Anglos: le choix de Lisée fait jaser

Même ministre, Jean-François Lisée continue de bloguer. Et jeudi, il indiquait sur son blogue être «ravi que Mme Marois [lui ait] confié les relations avec les anglophones».
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Même ministre, Jean-François Lisée continue de bloguer. Et jeudi, il indiquait sur son blogue être «ravi que Mme Marois [lui ait] confié les relations avec les anglophones».

Il y a les pour, il y a les contre. Pour certains, Pauline Marois a posé un geste apaisant envers la communauté anglophone en faisant de Jean-François Lisée son interlocuteur désigné. Mais pour d’autres, c’est au contraire de l’huile sur le feu qu’elle a jetée en choisissant un homme qui a plusieurs fois fait bondir ceux à qui il doit désormais tendre la main. Alors ? « The proof will be in the pudding », dit-on.

Au lendemain de la nomination de M. Lisée, plusieurs anglophones ont réagi en soufflant le chaud et le froid. Bravo pour l’idée, moins pour le choix. « Avoir un interlocuteur est une excellente nouvelle, estime l’ancien député libéral Reed Scowen. Même les libéraux n’ont jamais fait ça. Et ça répond bien au souhait exprimé par Graham Fraser », dit-il en faisant référence à l’idée lancée samedi dans Le Devoir par le commissaire aux langues officielles : créer une sorte de ministère des Affaires anglophones pour faciliter le dialogue.


Mais M. Scowen prévient dans la foulée que si le passé est garant de l’avenir, « M. Lisée ne pourra pas être un interlocuteur valable pour les anglophones ». Et il n’est pas le seul à le penser.


Dans un texte au ton vitriolique publié jeudi dans The Gazette, le chroniqueur Don Macpherson critique sévèrement le choix de Mme Marois. Impossible de penser que M. Lisée était le mieux placé parmi les 54 députés péquistes pour gagner la confiance des anglophones, écrit-il. Et si Pauline Marois pense réellement que c’est le cas, alors « il n’y a pas que les anglophones qui devraient s’inquiéter ».


Le problème, estime M. Macpherson, c’est que les « ponts que M. Lisée doit bâtir sont ceux qu’il a lui-même détruits ». Et de rappeler une longue liste de griefs : c’est M. Lisée qui a eu l’idée d’un test de connaissance du français pour obtenir la citoyenneté québécoise ; c’est lui qui a proposé d’abolir les cégeps anglophones (dans une chronique de L’actualité, le 1er octobre 2010).


C’est aussi lui qui a rédigé dans ce même magazine un dossier controversé en avril dernier, où il « critiquait les anglophones parce qu’ils ne défendent pas la loi 101 et ne font pas la promotion du français à Montréal, à l’encontre de leurs propres intérêts », selon M. Macpherson. Ce dernier qualifie Jean-François Lisée de « principal porte-parole du PQ dans sa campagne xénophobique contre les minorités linguistiques ».


Juger l’arbre à ses fruits


Ailleurs, les réactions sont plus nuancées, mais demeurent prudentes. « On n’était pas certains d’avoir bien entendu quand Mme Marois a nommé M. Lisée », raconte Sylvia Martin-Laforge, la directrice générale du Québec Community Groups Network (QCGN).


L’association se dit « préoccupée par certaines positions exprimées par M. Lisée dans le passé ». Mais globalement, on plaide pour donner la chance au coureur. « The proof will be in the pudding », illustre Mme Martin-Laforge. Le QCNG applaudit ainsi « la main tendue par Pauline Marois envers la communauté ». Un geste qui « démontre que la première ministre voit l’importance de développer un dialogue avec une communauté minoritaire qui, elle l’a dit, a contribué au Québec ». Et M. Lisée ? « Il a dit des choses comme journalistes, maintenant il est ministre, il a des responsabilités », relativise Mme Martin-Laforge.


