Jean Charest au Devoir - La question référendaire ravit Charest

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	Jean Charest a accordé hier une entrevue à l’équipe du Devoir à bord de son autobus de campagne.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Jean Charest a accordé hier une entrevue à l’équipe du Devoir à bord de son autobus de campagne.

Dorval – Jean Charest est tout sourire, presque hilare, dans le fond de son autobus de campagne. En ce jeudi matin, ses principaux adversaires lui ont fait le cadeau de s’entredéchirer, la veille, sur un de ces thèmes qui lui permettent de marquer le plus de points : le référendum sur la souveraineté.

À sa conférence de presse matinale qu’il vient de terminer, « il rayonnait comme une femme enceinte », pour reprendre la formule de l’analyste Josée Legault, sur son blogue de L’actualité. Dans la cour intérieure d’un CHSLD où avait lieu ladite conférence, il a multiplié les gags : « J’estime avoir eu un très bon débat hier soir. » (Évidemment, il n’était pas à TVA la veille…) Puis, à propos de François Legault : « Celui qui a promis qu’"il va venter" [s’il accède au pouvoir] va se transformer en courant d’air », s’il y a un référendum. Il qualifie le face-à-face Legault-Marois de « chicane de famille souverainiste », de « téléréalité ». L’homme s’amuse, manifestement.


« C’était un peu trop facile aujourd’hui… », lui lançais-je dans l’entrevue. « Je n’ai jamais rien eu de facile… », répond-il faussement sérieux, réprimant un sourire. Aujourd’hui peut-être ? « Ils ont choisi le sujet [le référendum], dit-il en rigolant, ils ont choisi le sujet, ça devient incontournable ! Qu’est-ce que vous voulez ? »


Son épouse et ses trois enfants, il y a quelques mois, auraient bien voulu qu’il quitte la politique. Il va devenir grand-père pour la première fois bientôt et « on trouvait qu’il avait beaucoup donné », a expliqué son épouse Michèle Dionne à Sherbrooke. Mais « il aime tellement ça, la politique », que ses proches se sont finalement ralliés à sa décision de rester. « C’est vrai que j’ai donné beaucoup. Mais j’en ai tellement encore à donner ! », lance-t-il en éclatant de rire. C’est à croire que la semaine de débats, qu’il estime avoir remportée, et le retour de la question du référendum l’ont rendu euphorique.


Sa fameuse « question de l’urne » (« ballot question ») semble réanimée. Quelle était-elle ? Pauline Marois et le PQ, c’est le « référendum » et la « rue ». Le PLQ, c’est « l’économie » et la « stabilité ».


Depuis le début de la campagne, il avait du mal à l’imposer. Les étudiants ont beau être rentrés en classe dans l’ordre, « on reste dans la même zone de l’incertitude ». Il insiste : « C’est l’instabilité dans un cas et la stabilité dans l’autre. »


Contre la « chicane »


Il n’a de cesse de dénoncer le « goût de la chicane » de François Legault. « J’ai jamais vu quelqu’un faire campagne en invitant la chicane et la tempête. »


Lui-même, dans le passé, n’a-t-il pas voulu « réinventer le Québec » ? Une de ses candidates, en 1998, Margaret Delisle, avait même annoncé qu’un gouvernement Charest mènerait une « grande guerre contre les syndicats ». Mais il insiste : « Ce n’était pas ça, le programme du gouvernement. »


Non, le programme, c’était faire une « réingénierie »… beaucoup comme François Legault aujourd’hui, non ? Il n’accepte pas le rapprochement. Depuis 2003, « on a fait des changements qui […] s’inscrivaient dans une logique de plus grande efficacité, pas juste une espèce de coup de gueule fondé sur des préjugés. Couper 4000 personnes à Hydro-Québec, c’est fondé sur quoi au juste ? » Lui qui avait promis d’éliminer les Régies régionales (et qui en a finalement changé le nom en les fusionnant) dit ne pas croire à l’abolition des Agences de santé, promue par M. Legault. Il estime que son adversaire n’a aucune idée de ce qu’elles font : « Qui s’occupent de la santé publique ? Qui coordonnent les soins à domicile au Québec ? C’est les Agences de santé. Qui va faire ça à la place [si un gouvernement Legault les abolit] ? »


