Exode des médecins - Barrette contredit Legault

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	François Legault et Gaétan Barrette ont rencontré la presse mercredi après-midi à Saint-Bruno-de-Montarville.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
François Legault et Gaétan Barrette ont rencontré la presse mercredi après-midi à Saint-Bruno-de-Montarville.

Le Dr Gaétan Barrette et son chef François Legault ne sont pas sur la même longueur d’onde concernant l’exode des médecins. Si le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) juge inacceptable que des médecins plient bagage une fois leurs études terminées et envisage même de les obliger à rembourser le coût de leur scolarité, son candidat-vedette n’y voit pour sa part aucun problème.


« C’est peut-être souhaitable, mais pas faisable », affirme le Dr Barrette, qui réagissait mercredi matin aux propos tenus la veille par M. Legault. Selon celui que François Legault a déjà désigné comme ministre de la Santé dans un éventuel gouvernement caquiste, la déclaration de son chef est liée aux demandes assidues des électeurs. Dans la population, le départ de jeunes médecins formés à grands frais au Québec est associé à un gaspillage de fonds publics, reconnaît le Dr Barrette, qui soutient toutefois qu’il s’agit là d’un faux débat en 2012 compte tenu du fait que des médecins formés à l’étranger travaillent au Québec. Il n’y a donc pas lieu d’agir, croit-il, contredisant ainsi son chef.


En entrevue éditoriale au Devoir mardi, François Legault s’est dit prêt à forcer la main des nouveaux diplômés en recourant à la clause dérogatoire, communément appelée la clause nonobstant. François Legault a lancé l’idée en aparté d’une longue plaidoirie sur ses priorités politiques. « La clause nonobstant, êtes-vous sérieux ? », lui a-t-on demandé. « Très sérieux », a affirmé M. Legault avant d’enchaîner sur le sujet du moment.


Ce n’est qu’à la fin de l’entrevue que l’équipe du Devoir est revenue à la charge sur cette question. M. Legault a alors rappelé qu’il s’agissait d’une préoccupation qu’il avait depuis fort longtemps, devant une situation jugée « inacceptable ». Le Devoir rapportait d’ailleurs en 2003 l’inquiétude du ministre de la Santé d’alors, François Legault, devant l’exode des jeunes médecins. Déjà, à cette époque, il cherchait une façon de stopper la saignée qui touchait particulièrement les diplômés de l’Université McGill et n’« excluait aucune solution ». « Parce qu’on s’apprête à financer des projets importants à Montréal [le CHUM et le CUSM], on veut être certains que la formation qu’on donne aux étudiants serve aussi à tous les patients québécois », disait-il.


En 2003, le Québec connaissait une importante pénurie de médecins. C’est dans ce contexte que Le Devoir avait révélé qu’au cours de la dernière décennie, 60 % des médecins fraîchement diplômés de McGill avaient déserté le Québec deux ans plus tard. À l’inverse, 88 % des médecins issus des facultés de langue française pratiquaient au Québec. Les statistiques de l’Association canadienne des facultés de médecine démontrent qu’en 2008, 52 % des médecins formés à McGill ont plié bagage pour pratiquer à l’étranger.


Mercredi, François Legault a soutenu qu’à l’époque, il avait songé à utiliser la clause dérogatoire (pour se soustraire à la Charte canadienne des droits et libertés), ce qu’il envisage toujours.

 

Solution de dernier recours


Le chef de la CAQ a toutefois voulu accorder les violons de son parti en milieu d’après-midi. « On s’entend tous pour dire qu’il y a un problème [d’exode], en particulier à l’Université McGill », a-t-il dit depuis Saint-Bruno - et aux côtés du Dr Barrette.


M. Legault trouve donc « inacceptable » la situation et ne « connaît pas de Québécois qui vont dire que ce n’est pas un problème ». Mais deux remèdes sont possibles, a indiqué M. Legault : des mesures « incitatives » permettant de rendre la profession plus attrayante au Québec et des mesures « coercitives », comme la clause dérogatoire évoquée mercredi dans Le Devoir.


« Pour l’instant, ce n’est pas dans nos intentions à court terme d’utiliser cette clause », a précisé le chef de la CAQ. Il préfère « aller du côté incitatif ». « Les solutions ne sont pas faciles, dit-il. Demander que les médecins pratiquent un certain nombre d’années en échange de la contribution de l’État ne respecterait pas la Charte. Il faudrait donc utiliser la clause nonobstant. Mais je l’ai dit, je le redis : c’est un dernier recours. Il faut trouver des moyens incitatifs - parce que garder les gens de force, personne ne souhaite ça. On veut plutôt trouver des manières de motiver les médecins à rester. »


Ainsi François Legault donne-t-il comme exemple la possibilité d’avoir « des campus dans des régions où on manque de médecins », de façon à ce que les jeunes médecins développent des liens dans ces milieux (plutôt que d’y être parachutés à la fin de leurs études).


