Une femme investie d’une mission

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	Pauline Marois a toujours été capable de concilier responsabilités familiales et engagement politique.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Pauline Marois a toujours été capable de concilier responsabilités familiales et engagement politique.

L’élection d’une première femme à la tête du gouvernement du Québec a suscité beaucoup d’enthousiasme, cette semaine. Mais au-delà du symbole, aura-t-elle vraiment un impact sur la cause des femmes ?

« Je trouve ça très intéressant de voir à quel point on en parle », note Chantal Maillé, professeure en études féministes à l’Université Concordia. « Je remarque aussi qu’on a des attentes envers elle. On l’investit d’une mission. Il y a une sorte de fébrilité dans l’air en lien avec ça. »


La professeure Manon Tremblay de l’Université d’Ottawa souligne l’importance du symbole. « J’espère qu’elle servira de modèle et d’inspiration pour les jeunes femmes », note-t-elle. « Toutes les petites filles qui regardent la télé et lisent les journaux voient que le poste de premier ministre est occupé par une femme », se réjouit-elle.


« Une première, c’est toujours important », renchérit Diane Lamoureux, qui donne le cours « Femmes, féminisme et politique » à l’Université Laval. Tout de même : « Soixante-dix ans après l’obtention du droit de vote, on n’est pas à l’avant-garde non plus », ajoute-t-elle. « Il y a plein de pays du tiers monde où les femmes exercent les plus hautes fonctions, sans parler des pays nordiques. »


Au Canada, outre le Québec, trois provinces et un territoire sont dirigés par des femmes : la Colombie-Britannique (Christy Clark), l’Alberta (Alison Redford), Terre-Neuve-et-Labrador (Kathy Dunderdale) et le Nunavut (Eva Aariak).


Le Québec est toutefois en avance sur les autres provinces canadiennes par le pourcentage de femmes à l’Assemblée nationale, notait cette semaine l’organisme canadien Equal Voice. On recense en effet 41 députées sur 125, soit l’équivalent de 33 % des sièges. Seul le Yukon fait mieux avec 37 % de députées.


Ceci dit, la présence de nombreuses femmes au pouvoir n’est pas une garantie d’avancement pour le « deuxième sexe ». Comme le fait remarquer Manon Tremblay, on a vu à Ottawa des députées conservatrices s’associer au mouvement pro-vie. « Les hommes progressistes peuvent tout aussi bien contribuer à la cause des femmes », dit-elle.


Chantal Maillé souligne par ailleurs que l’Irlande et Israël ont porté au pouvoir des femmes avant nous, alors que leurs sociétés étaient beaucoup moins égalitaires.


Or personne ne semble vouloir contester l’attachement de Mme Marois à la cause des femmes. « Elle n’a pas découvert le féminisme hier matin », résume Diane Lamoureux. « Elle a commencé sa carrière politique au cabinet de Lise Payette [à la Condition féminine]. Ça a toujours été une constante dans ses engagements. »


Beaucoup soulignent aussi son rôle majeur dans la création du programme des garderies à 5 $, dont les retombées sur la conciliation travail-famille et le travail des femmes sont bien connues.


Autre réalisation : sa vie de famille. « Elle a toujours été capable de concilier responsabilités familiales et engagement politique », note Mme Maillé. Le portrait qu’a fait d’elle L’actualité tout récemment a par ailleurs bien montré l’appui qu’elle avait eu de son conjoint, note Manon Tremblay. « On pourrait dire qu’elle a eu des conditions gagnantes », lance-t-elle à la blague.


Mme Lamoureux se demande toutefois quels gestes posera le gouvernement Marois dans certains dossiers. « Il va falloir voir ce qu’elle va faire avec le Conseil du statut de la femme, parce que pour l’instant, c’est une structure qui fonctionne avec zéro budget. » Il faudrait aussi agir sur la taxe santé imposée par les libéraux, ajoute-t-elle, cette taxe touchant plus les femmes, « parce qu’elles ont des revenus plus faibles ».


Chantal Maillé se demande quant à elle si on osera envisager l’instauration de quotas de femmes dans la députation. Malgré ses ratés en France, ce système a été imposé avec succès dans de nombreux pays, note-t-elle.


Mais là comme ailleurs, il faudra vivre avec les contraintes d’un gouvernement minoritaire, souligne Mme Lamoureux. D’ailleurs, il ne faudrait pas voir dans chacune des concessions à venir une touche féminine, prévient-elle. « Si elle fait des compromis, c’est parce qu’elle n’a pas le choix. Ce n’est pas parce que c’est une femme. »


Manon Tremblay souligne qu’encore aujourd’hui, il subsiste un « double standard » pour les femmes en politique. On se soucie davantage de leur apparence, de leur façon de parler. « Elles sont encore assises entre deux chaises », dit-elle.


Elle s’attend d’ailleurs à ce que ce soit difficile pour la nouvelle première ministre. « On ne lui fera pas de cadeaux », prévoit-elle. « Au mieux, le fait d’être une femme sera un facteur neutre. Dans le pire des cas, ce sera un facteur négatif. »

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7 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 8 septembre 2012 09 h 46

    Le bien est déjà fait

    Au lendemain de l'élection de Barack Obama, un simple badaud avait eu cette réflexion, à savoir que quoi qu'il fasse par la suite, le bien que représente le seul fait de l'élection d'un Noir à la présidence des États-Unis était déjà un progrès.

