Charest n’a «aucun doute» sur l’appui des anglophones


	L’éditeur de The Suburban, Beryl Wajsman, à droite, discute avec Jean Charest à l’arrivée de celui-ci à Kirkland, samedi. L’épouse du chef libéral, Michèle Dionne, immortalise la scène.
Photo: Antoine Robitaille Le Devoir
L’éditeur de The Suburban, Beryl Wajsman, à droite, discute avec Jean Charest à l’arrivée de celui-ci à Kirkland, samedi. L’épouse du chef libéral, Michèle Dionne, immortalise la scène.

Gatineau – Jean Charest soutient n’avoir « aucun doute » sur le fait que la communauté anglophone va l’appuyer en bloc le 4 septembre, même si des sondages ont indiqué un certain tassement du vote de cette clientèle habituellement acquise au Parti libéral du Québec. Des personnalités comme Robert Libman ont beau avoir appelé à donner une chance à la Coalition avenir Québec (CAQ), Jean Charest ne s’inquiète guère : « Je n’ai pas de doute, aucun doute. […] C’est une communauté qui ne veut pas voir un retour à des débats acrimonieux, que ce soit sur le référendum ou sur les solutions simplistes de M. Legault. Ils ne veulent sûrement pas voir le démantèlement de leurs commissions scolaires. Personne ne veut ça dans cette communauté », a-t-il déclaré hier à Gatineau.

Le chef libéral peut entre autres compter sur l’appui de Beryl Wajsman, éditeur de The Suburban et The Métropolitain, deux publications anglophones, et aussi chroniqueur à la radio. Samedi à Kirkland, M. Wajsman a tenu à s’entretenir avec M. Charest lorsque ce dernier est arrivé boulevard Saint-Charles au Restaurant Le Vieux Four Manago, avec son épouse, Michèle Dionne, ainsi que la ministre de la Famille et députée de Nelligan, Yolande James. M. Wajsman a alors félicité Jean Charest pour son discours de jeudi soir à Laval. Un discours de la trempe « de ceux qu’il a livrés en 1995 pendant le référendum », a expliqué M. Wajsman hier, lorsque Le Devoir l’a joint. Aux yeux de M. Wajsman, l’élection du 4 septembre est la plus importante depuis le référendum de 1995 pour la communauté anglophone.


Il soutient que celle-ci va se rallier à Jean Charest d’abord pour des raisons linguistiques. Certes, le compromis de la loi sur les écoles passerelles, la loi 115, a déçu une bonne partie de la communauté, dont l’avocat Brent Tyler. Ceux-ci auraient souhaité que la passerelle soit plus directe pour accéder à l’école anglaise subventionnée. Mais il a évité d’utiliser la disposition de dérogation pour échapper au jugement de la Cour suprême, et cela a été apprécié.


Au reste, « les Montréalais anglophones et allophones sont plus sophistiqués qu’avant. Ce ne sont plus seulement des “angryphones” », affirme M. Wajsman. Selon lui, ils ont compris que sur les questions linguistiques, le gouvernement libéral n’avait d’autres choix que de faire des compromis.


Et après le printemps et l’été marqués par une « insurrection sociale produite par les étudiants, la CSN, le PQ et QS », les anglophones se seraient rendu compte qu’il y a « plus important encore », le maintien de la stabilité. Selon M. Wajsman, les anglophones ne doivent absolument pas diviser le vote fédéraliste en votant CAQ, risquant de permettre au PQ d’accéder au pouvoir, que ce soit minoritaire ou non. « Un gouvernement Marois va tout donner à la CSN, à chaque groupe radical. Legault n’est pas prêt au pouvoir et n’est pas complètement clair au sujet de son agenda. » La loi sur l’identité que les péquistes comptent déposer « institutionnaliserait l’intolérance », soutient-il. « Ce n’est pas seulement une élection portant sur l’économie ou la stabilité ou même la séparation. C’est la liberté ici qui est en cause ! », écrivait-il cette semaine ajoutant que « seul Jean Charest peut être à la hauteur ».


Et les problèmes de collusion, voire de corruption ? Beryl Wajsman refuse de croire que c’est « institutionnalisé au niveau de Charest ». Il y a peut-être des problèmes au ministère des Transports, mais ça ne date pas d’hier, a-t-il soutenu.


Le nom de M. Wajsman a été lancé sur la place publique au moment de la commission sur le scandale des commandites en 2005. Ancien adjoint de Joe Morselli, il avait témoigné devant l’ex-juge Gomery au sujet d’un versement de 5000 $ comptant par Jean Brault. Il avait été congédié du PLC par un des directeurs du parti parce qu’il effectuait ses propres activités de financement. Après sa comparution devant la commission, il avait été banni à vie du PLC par Paul Martin. Son nom avait ressurgi dans les médias en 2005 lorsqu’il avait été établi qu’à titre de lobbyiste - mais non enregistré - il avait rencontré la ministre de la Famille de l’époque, Carole Théberge, pour lui présenter un projet de chaîne commerciale de garderies.

 

Les libéraux iront en région


Malgré l’assurance de Jean Charest de conserver le vote anglophone, la caravane libérale s’est arrêtée dans plusieurs circonscriptions à concentration anglophone ou allophone et dans certains bastions, ces derniers jours tels Châteauguay et Nelligan, samedi. Dimanche, son passage en Outaouais, où il détient les cinq circonscriptions, s’est fait en parallèle avec celui du chef caquiste, qui semble courtiser les mêmes électeurs. Les deux caravanes ont failli se croiser dimanche à la Foire gourmande de Montebello.


Pour l’instant, M. Charest semble avoir voulu consolider ses appuis les plus sûrs autour de Montréal. La semaine dernière, le chef libéral garantissait pouvoir visiter chaque région avant la fin de la campagne. Hier, il soulignait que le temps allait manquer. « On est en train de planifier le dernier droit de la campagne, on cherche à aller dans le plus de régions possible. » Mais son équipe jure qu’il se fera plus présent en région d’ici le 4 septembre. « On va y aller, en Gaspésie », a confié une source.

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