Reed Scowen juge lui aussi qu’il faut surtout prendre acte de la volonté de Mme Marois de bâtir un dialogue. « Jean-François Lisée est intelligent et il connaît bien le dossier linguistique. Ce n’est manifestement pas la personne idéale, mais je pense que Mme Marois n’avait simplement pas d’autres alternatives. Alors je suis tenté de dire : bon, vous êtes là, quels gestes allez-vous poser pour rassurer les anglophones ? »


Joint à Ottawa jeudi matin, Graham Fraser s’est dit pour sa part « très content » du geste de Mme Marois. « Ce n’est qu’un début, mais je regarde ça avec un grand intérêt. »


Le commissaire aux langues officielles reconnaît que le choix de M. Lisée est audacieux. Il a « certains obstacles à surmonter à cause de sa réputation, dit-il. Mais je suis passé moi aussi d’une carrière de journaliste à une autre fonction, et je sais que ce sont des rôles très différents. On ne devrait pas juger un ministre par les propos d’un journaliste. »


Sur le fond, M. Fraser trouve donc « extrêmement intéressante » la nomination de M. Lisée. « J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour sa capacité d’analyse, sa façon d’aller au fond des choses et sa capacité de provoquer des débats. Et j’ai été impressionné par sa première intervention, mercredi. Il a établi un ton accueillant qu’il a ensuite renforcé dans son blogue. »

 

Lisée lucide


Parce que même ministre, Jean-François Lisée continue de bloguer. Et jeudi, il indiquait sur son blogue être « ravi que Mme Marois [lui ait] confié les relations avec les anglophones ». Cela dit en avouant que le défi est gros. « Je suis lucide : j’ai une crédibilité à construire », dit-il avec un « élan d’humilité » qu’a apprécié Sylvia Martin-Laforge.


« Chacun sait que je suis très favorable à un certain nombre de mesures identitaires fortes, écrit M. Lisée. Cependant, j’ai toujours combiné ce volontarisme francophone avec un profond respect pour la communauté anglophone. » Pour sa défense, il plaide par exemple l’écriture du discours que Lucien Bouchard avait prononcé au Centaur en 1996, apprécié des anglophones, mais très mal reçu au PQ.


En point de presse mercredi, M. Lisée avait indiqué que le renforcement de la protection du français ne doit pas se faire « au détriment de la sécurité linguistique des anglophones », et qu’il cherchera à créer un dialogue « gagnant-gagnant » entre anglophones et francophones.


Quelques minutes plus tôt, Pauline Marois lui avait confié le mandat de « tisser avec les Québécois de la communauté anglophone des relations étroites, dans le respect de leurs droits. Faites-leur sentir qu’ils constituent une richesse pour nous tous et qu’ils sont membres à part entière de la nation québécoise ». Le travail ne devrait pas manquer pour M. Lisée, avec la promesse renouvelée jeudi par Mme Marois de renforcer rapidement la loi 101.

79 commentaires
  • Jean-Robert Primeau - Inscrit 21 septembre 2012 00 h 51

    Dorlotage ?

    Quand les indépendantistes mordent la poussière lors d’élections québécoises ou canadiennes, y a-t-il un porte-parole pour nous rassurer comme les Anglos veulent l’être ? Vous voulez vos fèves au lard sucrées ou salées ? pâles ou foncées ?
    Je trouve qu'on exagère pas mal ! Qui s'appuie sur une majorité continentale de 300 millions d'habitants ? Pas nous.
    Tout cela me laisse perplexe.

  • Djosef Bouteu - Inscrit 21 septembre 2012 02 h 34

    «Ce dernier [M. Macpherson] qualifie Jean-François Lisée de ''principal porte-parole du PQ dans sa campagne xénophobique contre les minorités linguistiques''.»

    Une perle de Québec-bashing parmis tant d'autres.

    Il n'y a pas de dialogue à avoir avec un tel énergumène qui tient de tels propos racistes et haineux contre les Québécois.