« Je comprends que beaucoup de médecins préféreraient travailler à Montréal, dit-il. Mais on a un certain devoir d’offrir un service dans toutes les régions du Québec. Alors, comment peut-on le faire sur une base incitative pour qu’ils soient heureux de le faire » et ne cherchent pas à quitter la province ? C’est là le type de réflexion qui prime sur le recours à la clause dérogatoire. « Mais ça fait partie des problèmes qu’il faut régler », a répété M. Legault.


De son côté, Gaétan Barrette maintient sa position, basée sur une vision opposée à celle de son chef. « Ma position ne change pas », a-t-il affirmé mercredi.


En entrevue radiophonique au 98,5 FM, en juin dernier, le Dr Barrette jugeait que l’idée d’exiger que les jeunes médecins remboursent le coût de leur formation s’ils ne pratiquent pas au Québec était « une énormité ». « Ça n’a pas de sens, insistait-il. Ce sont nos parents qui ont payé ces impôts-là. Nos parents ont choisi collectivement d’avoir un système d’éducation accessible et il l’est pour tout le monde », disait alors le Dr Barrette.


L’Université McGill est également intervenue dans le débat. Par voie de communiqué, l’établissement a souligné que 75 % des étudiants résidents demeurent au Québec une fois leur formation complétée, selon des statistiques remontant à 2009. « Il nous tient à coeur de servir la population québécoise et nous continuerons à travailler en étroite collaboration avec le gouvernement québécois afin d’encourager les médecins formés au Québec à demeurer ici », a indiqué le doyen de la Faculté de médecine à McGill, le Dr David Eidelman.


Ce dernier a également rappelé que McGill et ses hôpitaux représentent « un pôle d’attraction d’envergure pour le recrutement de médecins et de chercheurs des quatre coins du monde ».

***
 

 

 

Les jeunes médecins appuient la CAQ


Abolir progressivement les activités médicales particulières (AMP) et modifier la Loi pour que les médecins de famille puissent déléguer certains actes à du personnel paramédical sans perte de rémunération : voilà en quoi consiste le dernier pan de la stratégie santé de la CAQ, dévoilé mercredi, qui lui a valu l’appui de l’Association des jeunes médecins du Québec.
 

« Le programme santé de la CAQ apparaît comme le plus crédible pour régler les problèmes d’accès », a mentionné le président de l’association, François-Pierre Gladu, dont le conseil d’administration a entériné la position.


Mises en place en 1992 pour répondre à certains « bris de service » — et renforcées en 2002 par François Legault —, les AMP font en sorte que les médecins de famille « passent de 40 à 45 % de leur temps dans les hôpitaux », a soutenu M. Legault. « Les AMP devaient être là de manière temporaire, mais c’est devenu la norme pour tous les médecins. »
 

L’obligation de passer du temps à l’hôpital sera donc abolie progressivement dans les deux premières années d’un gouvernement de la CAQ, de manière à permettre aux médecins de travailler davantage en cabinet. L’idée avait déjà été évoquée par la CAQ, mais jamais promise aussi clairement.
 

Le deuxième volet de la stratégie dévoilée mercredi modifierait la Loi sur l’assurance-maladie pour permettre aux médecins de déléguer des actes à du personnel paramédical tout en étant rémunérés. Gaétan Barrette a donné l’exemple d’un médecin qui délègue à un technologue un électrocardiogramme d’effort.


Selon M. Barrette, ces deux mesures permettront aux médecins de famille de passer d’une « Lada à une Formule 1 » et elles enlèveront des « menottes » à ces omnipraticiens.


À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le président Louis Godin s’est réjoui. « Ce sont deux éléments qui sont tout à fait souhaitables », a-t-il dit.

 

 

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13 commentaires
  • Maria Rita - Inscrit 30 août 2012 07 h 50

    Veux-tu jouer de faire semblant?

    Empêcher les médecins de quitter la province de Québec offre une solution palliative que va causer des autres problèmes. Empêcher les immigrants, que ne réussissent pas à s’intégrer au Québec, d’aller vivre dans une autre province pourrait être une solution palliative mais ne résoudre pas la cause. Empêcher les personnes d’avoir accès à école en Anglais cause des autres problèmes mais ne résoudre para la racine de problème.

    La société québécoise doivent prendre le chemin plus dure et regarder à la cause de ses problèmes et ne pas supporter de politiciens que veux gagner des élection en offrant des solution que cause problèmes et ne les résoudront pas.

    Le problème de rétention de médecins au Québec a comme cause un modelé économique insoutenable. Les couts pour maintenir les services sociaux au Québec empêchent d’à avoir une économie plus solide. Et à cause de ça, les médecins que profitent d’un modelé de frais scolaires subventionnée préfèrent exercer leur profession dehors de Québec où la économie est plus solide et leur offrent mieux conditions de vie.

    Est-ce que nous sommes prêtes à parler de ça? Ou c’est plus facile d’élire des candidats que faire semblant de résoudre les problèmes.

  • Roger Gagnon - Inscrit 30 août 2012 08 h 22

    Exode des médecins

    Je suis entièrement en accord avec Legault,il y a un ména àfaire dans le domaine de la santée.IL serait bon que le collège des médecins descende de son piédestal et pense plus aux patients qu'à leur main mise sur le sistème.Félicitation aux jeunes médecins,qui ont compris,ils sont concients qui a un ménage à faire.Plus de responsabilité aux suppert infirmières et le systèmes s'en porteras que mieux et une solution un patient un médecin.
    Roger Gagnon La-Pérade.