    Tout le bonheur que des milliers des femmes, de petites filles, de grand-mères ont ressenti à voir au Québec cette femme remporter cette victoire, même si elle devait être de courte durée pour cette fois, ne pourra être effacé et il laissera des traces indélébiles.

    • Line Gingras - Abonnée 8 septembre 2012 17 h 57

      Je me rappelle combien je craignais, le soir de l'élection d'Obama, un attentat qui aurait abattu ce rêve à peine concrétisé.

  • Christian Ouellet - Inscrit 8 septembre 2012 20 h 54

    une femme au pouvoir

    une femme au pouvoir est une bonne chose pour les québecois surtout quand elle s'appelle Pauline Marois.

    cette femme là m'impressionne beaucoup,avec tout ce qu'elle vécu dans le parti québecois et dernièrrement au métropolis.

    bernard landry est parti pour moin que ça.

    encore bravo pour cette GRANDE DAME.

  • C. Mathieu - Inscrit 9 septembre 2012 13 h 28

    Une politicienne irresponsable

    Pendant la campagne électorale “Pauline Marois [] a affirmé qu’en vertu du projet de loi sur la citoyenneté qu’un gouvernement péquiste s’est engagé à présenter, les anglophones de souche [qu'ils viennent d'ici ou d'ailleurs] devraient connaître le français pour pouvoir se porter candidats à des élections au Québec, que ce soit à l’Assemblée nationale, dans les municipalités ou dans les commissions scolaires”.

    Devant le tolé de critiques la direction du PQ a corrigé le tir pour dire que cette politique ne s’appliquerait qu’aux nouveaux immigrants.

    Pauline Marois n’en est pas à ses premiers commentaires irréfléchis et irresponsables empreints d’intolérance et de folie linguistique à l’égard des droits de certains citoyens.

    • Christian Ouellet - Inscrit 9 septembre 2012 22 h 28

      il est normal pour une personne qui occupe un haut poste dans un organisme public ou privé parle la langue de la majorité,c'est la moindre des choses , le respect.

      je ne vois pas pourquois que c'est un scandale d'exiger de parler français.

  • Victoire Selye - Inscrit 9 septembre 2012 22 h 26

    L'arbre cache la forêt

    En ce qui me concerne, la question à savoir si Madame Marois va contribuer à la cause des femmes ne se pose même pas, puisque sa mission en tant que premier ministre n'est pas d'améliorer le sort des femmes mais bien d'assurer le bien-être et l'avenir de la population générale. Le simple fait qu'elle ait été élue premier ministre malgré qu'elle soit une femme est déjà un exploit en soi, et ce fait atteste effectivement de l'avancée de la cause des femmes. Nul besoin d'en rajouter.

    Une question bien plus pertinente à poser que personne ne semble poser est à quel point le fait qu'elle soit une femme lui mettra des bâtons dans les roues et quels sont les défis auxquels elle devra faire face simplement parce qu'elle est femme. Le jour où elle voudra consentir des dépenses à une cause le moindrement féminine, comme la santé des travailleuses du sexe ou le sort des chefs de famille monoparentale, ne soyez pas surpris d'entendre des hommes se plaindre du fait que cet argent aurait aussi bien pu servir à améliorer le sort des détenus ou des travailleurs en région éloignée, alors que ces mêmes hommes ne trouvaient rien à redire lorsque c'était Charest qui consentait des dépenses à des causes féminines.

    De même, il y aura sûrement plus d'anglophones et plus d'immigrants qui trouveront à redire à son sujet, sachant que sa connaissance et son intérêt pour l'anglais ne sont pas les mêmes que ceux de son prédécesseur.

    En ce qui concerne le commentaire de C. Mathieu, je ne vois pas en quoi elle est irresponsable de s'attendre à ce que quiconque se porte candidat ait une connaissance satisfaisante du français. Si tous savaient parler français au Québec, on n'aurait pas ce problème en partant. Les citoyens québécois francophones n'ont pas à apprendre l'anglais pour un seul fonctionnaire qui ne daigne pas apprendre la seule langue officielle de la province. Sinon, ça reviendrait à dire que les Québécois doivent s'intégrer, tels des immigrants, à la minorité linguistique du Québec.

  • Solange Bolduc - Inscrite 10 septembre 2012 11 h 47

    Du pur bon sens !

    Votre argumentation est des plus intéressantes ! Merci de nous la partager !

    Entre autre, ceci : "En ce qui me concerne, la question à savoir si Madame Marois va contribuer à la cause des femmes ne se pose même pas, puisque sa mission en tant que premier ministre n'est pas d'améliorer le sort des femmes mais bien d'assurer le bien-être et l'avenir de la population générale. Le simple fait qu'elle ait été élue premier ministre malgré qu'elle soit une femme est déjà un exploit en soi, et ce fait atteste effectivement de l'avancée de la cause des femmes. Nul besoin d'en rajouter."

    Du pur bon sens !!