Exploitation de l'uranium - Pauline Marois ne dit pas non au projet Matoush

Pauline Marois a rencontré l'équipe éditoriale du Devoir jeudi dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pauline Marois a rencontré l'équipe éditoriale du Devoir jeudi dernier.

Un gouvernement du Parti québécois ne rejetterait pas d’emblée l’exploration et l’exploitation de l’uranium comme le Projet Matoush, au nord de Chibougamau. 

Lors d’une entrevue avec l’équipe éditoriale du Devoir, jeudi dernier, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a affirmé que les projets de mines d’uranium doivent être étudiés en fonction notamment de la proximité de la population. Ainsi, si le projet de Sept-Iles qui a soulevé la grogne populaire, n’obtient pas grâce à ses yeux, celui mené par la firme Ressources Stateco ne soulève pas chez-elle la même réticence.
 
«On n’a jamais rejeté l’exploitation de l’uranium. Ça dépend dans quelles conditions cela se fait», a déclaré la chef péquiste. 
 
Le Projet Matoush est situé à environ 275 kilomètres au nord de Chibougamau. Dans le cadre du Plan nord, le gouvernement du Québec a enclenché en février dernier la construction de la première infrastructure permettant le développement minier du nord québécois. La route 167 qui s’arrête à l’heure actuelle un peu au nord de la communauté crie de Mistissini, doit être prolongée jusqu’aux monts Otish où se trouve une mine de diamants appartenant à Stornoway. À mi-chemin, la filière uranifère Matoush est en activité depuis 2006 sur un territoire de 312 km carrés appartenant à Strateco. 
 
Le Grand Conseil des Cris s’est prononcé le mois dernier contre le Projet Matoush, estimant qu’il comporte un danger potentiel pour l’environnement et la santé de la population. À Chibougamau, Strateco a des appuis. Mettre fin au Projet Matoush obligerait le gouvernement à verser une compensation financière à la compagnie minière selon son dirigeant, Guy Hébert. 
 
Réviser le Plan nord 

Un gouvernement péquiste s’attarderait aux contrats concernant le prolongement de la route 167 mais ne remettrait pas pour autant en question ce développement. «On souhaite qu’il y ait une autre façon de partager les efforts entre les entreprises minières et le gouvernement du Québec», a expliqué Pauline Marois. 
 
Si cette dernière est élue mardi, elle révisera les contours de la Société du Plan nord que le gouvernement du Québec a prévu mettre en place pour coordonner le développement du Nord québécois. Le projet de loi n’a toutefois pas été adopté à ce jour.
 
«Nous avions beaucoup d’objections à ce que sortent du périmètre du gouvernement les décisions majeures et les investissements dans les infrastructures», a indiqué Mme Marois qui estime que le siège social de cette future société doit être sur le territoire du Nord. Ella a également indiqué que son gouvernement associerait les citoyens du Nord au déploiement de ce vaste territoire. 
 
Sur ce thème, la chef du Parti québécois a indiqué au Devoir qu’elle entendait nommer un ministre de la Gouvernance démocratique. Son mandat sera entre autres de s’assurer que les programmes, les politiques et les services gouvernementaux soient adaptés aux particularités de Montréal, de Québec et des régions. Les citoyens pourraient ainsi faire valoir leurs différents points de vue. 
 
Anglais intensif 

Parmi les nombreuses révisions que pourrait effectuer un éventuel gouvernement péquiste, on compte l’enseignement intensif de l’anglais en sixième année du primaire. La décision du gouvernement libéral a commencé à s’appliquer avec la présente rentrée scolaire et le changement doit être mis en place progressivement au cours des prochaines années. 
 
Un gouvernement dirigé par Pauline Marois pourrait revoir un programme. Le PQ opterait pour l’apprentissage de l’anglais au secondaire, a indiqué Mme Marois. «Je ne suis pas une Matamore. On va regarder l’état des lieux. On peut corriger le tir dès janvier. Mais en même temps, on ne se mettra pas à bousculer tout le monde», a ajouté la chef péquiste. 
 
Corruption 

Dans le délicat dossier de lutte à la corruption, Mme Marois a déjà mentionné son intention de donner un nouveau rôle à la Commission municipale afin de serrer la vis dans les municipalités où il y a des dérapages. La Ville de Mascouche dont le maire Richard Marcotte est accusé de fraude est dans la mire. 
 
Pauline Marois se montre moins tranchée lorsqu’il est question de l’utilisation partisane des fonds publics de huit grandes villes du Québec dont Laval. «Est-ce qu’on demandera un remboursement ou on fera autre chose? [...] Si on a assez de preuves, on le fera. On va agir, c’est sûr», a-t-elle affirmé. 
 
En avril dernier, le ministère des Affaires municipales a rendu publique une vérification faite sur l’utilisation du budget de recherche et secrétariat tel que le prévoit la Loi sur les cités et villes du Québec. Le ministère a conclu que seulement 2 % des dépenses faites à cet égard sont conformes à la Loi. 
 
C’est à la Ville de Laval que le problème est le plus important. Entre 2004 et 2010, aucune des  dépenses remboursées à titre de recherche ou de secrétariat ne correspondent à la définition légale. Ainsi, le parti du maire Gilles Vaillancourt, le PRO des Lavallois, a empoché 3,6 millions de dollars pour amener ses partisans à la cabane à sucre, payer des stratèges politiques ou publier de la publicité et commander des sondages sur sa popularité. 
 
Plus largement sur les questions de corruption au sein de la machine gouvernementale, la chef du Parti québécois a dit qu’elle sera intraitable si elle devient première ministre. «On ne s’empêchera pas d’intervenir partout où c’est nécessaire et où on est passé à côté des règles», a-t-elle donné l’assurance.
 
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