Lisée fait irruption dans la campagne de Legault

Audacieux commando, ou acte de désespoir? Le candidat péquiste Jean-François Lisée a fait irruption dans la campagne de la Coalition avenir Québec (CAQ) en monopolisant le début de la période de questions suivant une intervention de François Legault devant la Chambre de commerce de l'Est de Montréal, mercredi matin.

L'ex-conseiller et commentateur politique, s'est pointé au micro dès la fin du discours de M. Legault, qui venait de décliner les grandes lignes de sa plateforme devant une centaine de personnes. Il a d'abord pointé du doigt le manque d'engagements de M. Legault envers le projet de prolongement de la ligne bleue du métro, jugé prioritaire par le Parti québécois.

«Il y a une coalition de 82 maires de la région qui ont déterminé que l'extension de la ligne bleue est une priorité parmi tous les projets [de transport en commun], a lancé M. Lisée. Ils ne disent pas qu'ils ne veulent pas de train de banlieue: ils disent que dans l'ordre, il faut faire la ligne bleue dans l'Est.»

M. Lisée a aussi demandé pourquoi la CAQ, par la voix de Gaétan Barrette, a promis plusieurs rénovations d'hôpitaux dans les banlieues de Montréal [là où la CAQ a de bonnes chances de faire des gains], mais rien pour l'hôpital Maisonneuve-Rosemont (qui est dans la circonscription qu'il tente de conquérir).

Visiblement un peu mal à l'aise par cette intervention, M. Legault a répondu que la CAQ serait un «gouvernement responsable» qui «examinera tout projet d'infrastructure» pour établir une priorité. «Ce sera en fonction des coûts et des retombées», a-t-il dit, en soutenant que «le train coûte moins cher que le métro».

Selon M. Legault, ni le PQ, ni la CAQ, n'ont les informations nécessaires pour «dire voici quel sera l'ordre de priorité» des projets pour la métropole. Il avait tenu le même discours au jardin zoologique de Québec la semaine dernière. «Quand on aura cette information, on s'occupera d'établir les priorités en fonction du meilleur rendement coût-bénéfice. Et je sais que le train a un meilleur rendement que le métro».

Jean-François Lisée est revenu au micro alors que François Legault se posait la question à savoir si la priorité péquiste était pour le train de l'Est ou le métro. Voyant son ex-collègue reprendre la parole, M. Legault s'est interrogé: «Est-ce que c'est un débat ce matin?»

- Vous me posez une question, a répliqué M. Lisée.

- C'était plus sous une forme interrogative, a répondu M. Legault.

Et M. Lisée de trancher: «Une question interrogative, c'est ça...»

Les deux hommes se sont obstinés un peu sur les priorités de chacun — M. Lisée essayant de démontrer que la CAQ priorise les projets pour la banlieue, M. Legault soutenant que «le train qui desservira Repentigny n'est pas une priorité pour le PQ».

M. Lisée a quitté la salle après cet échange d'une dizaine de minutes, les journalistes à sa suite. Était-ce un commando? «Pas du tout», a dit M. Lisée en rappelant son objectif: rappeler à François Legault les priorités établies par les intervenants de la région.

Il estime que c'était «important» de poser les questions qu'il a soulevées. «Les gens sont polis: ils l'ont écouté parler de ses priorités nationales».  Si malaise il y a eu, c'était chez François Legault, a dit Jean-François Lisée. «Les gens dans la salle savent qu'ils se sont battus pour la ligne bleue. C'est bon qu'on puisse poser des questions et qu'il confirme que pour lui c'est : on verra.»

M. Lisée a finalement dit ne pas avoir «besoin d'autorisation» de Pauline Marois pour «représenter les gens de Rosemont». Il a indiqué sur Twitter avoir payé sa place.

Questionné alors qu'il quittait la salle — où il a reçu un bon accueil —, François Legault a dit espérer «qu'il a réussi à convaincre Jean-François Lisée de voter pour la coalition. Je vous laisse juger si les péquistes sont désespérés» pour tenter ce genre de pratique.

Plus de détails à venir.

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