    • Louka Paradis - Inscrit 21 septembre 2012 09 h 31

      De toute façon, c'est bien évident que, quelle que soit la personne nommée, ces anglophones assez fanas sur les bords trouveraient à critiquer : la vérité choque, dit le proverbe. Ils doivent changer leurs paradigmes et apprendre à nous accepter et à nous respecter tels que nous sommes, c'est-à-dire français, debout et fiers de l'être. Ils doivent se remettre en question, eux aussi.
      Louka Paradis, Gatineau

  • Djosef Bouteu - Inscrit 21 septembre 2012 02 h 42

    Quelle est donc cette mystérieuse «sécurité linguistique» que recherchent les anglophones du Québec?

    Avec un gain de 40% de nouveau locuteurs au Québec par rapport à leur poids démographique (le plus haut taux au Canada), faudrait-il qu'ils assimilent encore davantage d'immigrants et de francophones pour se sentir en sécurité?

    Quand le taux d'assimilation des francophones hors-Québec varie de 10% à 60%, c'est du suicide collectif que de continuer à accorder autant de privilèges à la minorité anglophone du Québec.
    On finance notre propre désintégration sociale.

    • Alexandre Beaudet - Inscrit 21 septembre 2012 12 h 08

      Ce n'est pas du tout ce que les Anglophones demandent. Peut-être que vous devriez sortir un peu plus souvent et parler à des gens autre que pure-laines...

    • Djosef Bouteu - Inscrit 21 septembre 2012 14 h 20

      Aucun argument, seulement du mépris, monsieur Beaudet?

      Les anglophones demandent, entre autres, que le cégep et l'université en anglais soient ouverts aux immigrants. Donc, continuer d'assimiler les immigrants.

      La langue de l'éducation est le facteur clef qui influence la langue du travail, qui elle est un facteur d'intégration central.

      Peut-être devriez-vous prendre la peine d'amener un argument basé sur la réalité, pas seulement des propos haineux et méprisants contre ce que vous pensez des Québécois.

    • Phil Roberts - Inscrit 21 septembre 2012 15 h 29

      @Djosef Bouteu: «La langue de l'éducation est le facteur clef qui influence la langue du travail, qui elle est un facteur d'intégration central.»

      Je suis d'accord avec vous. Augmenter l'immigration de la francophonie. Les immigrants francophones restent ici et s'intégrent dans le milieu francophone. La pluspart des immigrants non-francophones restent ici pendant quelques années après le cégep et l'université et ils quittent pour Toronto. N'inquiétez vous pas, la pluspart de ces immigrants non-francisés ne restent pas ici pour détruire votre projet de société: la souveraintété du Québec.

      Lors du forum mondial de la langue française à Québec en juillet, le secrétaire général de l’OIF, Abdou Diouf, a dit que les franco-africaines et franco-arabes sont autant fiers de la langue française et sont autant vigilant à la garder que les québécois. ( La France dort au gaz en ce qui concerne la protection du français au monde). Augmenter l'immigration de la francophonie et «l'assimilation» ne sera jamais un problème.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 21 septembre 2012 18 h 26

      Toute une pirouette de rationalisation!

      Premièrement, c'est faux, les immigrants anglicisés ne quittent pas. Il n'y a qu'à regarder le dernier recensement pour avoir l'heure juste. Donc inutile de mentir sur ce dossier.

      Ensuite, pourquoi financer l'éducation publique des jeunes avec l'espoir qu'ils quittent le Québec pour ne pas aggraver l'effondrement de l'usage du français à Montréal? C'est marcher sur la tête ce raisonnement.

      Tout pour justifier une anglicisation maximale des immigrants.

    • Phil Roberts - Inscrit 21 septembre 2012 19 h 51

      @Djosef Bouteu: «c'est faux, les immigrants anglicisés ne quittent pas.»

