Ouvrons le dialogue - L’anglais, un atout pour tous les Québécois

L’avocat Julius Grey ne se considère pas comme un anglophone, mais bien comme un Québécois qui parle deux langues.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’avocat Julius Grey ne se considère pas comme un anglophone, mais bien comme un Québécois qui parle deux langues.

Comment réagissez-vous à la victoire du PQ ?


D’abord, je ne me considère plus comme anglophone, je suis un Québécois qui parle français et anglais. C’est une distinction à faire et ce n’est pas au nom d’une collectivité anglophone que je me suis senti déçu. Le PQ est un parti que j’ai souvent appuyé et j’avais même préparé un article dans lequel je disais que c’était peut-être la meilleure alternative. Mais je ne l’ai pas publié à cause de toute cette campagne que je considérais comme sectaire avec la question de laïcité, de la loi 101 dans les cégeps et les petits commerces. Je n’ai peur ni de la souveraineté ni de la loi 101, que je considère comme une très bonne loi. Mais la campagne est devenue populiste sur une base linguistique.

 

Est-ce que les tensions sont réelles ? Si oui, ont-elles été exacerbées par la campagne électorale ?


J’ai senti une tension ou, si vous voulez, un retour vers certaines craintes. Je ne les partage pas. Mais je suis profondément déçu, car dans aucune autre campagne du PQ, personne n’a jamais soulevé ces questions de cette façon. Peut-être que c’est un malentendu ou une mauvaise formulation. Je demeure optimiste quant à l’intégration ultime de tous les Québécois, mais je trouve cela regrettable. Je sais qu’il y a des gens qui sont inquiets qui ne devraient pas l’être.

 

Comment décririez-vous la communauté anglophone du Québec ?


Je pense qu’il n’y a pas de communauté anglophone. Il y a beaucoup de gens qui parlent anglais, mais ils sont très différents. Il y en a eu une, à l’époque d’Alliance Québec. C’était le temps des anglophones traditionnels, les protestants ou catholiques Irlandais qui comptaient pour la majorité à Montréal au xixe siècle. Il reste relativement peu de ces anglophones traditionnels, mais ils sont toujours là. Il y a les anglophones bien établis, dont les membres de la communauté italienne, grecque ou juive. Et il y a les immigrants récents qui parlent anglais. Selon moi, l’anglais n’est pas quelque chose qui appartient à une communauté distincte, c’est un atout qui appartient à tous les Québécois. Sauf qu’il faut s’en servir avec prudence, pour ne pas perdre le français.

 

Est-ce que la communauté anglophone a besoin d’un porte-parole ?


Je pense qu’il est très difficile d’imaginer un leader. Les gens qui parlent anglais peuvent avoir besoin d’avocats, car il y a deux des propositions du PQ qui sont possiblement d’ordre constitutionnel. Les anglophones ont certainement besoin d’étoiles culturelles, de professeurs et de médecins. Il n’est pas souhaitable pour les anglophones d’essayer de former un groupe totalement distinct et de se considérer comme une minorité permanente à l’intérieur d’une majorité.

 

Comment rétablir le dialogue ?


Il faudrait que le gouvernement assure tous les citoyens que leurs droits seront respectés. Mme Marois l’a dit, à la soirée des élections. Et elle a bien fait de le dire en anglais. Mais il faut le réitérer. Il faut également revoir les trois questions qui ont causé le problème. Il faut discuter, et non pas imposer.

À voir en vidéo