernement minoritaire péquiste seront donc déterminants. On croit dans le camp péquiste que Pauline Marois, une femme de décision qui sait manoeuvrer la barque de l’État, gagnera en popularité du fait qu’elle est à la tête du gouvernement.


On connaît sa ténacité, sa persévérance ; ce sont des qualités qui s’expriment dans le temps. Or on sait qu’un gouvernement minoritaire vit sur du temps emprunté.

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51 commentaires
  • Bernard Poulin - Inscrit 22 septembre 2012 00 h 32

    On s'en fou...

    "alors que le rapport d’Hydro-Québec qui devait déterminer si la réfection de la centrale était économiquement viable n’a pas encore été rendu public." On s'en fout que cela soit viable ou non; on ne veut plus du nucléaire.

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 22 septembre 2012 10 h 08

      "...plus du nucléaire".

      D'autant que les alternatives sont nombreuses et qu'elles ont un bel avenir: les centrales vieillissent, partout à travers le monde, et les problèmes vont se multiplier sous nos yeux (...et ceux des politiciens) très rapidement.

      À quand, dans chaque foyer du Québec, un indicateur du niveau de consommation d'électricité en temps réel doté de feux vert, jaune et rouge qui sensibiliserait tous et chacun, tout le temps?

      On le sait, maintenant, que dans les autos l'indicateur de consommation a un impact: on lève le pied dès qu'on voit "sortir les trente-sous" par le tuyau d'échappement...

      Pourquoi ne pas faire de même plutôt que de dépenser des milliards pour changer les compteurs, une décision avec laquelle personne n'est d'accord, anyway...

    • Richard Coulombe - Inscrit 22 septembre 2012 11 h 29

      La décision est la bonne, mais tout est dans la manière. Me
      semble qu'un peu de doigté aurait été de mise. A moins que les caribous ne soient très affamés. Mieux vaut les tenir repus ceux-là, sinon ils peuvent vous encorner dans le dos .....

    • Jean Richard - Abonné 22 septembre 2012 12 h 04

      Sauf que l'atmosphère n'a pas de frontières. Ainsi, presque le tiers de la production d'électricité de l'Ontario vient du nucléaire et nous sommes sous le vent de cette province.

      Faudra-t-il livrer la guerre à nos voisins pour qu'ils abandonnent le nucléaire ? Après tout, en cas de désastre, c'est sur nous que les vents dominants vont pousser les retombées redoutées.

    • Arthur Desgagnés - Inscrit 22 septembre 2012 16 h 16

      M. Dutrissac, de grâce, ne mêlez pas Pauline Marois à Lucien Bouchard (qui a mal tourné)ou à Jean Chrétien (qui carburait plutôt à la farce qu'aux idées).
      Pour ce qui est d'être bonne élève, je le crois pour avoir enseigné pendant 30 ans et avoir apprécié l'importance de l'attitude du bon élève face à l'acquisition des connaissances. Pauline est intelligente et surtout elle répond aux questions; connaissant l'appétit des journalistes, il n'est que normal qu'elle soit prudente. Préféreriez-vous les mauvais élèves, les cancres, les entêtés et les arrivistes? Moi, je suis pour la franchise, la réflexion et l'action, pas pour la tergiversation. Je crois que Mme Marois a ces qualités. Bravo, c'est rafraîchissant.

    • Mercier Frederic - Inscrit 22 septembre 2012 19 h 34

      Au infos la semaine passée: les centrales solaires en Allemagne produisent autant (20 GW) que 20 centrales nucléaires.

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 23 septembre 2012 11 h 36

      Hydro Québec a rendu public cette étude via le drois d'accès à l'information. On parle de 6 milliards au bas mot. On a le choix, fermer pour 1 milliard ou la réfection pour 6 milliards. La centrale soeur de Gentilly, au Nouveau-Brunswick, est en pleine réfection et ils en sont à 9 milliards déjà sans avoir terminé. ... mais bien sûr, on devrait au moins attendre d'avoir les études. Désolé, je n'achète pas la démagogie de Legault qui sait très bien que les études sont sorties. C'est pas parce que Charest les a cachées, puis tablettées qu'elles n'ont pas été faites. Elles sont disponibles. Bonne journée.