    • Jacques Beaudry - Inscrit 30 août 2012 11 h 27

      Ben oui on va payer les médcins sans qu'ils n'aient à doner le service eux-mêmes. Pa 'économie en vue. Faut voir plus loin que son nez.

  • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 30 août 2012 08 h 45

    Qui paie vraiment

    Je me suis lancé dans un petit calcul, qui je l'admet, est d'une très grande imprécision, mais d'une précision suffisante pour démontrer que M. Barrette se trompe lorsqu'il déclare que ce sont les parents des étudiants en médecine qui paient leur formation.

    À moins que M. Barrette ne prétende que les médecins soient fils et filles de médecin, voici à quoi ressemble, en gros, le portrait de ce qu'il avance, avec des salaires moyens.

    Prenons un ménage ayant un revenu annuel de 80 000$ annuel. Et permettez-moi au passage d'écorcher la CAQ dans ma mise en situation, la mère gagne 35 000$ annuellement malgré un niveau d'étude supérieur à son mari qui en gagne 45 000 $, parce qu'elle considère son salaire moins important à ses yeux.

    Je crois avoir lu et encore une fois je ne garanti pas l'exactitude de mes chiffres, que la formation d'un médecin coûte 160 000$ au total. S'il appartient au parents de payer, ces parents hypothétiques, travaillants de 20 ans à 65 ans, au même salaire, paieront un total de 3865$ annuellement en impôt au provincial (calculé sur le site http://www.calculdesalaire.net/salairenetquebec.ht ). Le coût de la formation de leur protégé coûterais, quant à elle, réparti annuellement sur leur période active, 3555$ . Il reste donc, des impôts payés par ces parents, que 310$ à repartir pour contribuer à l'ensemble des autres services offerts par la province.

    Je le redit, mon calcul est très inexact, je ne suis pas comptable, et je l'assume pleinement. Mais je crois que ma petite démonstration suffit à reprendre M. Barrette sur un point. Je crois qu'au Québec, fiscalement, la réalité est que les parents assument, par leurs impôts, la gratuité scolaire jusqu'au secondaire 5, mais les études universitaires, elles, sont remboursées par ces étudiants une fois rendu sur le marché du travail.

  • Lefebvre Bertrand - Inscrit 30 août 2012 09 h 11

    Gaétan Barrette est encore au coeur d’un litige

    Rappelons d’abord que Gaétan Barrette est encore au coeur d’un litige en ce qui a trait à sa pratique dans l’épineux dossier d’une demande des dirigeants de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont auprès du Collège des médecins afin de trouver un expert capable de réévaluer les radiographies de 31 patients du Dr Barrette dans le but de statuer sur la pertinence d’évaluer sa pratique médicale…

    Par ailleurs, Gaétan Barrette sera cité en procès en septembre prochain pour lobbyisme illégal auprès du gouvernement, et, quoiqu’il ait reconnu les faits reprochés sous quatre chefs d’accusation, il a l’intention de plaider non coupable et de contester la loi stipulant qu’il faut s’enregistrer pour exercer du lobbyisme.

  • Sylvain Auclair - Abonné 30 août 2012 10 h 19

    Il y aurait une autre solution

    Fermer la fac de médecine de McGill. Les autres universités pourraient accroître leurs capacités, ou une constituante de l'UQ pourrait ouvrir sa propre fac.

    • Jacques Nadon - Inscrit 30 août 2012 21 h 48

      On fermera la faculté de médecine de l'Université Laval si quelques médecins vont pratiquer ailleurs?

      Avec les coupures des subventions fédérales des centres de recherches scientifiques plusieurs équipes de chercheurs ont été contraints d'aller voir ailleurs. Doit-on fermer toutes les facultés de science des universités?

      Un étudiant étranger en médecine à McGill paie 37 000 $ de plus qu'un étudiant québécois en première année, environ 21000 en 2e... pour un total de 109,000 $ au bout de 4 ans tandis qu'un étudiant québécois paie autour de 24000$.

      Je suis seulement un enseignant du primaire et j'ai fait mes études à l'extérieur du Québec. Je n'ai jamais enseigné dans la province où j'ai obtenu mes baccalauréats. Depuis 20 ans, j'enseigne au Québec. Devrait-on fermer le département d'éducation de l'université que j'ai fréquentée? La cohorte des diplômés en éducation était de 6 étudiants : 5 enseignent à l'extérieur de la province. Seulement un a pu y décrocher un emploi. Ma formation est totalement différente de celle de mes collègues et je contribue à ma façon à modifier les pratiques.

      Combien de médecin québécois pratiquent à l'étranger?
      Combien partent? Combien reviennent? Quand on se rapportent aux années 90, il serait intéressant de comprendre les raisons pour lesquelles les médecins partaient? Combien reviennent enrichir le système avec une nouvelle pratique et une nouvelle expertise?
      Cela n'a pas été abordé dans al position de la CAQ!