Le dîner de politiciens

Le chef de la CAQ, François Legault, ne s’attendait sans doute pas à être confronté à un adversaire lors de son passage à la Chambre de commerce de l'Est de Montréal. Après ce face à face imposé, M. Legault, désormais accompagné de sa conjointe, Isabelle Brais, s’est rendu à Saint-Bruno-de-Montarville.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le chef de la CAQ, François Legault, ne s’attendait sans doute pas à être confronté à un adversaire lors de son passage à la Chambre de commerce de l'Est de Montréal. Après ce face à face imposé, M. Legault, désormais accompagné de sa conjointe, Isabelle Brais, s’est rendu à Saint-Bruno-de-Montarville.

Audacieux commando ou acte de « désespoir » d’un candidat en « manque de tribune » ? Les opinions variaient mercredi après l’irruption de Jean-François Lisée dans la campagne de François Legault. M. Lisée a volé la vedette au chef de la CAQ en le confrontant après un discours devant la Chambre de commerce de l’est de Montréal.

C’est à une sorte de « deux pour un » qu’a eu droit le public d’une centaine de femmes et d’hommes d’affaires mercredi matin, près d’Anjou : beaucoup de François Legault, et un peu de Jean-François Lisée. Le candidat péquiste dans Rosemont a fait un geste plutôt inhabituel en venant questionner le chef d’un autre parti au cours d’une activité publique. L’intervention a suscité à la fois malaise et amusement.


François Legault, lui, n’a pas apprécié. « On connaît tous Jean-François Lisée, qui adore les débats. Je l’ai déjà qualifié de sophiste: c’est un spécialiste qui serait capable de défendre une chose et le lendemain son contraire - et d’être aussi bon d’un côté comme de l’autre. Il est en manque de tribune ; probablement que sa chef ne lui en donne pas assez. Donc, il a choisi de venir poser des questions comme si c’était un homme d’affaires de l’Est ? Personne n’a été dupe », a commenté M. Legault en fin de journée. « Je vous laisse juger si les péquistes sont désespérés pour tenter ce genre de pratique », avait-il dit plus tôt.


L’ex-conseiller et commentateur politique s’est pointé au micro dès la fin du discours de M. Legault, qui venait de décliner (sans notes) les grandes lignes de sa plateforme. La suite montrera que M. Lisée a monopolisé toute la première moitié de la période de questions de 15 minutes…


En tant que candidat d’une circonscription de l’est de Montréal, M. Lisée voulait savoir ce que pensait M. Legault du projet de prolongement de la ligne bleue du métro, que le Parti québécois a établi comme priorité de son plan en transport en commun (avec le train vers l’Est). Il a aussi demandé pourquoi la CAQ s’engageait à rénover plusieurs hôpitaux des banlieues de Montréal, mais pas Maisonneuve-Rosemont.


Visiblement un peu mal à l’aise devant cette intervention, M. Legault a répondu que la CAQ serait un « gouvernement responsable » qui « examinera tout projet d’infrastructure » pour établir la liste des priorités. « Ce sera en fonction des coûts et des retombées », a-t-il dit.


Selon M. Legault, ni le PQ ni la CAQ n’ont les informations nécessaires pour « dire voici quel sera l’ordre de priorité » des projets pour la métropole. « Quand on aura cette information, on s’occupera d’établir les priorités en fonction du meilleur rendement coût-bénéfice. Et je sais que le train a un meilleur rendement que le métro », a expliqué M. Legault.


Ce dernier s’est alors demandé si le PQ « est pour faire le train de l’Est avant le métro ? », ce qui a incité Jean-François Lisée à revenir au micro (il avait pris place à deux pieds de celui-ci pour le déjeuner).


- Est-ce que c’est un débat ce matin ? a demandé M. Legault.


- Vous me posez une question, a répliqué M. Lisée.


- Écoutez, c’était plus sous une forme interrogative, a répondu M. Legault.


Et M. Lisée de trancher avec ironie : « Bien oui, une question interrogative, c’est ça… »


Les deux hommes se sont obstinés un peu sur les priorités de chacun - M. Lisée essayant de démontrer que la CAQ priorise les projets pour la banlieue, M. Legault soutenant que « le train qui desservira Repentigny n’est pas une priorité pour le PQ ».


M. Lisée a quitté la salle après cet échange d’une dizaine de minutes, les journalistes à sa suite. Était-ce un commando ? « Pas du tout », a dit M. Lisée, qui avait payé sa place. Il estime que c’était « important » de poser les questions soulevées.


M. Lisée a ajouté ne pas avoir « besoin d’autorisation » de Pauline Marois pour « représenter les gens de Rosemont ». Et Mme Marois l’a plus tard adoubé. « C’était audacieux de sa part, mais je crois qu’éclaircir certains points de vue, ce n’est pas mauvais », a-t-elle dit.

17 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 30 août 2012 04 h 34

    La CAQ priorise les moyens pour obtenir le pouvoir.

    C'est d'ailleurs un peu ce que font les Libéraux qui promettent mers et mondes à qui voteraient pour eux.

    Entre Legault et Lisée, sans aucune hésitation, je préfère entendre Lisée le gladiateur que Legault l'attentiste qui veut le pouvoir.

  • Pierre Vincent - Abonné 30 août 2012 04 h 44

    Excellente intervention de M. Lisée...

    Et s'il continue sur sa lancée, Jean-François Lisée devrait également poser des questions au futur chef de l'opposition lorsqu'ils siègeront ensemble à l'Assemblée nationale...

  • Chantale Desjardins - Abonnée 30 août 2012 05 h 06

    M. Lisée a bien agit

    M. Lisée a posé un geste intelligent et si tous avaient le courage de questionner les candidats et surtout le chef sur des promesses électorales et l'endroit était bien choisi. Il est temps que les promesses électorales soient confrontées par le public et M. Lisée était apte à le faire.

  • Ginette Bertrand - Inscrite 30 août 2012 05 h 16

    Manque de savoir-vivre

    Monopoliser 15 minutes sur 30 d'une période de questions dans une rencontre de gens d'affaires avec un chef de parti politique, quand on est le candidat d'un parti adverse et nullement "chambre de commerce", est un manque de savoir-vivre pur et simple. À quelques jours d'une élection cruciale pour son parti, M. Lisée n'a pu résister à son penchant pour l'esbrouffe et sa passion des kodak. Madame Marois avait bien besoin de ça! Comme esprit d'équipe, faudra repasser.
    J'enrage.

  • Gilles Théberge - Abonné 30 août 2012 08 h 19

    Bof

    Dans les campagnes électorales tout semble se permettre, même si tout ne l'est pas.

    Par exemple faire voter des gens qui ne se souviennent plus de leur propre nom, en accompagnant l'électeur jusque sur le bulletin de vote;

    Par exemple aussi, faire du porte à porte, et, comme le candidat de la CAQ dans mon comté, rappeler aux vieux qu'ils risquent de perdre leur pensions'ils votent pour le PQ...

    Ça ne fera pas les manchettes. Ce n'est pas flamboyant. Mais ça peut être drôlement efficace et infléchir l'issue du vote davantage qu'un spectacle public.