  • Guy Vanier - Inscrit 22 septembre 2012 03 h 26

    très bien Mme Marois.

    ns vs suivons avec intérêt. c'est le changement de direction que ns attendions de vs.
    continuez et ns seront là pour vs à la prochaine élection.

  • Serge Grenier - Inscrit 22 septembre 2012 07 h 20

    Longue vie au gouvernement minoritaire

    Pourriez-vous cesser de répéter
    qu'un gouvernement minoritaire a la vie courte.

    Il me semble assez évident que
    s'il y avait des élections demain matin,
    le Parti québécois serait réélu
    avec une confortable majorité.

    Alors quel autre parti veut retourner en élection ?

    Aucun !

    Et les 700 travailleurs d'Hydro-Québec
    devraient être contents comme tout le monde
    qu'on ferme cette centrale nucléaire inutile et dangereuse.

    Moi, je suis très content de notre première ministre
    et j'espère qu'ils vont renforcer sa sécurité sérieusement.

    • henri -s garneau - Inscrit 22 septembre 2012 12 h 30

      un autre parti peut-être pas mais nous OUI!!!

    • Georges Washington - Inscrit 22 septembre 2012 21 h 26

      Moi qui ait voté PQ le 4 septembre, je ne revoterais pas PQ demain matin. Je ne dois pas être seul. Votre entourage est peut-être trop restreint. Il y a tout de même 60% de la population qui n'a pas voté pour le PQ.

      La moindre des choses aurait été que ce gouvernement, pour lequel j'ai voté, en tienne compte en situation de gouvernement minoritaire. Ils se comportent en cow-boys.

  • Marie-M Vallée - Inscrite 22 septembre 2012 07 h 38

    Enfin !...

    Enfin quelqu'un qui gouverne. Qui prend des décisions même au risque de déplaire. Qui croit à ce qu'elle dit, car ce ne sont pas de vains mots comme nous avons l'habitude d'entendre de la part des politiciens.

    Les Québécois voulaient des changements; ils en auront. Depuis 10 ans, nous assistons à une valse hésitation où les lobbyistes, souvent mafieux, sont toujours sur le plancher de danse.

    Madame Marois, ne vous laissez pas impressionner, apeurer, manipuler, museler et surtout mépriser et j'en passe.

    • J-F Garneau - Abonné 22 septembre 2012 12 h 29

      Vous devriz possiblement ajouter à votre commentaire "...qui prend des décisions *avec lesquelles je suis d'accord* même au risque de déplaire."
      :)

    • Sébastien Paquin - Inscrit 22 septembre 2012 13 h 15

      Quand Harpoer prend des décision, c'est un dictateur, quand Marois le fait, c'est une Lionne. Vive les doubles standards Québecois.

    • Georges Washington - Inscrit 22 septembre 2012 21 h 28

      Gouverner n'est pas prendre des décisions qui risquent de déplaire. Gouverner c'est prendre les bonnes décisions. Or, comment peut-on savoir si ce sont les bonnes quand on les prend avant même le dépôt des rapports et des études commandées?

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 23 septembre 2012 11 h 39

      M. Savard, en se fiant au Nouveau-Brunswick qui a la centrale soeur de Gentilly et qui est un fiasco de réfection, déjà avoisinant les 9 milliards.

      Moi, un gouvernement qui fait pour l'instant exactement ce qu'il avait promis en campagne, ça me plaît beaucoup.

  • François Dugal - Inscrit 22 septembre 2012 08 h 07

    Améliorons notre vocabulaire

    Tergiversation:
    Action de faire trainer les choses afin de repousser une décision.
    Décision:
    Action de poser les gestes qu'il faut pour résoudre un problème.

    • François Dugal - Inscrit 22 septembre 2012 12 h 44

      Équivalent québécois de tergiversation: «niaiser avec la puck»