Pauline Marois commence en lion


	Pauline Marois a indiqué que le dépassement des dépenses laissé par le gouvernement Charest était supérieur à la somme de 800 millions révélée par Raymond Bachand.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot
Pauline Marois a indiqué que le dépassement des dépenses laissé par le gouvernement Charest était supérieur à la somme de 800 millions révélée par Raymond Bachand.

C’est un départ canon pour le gouvernement Marois qui tenait jeudi son premier Conseil des ministres. Sans attendre de connaître avec précision l’état des finances publiques — elle a indiqué que le dépassement des dépenses laissé par le gouvernement Charest était supérieur à la somme de 800 millions révélée par Raymond Bachand —, Pauline Marois a annoncé que la hausse des droits de scolarité était éliminée et que la taxe santé de 400 $ par famille serait abolie dès cette année. Les contribuables n’auront pas à la payer en produisant leur déclaration de revenus au printemps prochain.

La première ministre a également signalé que son gouvernement adoptera un décret vendredi pour abroger les dispositions de la loi 12 (le projet de loi 78) qui limitent le droit de manifester.


Autre décision prise par le Conseil des ministres et non pas la moindre : la centrale Gentilly-2 sera fermée définitivement. Un fonds de diversification économique de 200 millions sera créé pour les deux régions affectées par le déclassement de la centrale nucléaire, le Centre-du-Québec et la Mauricie.


« J’ai l’intention d’agir rapidement pour offrir des résultats aux Québécois. Ça commence maintenant, au jour 1 de notre mandat », a affirmé Pauline Marois lors de sa première conférence de presse à titre de première ministre.


Pauline Marois respecte ainsi des engagements électoraux majeurs dont la réalisation ne dépend pas du bon vouloir des partis d’opposition. Le gouvernement peut agir seul, par décret ou par énoncé budgétaire, le cas échéant.


« Je tiens à souligner que pour mon gouvernement, la rigueur budgétaire n’est pas négociable », a-t-elle assuré. Le gouvernement Marois ne dérogera pas au cadre financier fixé par le gouvernement libéral : l’équilibre budgétaire sera au rendez-vous l’an prochain. Même si l’impasse financière pour l’année en cours dépasse les 800 millions. « La situation financière s’est détériorée depuis trois mois et nous sommes en train d’en prendre connaissance. Nous allons questionner la gestion de certains dossiers », a dit la première ministre.


Les droits de scolarité universitaires sont donc maintenus à 2168 $ par an. En outre, les universités pourront compter sur le financement prévu. Le gouvernement épongera l’écart de 20 millions, selon les chiffres cités par Pauline Marois, imputable à l’abolition de l’augmentation des droits.


En outre, les étudiants pourront bénéficier cette année de l’amélioration de l’aide financière qu’a décrétée le gouvernement Charest ; elle ne leur sera pas enlevée. Il s’agit d’une somme de 39 millions. « Le sommet sur l’éducation permettra de débattre de toutes ces questions », a-t-elle dit. Elle y défendra sa position, l’indexation des droits. « Je ne vais pas renoncer avant de commencer […] parce qu’une indexation, c’est une forme de gel. »


Au cours d’un point de presse à la Tribune de la presse à Québec, la présidente de Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, et la présidente de Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Éliane Laberge, ont souligné le caractère historique de cette décision pour le mouvement étudiant. « Savourons notre victoire », a lancé Martine Desjardins.


L’élimination de la taxe santé prive le gouvernement de 1 milliard par an. Mais ce manque à gagner sera compensé par une hausse d’impôt pour les contribuables qui gagnent 130 000 $ par an et par une diminution de l’exonération des gains en capital, qui passe de 50 % à 25 %.


Pauline Marois a confirmé également que le prêt de 56 millions consenti à la mine d’amiante Jeffrey ne sera pas versé. « On va faire ça de façon respectueuse et de façon intelligente. Une entente est possible sans aller devant les tribunaux », juge-t-elle.


Pour la fermeture de Gentilly-2, Pauline Marois a demandé à la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, et à Hydro-Québec de produire un rapport sur les implications et les conditions entourant le déclassement de la centrale. « Je veux que ce geste devienne le symbole de l’engagement du Québec pour l’environnement et le bien-être des générations futures, mais aussi d’une gestion rigoureuse de nos finances », a-t-elle dit. Nature Québec et la Fondation David Suzuki ont salué la décision du gouvernement.


Par ailleurs, comme l’avait fait en matinée le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, la première ministre a rassuré les milieux d’affaires. « Que la communauté d’affaires ne s’inquiète pas, a-t-elle dit. Les gouvernements péquistes ont toujours été les plus responsables. » Elle a cité les diverses réalisations des gouvernements péquistes en matière économique, notamment l’atteinte de l’équilibre budgétaire, les politiques pour encourager la recherche-développement, le régime d’épargne-actions. « Les meilleurs résultats au niveau économique dans les 25 dernières années l’ont été sous un gouvernement du Parti québécois alors que j’étais ministre des Finances », a souligné Pauline Marois.

À voir en vidéo