La minorité du PQ soulage Ottawa

Ottawa — La minorité décrochée mardi par le Parti québécois de Pauline Marois a été accueillie par un soupir de soulagement à Ottawa. Les partis fédéraux s’attendaient au pire, mais la menace de chicanes constitutionnelles et d’un référendum imminent sera finalement bien moindre qu’anticipée.

Rapidement, c’est à la mince avance de Mme Marois que se sont accrochés les politiciens fédéraux, arguant que la première ministre élue n’aurait pas les coudées franches et qu’elle serait forcée de renoncer notamment à rouvrir le débat sur l’unité nationale. « On voit un parti minoritaire péquiste qui sera sous la surveillance d’une opposition forte fédéraliste », a commenté le lieutenant politique québécois de Stephen Harper, Christian Paradis, en ne cachant pas son soulagement.


Dès l’annonce des résultats électoraux mardi soir, le premier ministre Harper a félicité, par communiqué, la première ministre élue, mais aussi noté : « nous ne croyons pas que les Québécois veuillent rouvrir les vieilles chicanes constitutionnelles du passé ». Un discours partagé par ses collègues des autres partis. « Avec la mince avance qui a été accordée au Parti québécois, nous allons probablement voir un gouvernement minoritaire qui tente de gouverner dans l’intérêt public de la province davantage qu’en misant sur les grandes contestations constitutionnelles », a réagi le chef néodémocrate Thomas Mulcair.


Des demandes modestes


Si M. Harper s’est dit prêt à collaborer avec le gouvernement québécois sur les « objectifs communs » - en citant l’économie et la création d’emplois -, M. Paradis a été clair en précisant que Mme Marois devra présenter de modestes demandes. « On parle de fédéralisme d’ouverture en respectant les champs de compétence des provinces et du gouvernement fédéral », a-t-il martelé. Son gouvernement fera preuve de bonne foi, a-t-il insisté, mais il reviendra à Mme Marois d’en faire de même. Pas de discussion possible donc quant au rapatriement de l’assurance-emploi, a-t-il prévenu. « C’est clairement une juridiction fédérale. » Pour la langue, la culture et les communications, « on verra les demandes ». Depuis son élection de 2006, c’est la première fois que M. Harper fera face à un gouvernement souverainiste. Il lui faudra du tact, afin d’éviter de brusquer les souverainistes en étant trop dur avec leur chef ou de froisser les fédéralistes en cédant.


Les libéraux ont aussi été prompts à lire dans la victoire mitigée de Mme Marois la preuve d’un attachement au Canada chez une majorité de Québécois. Pour cette raison, croient-ils, le premier ministre Harper ne devrait pas accéder aux demandes autonomistes péquistes. M. Rae est d’accord avec M. Harper sur un point : « on ne veut pas retourner aux anciennes batailles constitutionnelles ». Et Mme Marois n’a pas de mandat pour ce faire, d’ailleurs, croit-il.


Son prédécesseur Stéphane Dion, père de la Loi sur la clarté, estime que sa ligne dure envers les souverainistes devrait être maintenue, notamment parce qu’il juge « très radical » leur désir de rapatrier certains pouvoirs. D’autant plus que, selon lui, les indications « montrent que les Québécois seraient perdants sur le plan financier, sur le plan de la qualité et de l’étendue des services publics si on faisait ce genre de transfert ».


Le Bloc québécois n’a pas souhaité réagir à l’élection, préférant attendre son propre point de presse à Ottawa jeudi.

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8 commentaires
  • Francois Gagnon - Inscrit 6 septembre 2012 07 h 18

    Encore un mauvais calcul d'Ottawa

    Ce faux état de confort d'Ottawa est justement ce que le PQ attend d'Ottawa pour faire son plaidoyer par l'absurde pour la souverainneté et ainsi préparer la deuxième étape pour l'atteinte de leur objectif numéro un.

    Cependant rien n'étonne personne dans cette attitude suffisante et de courte vue d'Ottawa.

  • Jean Lapointe - Abonné 6 septembre 2012 08 h 48

    Le mur a parlé


    Depuis des années on frappe un mur à Ottawa.

    Et ces gens-là se disent démocrates.

    Elle est belle leur démocratie!

    • Michel Richard - Inscrit 6 septembre 2012 14 h 24

      Le démocrate n'est peut-être pas celui qu'on pense. Les Québecois ont voté "non" deux fois et son aujourd'hui en grande majorité contre l'indépendance.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 6 septembre 2012 18 h 23

      Les Québécois ont voté deux fois, mais la démocratie leur permet de voter une autre fois, et s'il est vrai qu'ils sont en majorité contre l'indépendance, ils voterons en majorité "Non". C'est tout à fait démocratique, ça.

      Par contre, que le fédéral se permette de chercher à contrer la souveraineté du Québec, ce ne l'est pas.

  • Franklin Bernard - Inscrit 6 septembre 2012 09 h 49

    Dont acte

    Maintenant, Harper va se croire autorisé à continuer à mépriser le Québec, et à gouverner une fédération canadienne de plus en plus »canadian» et de plus en plus éloignée des valeurs démocratiques et sociales du Québec. De ça aussi, on peut remercier Charest.

  • - Inscrit 6 septembre 2012 12 h 12

    Toujours...

    Toujours un soulagement pour Ottawa quand le Québec est plus faible qu'escompté ! Mais ça, les Québécois ne le perçovent jamais !

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 6 septembre 2012 13 h 08

    Deux pays

    On se fiche pas mal de ce que pense Harper. Il est le chef d’un autre pays avec lequel nous avons de moins en moins de connivence.

    Le fossé entre le ROC et le Québec s'élargit sans cesse. Les épisodes de monarchite aigüe et de fierté ( ?) militariste chez Harper et son gouvernement ultra-conservateur, droitiste, fondamentaliste et rétrograde nous révèle une fois de plus que les Québécois ne se reconnaissent pas dans ce pays bancal qu’est le Canada.

    On constate de plus en plus que les valeurs et les priorités du Canada ne sont pas représentatives de celles du Québec. Ainsi les récentes nominations d’unilingues anglophones à des postes-clé par Harper et son gouvernement ultra-conservateur, droitiste et rétrograde.

    Le Canada est sorti de la tête des Québécois. Le Canada aux deux peuples fondateurs est mort, grâce à l’intransigeance du Canada anglais envers les francophones depuis l’Acte d’Union, le million de Métis anglicisés de force, le règlement 17 en Ontario, et l’hypocrisie actuelle du bilinguisme de façade.

    Harpeur oublie le Québec et les Canadiens-Français. Réciproquement, beaucoup de Québécois ne se sentent plus aucun lien avec ce Canada bancal, à part le fait de se faire siphonner la moitié de leurs impôts par un gouvernement va-t-en-guerre ( 5 milliards de $ venant du Québec pour la guerre en Agfghanistan), constructeur de prisons, royaliste, etc.

    Le Canada (i.e. le ROC) a un grand intérêt économique (sûrement pas amoureux) à conserver le Québec dans le Canada. Ce ne sont pas nos beaux yeux qui les attirent, mais nos immenses richesses naturelles. On se fait harponner. Et pas à peu près.

    Le Canada n’est pas UN vrai pays, il y a en réalité DEUX pays au nord du 45e parallèle.

    Deux langues, deux mentalités, deux pays.

    Vive le Québec républicain, francophone et souverain!