      M. Bouteu, j'ai écrit que la pluspart quittent le Québec. Une autre choses que le recensement ne montre pas c'est les immigrants non-francisés qui restent mais qui veulent quitter. Comme j'ai écrit dans mon premier commentaire, ils restent ici pendant quelques années après le cégep et l'université et ils quittent pour Toronto. Peut-être le recensement montre qu'il restent entre les recensements, mais la pluspart ne s'installent pas au Québec. J'en connais beaucoup qui ont travaillés ici 4 ou 5 ans après Concordia et McGill et ont vivement quitter pour Toronto, Ottawa et l'ouest. Pas tous, mais la pluspart. Vous ne connais vraiment pas la pensée des anglophones sur la question de rester ou quitter. Pour plusieurs, le sentiment de quitter le Québec est semblable au sentiment que les souverainistes ont pour le Canada. Même si on restent, on a toujours la volonté de quitter.

      En plus, il y a plusieurs d'immigrants qui arrivent au Québec parce que c'est plus facile d'entrer par ici. Ils restent pour quelques années, font un peu d'argent et quittent pour Toronto.

      «Ensuite, pourquoi financer l'éducation publique des jeunes avec l'espoir qu'ils quittent le Québec pour ne pas aggraver l'effondrement de l'usage du français à Montréal?»

      Je suis d'accord avec vous sur ce point. C'est la raison pour laquelle je pense q'une augmentation d'immigrants de la francophonie est nécessaire. Pourquoi immigrer des gens de Bangladesh qui auront la misère à apprendre le français quand on pourrait augmenter notre immigration des pays francophones.

    • Claude Lachance - Inscrite 22 septembre 2012 15 h 48

      Que pensent les "anglos" de la vente aux enchères du québec de Charest?, Des placements questionnables d'Hydro? Du plan nord? Des cinquantes milliards égarés de la Caisse de dépot...de la mafia dans les organisations électorales?. Ils dorment Il n'y a que le français comme épouvantail.. pour secouer ce qu'il leur reste de québecois?

  • André Gingras - Abonné 21 septembre 2012 04 h 45

    Laquelle minorité linguistique?

    Le défi de Lisée sera de faire comprendre à la minorité anglophone du Québec (principalement de Montréal), ainsi qu'à plusieurs francophones, l'enjeu de la langue française dans un contexte minoritaire nord-américain. Pour ceux et celles qui ne craingnent pas la perte de la langue française au Québec ou qui n'y tiennent pas, les intentions d'ouverture pourront être vaines. Rien ne coûte d'essayer!

  • André Loiseau - Inscrit 21 septembre 2012 04 h 58

    Deux poids, deux mesures.

    De plus, cher M. Bouteu, et malgré leur statut de minoritaires au Québec, ils possèdent autant d'universités et d'hôpitaux (sans compter le CHSUM) que les 80% d'entre nous.
    Pour la raison même de leur majorité au sein du Canada, ils exigent y demeurer avec tous leurs privilèges. À notre détriment, et malgré les misères des canadiens-français à l'intérieur de leur frontière, ils se battent pour conserver la même "sécurité" linguistique et territoriale dont ils ont constamment profité en attendant notre assimilation par le nombre.
    Mais qu'en est-il de notre sécurité à nous?

    • Phil Roberts - Inscrit 21 septembre 2012 12 h 35

      «Mais qu'en est-il de notre sécurité à nous?»

      Augmenter l'immigration de la francophonie. Il y a 115 million locuteurs francophones de langue maternelle dans le monde. Au lieu d'immigrer seulement 40% de nos immigrants des pays non-francophones, on pourrait augmenter notre immigration des pays francophones.
      La Charte peut seulement protéger la langue française, mais avec une augmentation d'immigration de la francophonie, on pourrait la croître considérablement.

      ça c'est la sécurité linguistique pour les francophones du Québec.

    • Marcel Marquis - Inscrit 21 septembre 2012 15 h 22

      Autant d'universités et d'hôpitaux, dites-vous! Faux! Les universités McGill et Concordia ne sont que deux face aux universités de Montréal, de Laval, de Sherbrooke et l'UQAM et ses nombreuses succursales. Quant aux hôpitaux anglophones. où l'on est traité en français beaucoup plus souvent que les anglophones sont traités en anglais dans les hôpitaux francophones, ils ne sont qu'une poignée!