Léger défend ses résultats face aux attaques de Charest

Autre volet de l'attaque anti-sondage de Jean Charest: «Combien de fois on a fait des élections où à chaque fois, les sondeurs ont été obligés de les ravaler après!»
Photo: Antoine Robitaille/Le Devoir Autre volet de l'attaque anti-sondage de Jean Charest: «Combien de fois on a fait des élections où à chaque fois, les sondeurs ont été obligés de les ravaler après!»

Saint-Bruno-de-Montarville - «Quand un sondage ne fait pas leur affaire, c'est certain qu'ils vont s'attaquer au messager! On n'y peut rien», a rétorqué Jean-Marc Léger aux attaques de Jean Charest. «Pendant une campagne électorale, c'est toujours comme ça», a ajouté  le président de Léger marketing en entrevue au Devoir.

En matinée samedi, le chef libéral a repris et accentué ses critiques à l'égard des sondages, critiques qui étaient pourtant déjà virulentes. Il venait de prendre connaissance des résultats du dernier coup de sonde de Léger Martketing, publiés dans les pages du Journal de Montréal et qui évalue l'appui au Parti libéral à 27% dans les intentions de vote au Québec et à 18 % chez les francophones, un plancher qui procurerait à la formation politique son pire score en 145 ans d'existence. Selon la même enquête, le Parti québécois recueillerait 33% et la Coalition avenir Québec 28%.

Apparaissant irrité, Jean Charest a tenté de discréditer l'enquête, lui collant l'étiquette de «pas fiables», qu'il réserve habituellement à François Legault. «Changez une variable dans votre sondage et vous venez d'inverser l'ordre des résultats. Vous le savez très bien», a-t-il lancé à un journaliste du groupe Québécor.

M. Charest référait à la répartition des indécis, qu'il estime être favorable à ses adversaires dans le sondage.

Or, Jean-Marc Léger souligne qu'il y a peu d'indécis dans son sondage. Au total, on recense 11 % de personnes qui sont sans opinion. De ce nombre, 2% se seraient abstenus, 4% auraient annulé leur vote, 3% se déclarent indécis et 2% ont refusé de révéler leur choix. «Les "refus" et les "indécis", ça représente au fond 5%, c'est très peu», note M. Léger.

Toujours méfiant à l'égard des sondages, l'entourage de M. Charest questionne la méthode de répartition des indécis. M. Léger soutient qu'il les répartit simplement de manière proportionnelle. «Mais qu'on les partage de manière proportionnelle ou pas, avec 5%, ça ne change pas tellement le résultat en bout de ligne. Au fond, M. Charest s'attaque aux mauvais sondages!», répond Jean-Marc Léger.

À la différence de Léger, qui fonctionne avec un panel web, la firme CROP a renoué avec la méthode du sondage probabiliste téléphonique. Une des conséquences est l'augmentation du nombre d'indécis, évalué à 19% dans le dernier coup de sonde de la firme. La méthode par téléphone fait en sorte que plusieurs répondants refusent de dévoiler leurs préférences. Les membres d'un panel web sont, eux, devant leur ordinateur et prennent le temps de répondre.

Autre volet de l'attaque anti-sondage de Jean Charest: «Combien de fois on a fait des élections où à chaque fois, les sondeurs ont été obligés de les ravaler après!», a-t-il déclaré.

Jean-Marc Léger ne se sent pas visé là non plus. En 2008, sa firme avait prédit le pourcentage d'appui au PLQ à 3 points près. En 2007, dans une course à trois très serrée, Léger avait raté la cible que de 2 points. Quant à la croyance qui court dans les cercles libéraux selon laquelle Léger sous-évaluerait le PLQ, M. Léger estime que c'est totalement faux. «C'est même l'inverse! En 2007, on avait surévalué le PLQ de 2 points à 35 plutôt que 33 dans le résultat réel. Et en 2008 de 3 points à 45 plutôt que 42 à l'élection.» En 2008, Léger avait sous-estimé le PQ de 3 points (32% plutôt que 35% à l'élection). En 2007 il avait surestimé le PQ d'André Boisclair d'un point (29 plutôt que 28% à l'élection).

Quant à la campagne actuelle, M. Léger fait remarquer qu'«il y a le sondage et l'interprétation des sondages». Selon lui, lorsqu'un journaliste affirme que les «libéraux sont à la troisième place», c'est de l'interprétation, dit-il. «Quand on regarde les écarts tu ne peux pas dire que les libéraux sont troisièmes.» En somme, il s'agit d'une élection très serrée, «ça demeure une lutte à trois dont l'issue demeure difficilement prévisible».

Le cas albertain

La diatribe de Jean Charest contre les sondages repose d'abord sur des expériences personnelles. Il a raconté samedi que Le Soleil, en 1998, à quelques jours du vote, avait publié un sondage qui plaçait le PLQ 10 points derrière le PQ de Lucien Bouchard. Or, le jour du vote, bien que le PLQ ait perdu, il avait obtenu un meilleur pourcentage des voix (44%), que le PQ, qui en avait recueilli 43%.

Aux dernières élections québécoises, en 2008, a-t-il encore raconté, des sondages avaient évalué l'appui à son adversaire dans le comté de Sherbrooke à 60% «Ça devait être dans la marge d'erreur, a ironisé le chef libéral, car il a perdu par des milliers de voix le jour de l'élection deux semaines plus tard.»

Mais le cas le plus souvent soulevé par M. Charest est celui de la réélection surprise du Parti progressiste-conservateur en Alberta, le 23 avril. «Le jour avant le vote, [les sondages soutenaient qu'] il y a 10 points d'avance pour un parti. Le lendemain, l'autre parti gagne avec 10 points. Il y a 20 points de différence. Vous allez me dire que c'est dans la marge d'erreur?» Questionné mercredi sur le sondage Forum Research qui évaluait l'appui au PLQ à 35% devant le PQ à 29% et la CAQ à 24%, M. Charest avait refusé de le commenter. Peu importe le résultat, bon ou mauvais, il ne commenterait pas les sondages, avait-il dit. Mais il avait souligné que Forum s'était magistralement trompé en Alberta en avril.

Or, la chercheuse Claire Durand de l'Université de Montréal, écrivait vendredi sur son blogue ceci : «Le dernier Forum Research de la campagne albertaine donnait les conservateurs à 36% et le Wild Rose à 38% (et non pas 48%). Les élections du lendemain ont donné 44% pour le PC et 34,3% pour le Wild Rose. Forum s'est donc avéré le moins mauvais, si on peut dire, ceci pouvant être dû au fait qu'il était le dernier sur le terrain.» Si Forum Research était le «moins mauvais» dans la présente campagne, M. Charest aurait de quoi se réjouir. Mais il ne commente pas les sondages.