L’élimination du placement syndical sous l’influence d’un farouche opposant

Le projet de loi 33 vise l’élimination du placement syndical dans l’industrie de la construction.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le projet de loi 33 vise l’élimination du placement syndical dans l’industrie de la construction.

La première personne que devra convaincre la ministre du Travail, Agnès Maltais, du bien-fondé d’éliminer le placement syndical dans l’industrie de la construction, est sans nul doute son adjoint parlementaire, a constaté Le Devoir. Le nouveau député de Rouyn-Noranda -Témiscamingue, Gilles Chapadeau, est un farouche opposant au projet de loi 33 qu’il a pourfendu lorsqu’il était conseiller régional pour la FTQ en Abitibi.

M. Chapadeau devra maintenant épauler Mme Maltais qui se retrouve aux commandes d’un dossier fort délicat. Au cours des dernières années, de nombreuses révélations concernant l’intimidation et le harcèlement sur les grands chantiers de construction, notamment sur la Côte-Nord, concernaient la FTQ-Construction. Ces problèmes, qui ont nourri les critiques populaires et les réclamations constantes pour une commission d’enquête publique, sont notamment associés au placement syndical.


Le placement syndical doit être retiré des mains des syndicats le 1er décembre prochain. C’est la Commission de la construction du Québec (CCQ) qui doit alors prendre la relève. D’ici là, la réglementation établissant la nouvelle mécanique de fonctionnement pour l’embauche des travailleurs de la construction doit être adoptée par décret gouvernemental. D’aucuns pourront se demander quelle sera l’influence de M. Chapadeau à cet égard.


Le Devoir a tenté de joindre Gilles Chapadeau, mais sans succès. L’arrivée en poste du nouveau gouvernement a fait en sorte que la ministre Maltais n’avait pas encore d’attaché de presse et que le responsable des communications pour l’aile parlementaire péquiste n’était pas encore remplacé. C’est donc le cabinet de la première ministre qui a commenté la situation.


« Il n’y a pas de conflit d’intérêts , a affirmé Shirley Bishop, la directrice des communications pour Pauline Marois. Quand M. Chapadeau a décidé de faire le saut en politique, il connaissait la position du Parti québécois », a-t-elle indiqué.


Mme Bishop a rejeté la possibilité d’une éventuelle volte-face par le biais des règlements qu’il reste à rédiger : « On n’a pas l’habitude de changer d’idée, mais je vais laisser la ministre expliquer son dossier. »


Charge syndicale


Chose certaine, Gilles Chapadeau n’a pas caché son point de vue radicalement différent de celui du Parti québécois alors que l’équipe de Pauline Marois a donné son appui à la Loi éliminant le placement syndical et visant l’amélioration du fonctionnement de l’industrie de la construction (adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale). Quelques jours après la commission parlementaire d’octo-bre 2011, au cours de laquelle la ministre du Travail d’alors, Lise Thériault, avait tenu tête aux leaders syndicaux, M. Chapadeau comparait l’exercice à « une représentation des Parlementeries ».


La semaine suivante, il récidivait en s’attaquant au Parti québécois, qu’il accusait d’avoir « perdu le nord ». « Le PQ de Mme Marois est un parti fractionné, sans vision et loin, très loin des valeurs de social-démocratie qui avaient fait de ce parti un allié de la classe ouvrière », écrivait alors Gilles Chapadeau dans le courrier des lecteurs d’un journal abitibien.


La charge du syndicaliste s’est poursuivie le 15 novembre 2011 dans une lettre ouverte publiée dans le journal Abitibi-Express. Il y dénonçait le « projet de loi injuste ».


Jeudi, sa nomination comme adjoint parlementaire de la ministre du Travail a été saluée par la FTQ dans un communiqué de presse.

8 commentaires
  • Marc Lacroix - Abonné 21 septembre 2012 07 h 14

    Attention !

    J'invite Gilles Chapadeau à se souvenir que la social-démocratie ne se rattache pas obligatoirement à la FTQ. La commission d'enquête Charbonneau risque de toute façon de nous présenter cette centrale syndicale sous un jour, plus ou moins sympathique, alors un peu de retenue de la part du nouvel adjoint de Mme Maltais serait de mise.

  • Jean-Guy Dagenais - Inscrit 21 septembre 2012 07 h 41

    Le code du travail et autres ...

    La loi qui régit la construction au Québec est un élément parmi ONZE autres, tout aussi importants, qui relèvent du Ministère du Travail. Rappelons l'exposé de Louis Delagrave à la Commission Charbonneau que plusieurs ont trouvé long et difficile à suivre. Un adjoint parlementaire venant du monde syndical ce n'est pas le premier à date. Il y a même eut des ministres qui venaient du monde syndical dans le passé.

  • André Michaud - Inscrit 21 septembre 2012 09 h 06

    Conflit d'intérêt ?

    Avec tous les ex syndicalistes au PQ on peut parler d'un conflit d'intérêt et d'un manque d'objectivité..

    Maintenir le monopole de la FTQ est injuste pour les autres travailleurs qui en subissent les conséquences au niveau de l'emploi quand ce n'est pas des gros bras..

    • Denis-Émile Giasson - Abonné 21 septembre 2012 15 h 47

      Il n'y a pas de monopole FTQ-Construction. Les syndicats de 5 centrales ou syndicats autonomes doivent représenter et «placer» leurs travailleurs selon le choix qu'ils avaient exprimés. Les derniers votes d'affiliation tenus sous le contrôle de la CCQ se sont soldé par un statu quo ante.

  • Charles F. * Doublon M.c. * Labrecque - Inscrit 21 septembre 2012 12 h 18

    Infiltration

    Sans vouloir accuser qui que se soit, je mepermet de dire, voilà la vrai méthode d'infiltration qu'utile la mafia pour atteidre son but. Il est fort possible que l'honêteté du nouveau député ne soit en cause mais il est tout de même curieux qu'il soit issu du millieux syndical qui pour toutes sortes de raisons ne désir pas perdre le contrôl du placement de la main d'oeuvre. Alors quoi de mieux que de placer ses pions à la bonne place. Alors je dit attention il y a danger dans la demeure.

    • Denis-Émile Giasson - Abonné 21 septembre 2012 15 h 52

      Bonjour la mafia!Il y avait élection publique et les citoyens ont exercer leurs droits avec les résultats que nous connaissons. J'adore ces gens qui voient des conspiratioons partout, même dans le cadre d'un processus électoral très strict, réalisé sous les feux des médias et devant la curiosité pointilleuse des journalistes. Vous faites bien, cher C. F. L. de n'accuser personne et de vous contenter de persifler.

    • Charles F. * Doublon M.c. * Labrecque - Inscrit 21 septembre 2012 16 h 27

      Denis-Émile votre réaction est celle que nos politiciens ont malheureusement toujours pratiquée vis-à vis la mafia au Québec. Aussi nous le verront bientôt durant l'enquête en cours,Comment notre attitude nous a conduit. Ce que nous entendrons vous permettra de comprendre se que j'ai exprimé. Fermons nous les yeux et bouchons-nous le nez, au grand plaisir de ces groupes.

  • Charles F. * Doublon M.c. * Labrecque - Inscrit 21 septembre 2012 18 h 48

    Erreur

    Ne croyez-vous pas que Madame a faite une grave erreur en moment le loup dans la bergerie. Il sera impératif que l'opposition garde bien ouvert les yeux pour s'assuer de limiter les dégas. C'est ça la démocratie...