Au reste, en 2003, il a mené une bataille qui pourrait bien, rétrospectivement, avoir quelque chose de caquiste. Celui sur l’abolition de l’article 45 du Code du travail, afin de faciliter le recours à la sous-traitance. « Oui, mais nous, on avait annoncé nos couleurs ! », lance-t-il avant de confier quelques regrets : « On aurait pu faire mieux en travaillant de plus près avec les syndicats pour que ces changements-là soient mieux compris et qu’ils y participent davantage. »


Plus récemment, dans la dernière année, n’a-t-il pas suscité pas mal d’« instabilité », de « chicane » ? Ce sont ses décisions qui ont amené les gens dans la rue, non ? Sa réponse ? « Quand t’es au gouvernement, tu prends des décisions, il y a des gens qui peuvent ne pas être d’accord, mais tu ne pars pas avec la prémisse que "je vais créer de la chicane". Moi, quand je me lève le matin, je pars de la prémisse que je veux prendre les meilleures décisions possible et je veux rallier le plus grand nombre de personnes possible ! »


La loi spéciale 78, au juste, décriée par tous, n’a-t-elle pas fonctionné, dans son volet retour en classe ? Évitant tout air triomphaliste et rappelant qu’elle est contestée devant les tribunaux, il laisse tomber : « La loi a fonctionné. » Son premier but, insiste-t-il, était « d’organiser les sessions d’hiver pour qu’on puisse les finir à ce moment-ci et dans ce sens-là, on est assez satisfaits ».


Les 100 jours de Charest


Un gouvernement réélu avec 70 % d’insatisfaction pendant près de trois ans, c’est du jamais vu. Pense-t-il vraiment qu’il a des chances ? Évidemment, répond-il. Le monde a changé. L’insatisfaction est la chose dans le monde la mieux partagée aujourd’hui. Tout le monde est insatisfait de tout, estime-t-il ; la chef de l’opposition a aussi des hauts taux


Et s’il était élu le 4 septembre, quels seraient les trois principaux gestes de son gouvernement pendant les fameux 100 premiers jours ? La question semble le prendre par surprise. D’abord, faire adopter la loi constitutive de la Société du Plan nord, « parce qu’il faut organiser de manière formelle et le plus efficacement possible le déploiement de ce qui va se faire dans le Nord québécois ». Ensuite ? Resserrer la loi 35, laquelle empêche l’octroi de contrats publics aux entrepreneurs frauduleux. « Elle a été adoptée à l’unanimité, mais depuis ce temps-là, à l’usage, on s’est rendu compte qu’il y avait des choses qui devaient être resserrées. » Le troisième geste ? Jean Charest réfléchit un peu. « On veut faire l’équilibre budgétaire. D’ici le prochain budget, on va être très vigilants là-dessus pour s’assurer de l’atteindre. »


Avec ces trois gestes, avec sa promesse d’incarner la stabilité, il ne peut certainement pas affirmer qu’il incarne le changement. Détrompez-vous, il insiste : « Le changement, c’est ce qu’on propose ! 250 000 emplois, le plein-emploi, c’est ça le changement. C’est de faire le Plan Nord, c’est de réaliser sur le plan environnemental des choses qui vont distinguer le Québec. »

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91 commentaires
  • Daniel Bouchard - Inscrit 24 août 2012 01 h 23

    Son tour est passé

    Je ne m'emballerait pas trop vite à sa place, c'est François Legault qui en retirera profit! Et même j'ajouterais que plusieurs Libéraux endurcis seront tentés de voté pour la CAQ, parce qu'ils constateront que le Parti Libéral n'a aucune chance à cette élection. Domage Monsieur Charest, mais votre tour est passé

    • Solange Bolduc - Inscrite 24 août 2012 11 h 06

      Et vous avez plus confiance en Legault ? Pas moi!! Il n'en aura que pour les gens d'affaires !

      On a tellement été affublés, nous Québécois, d'être des mangeurs de galettes, qu'on espère qu'avec Legault tout le monde pourra devenir millionnaire ou gagner 20-30- 40 $/heure.

    • Marc Collin - Inscrit 24 août 2012 15 h 47

      @Solange Bolduc et vous voterez pour qui entre les 3?

      le québec a vraiment besoin de changement, avec plus de 250 milliards de dette, le québec doit se réveiller pour ne pas finir comme la grèce.

      il y a que la caq qui veut vraiment faire bouger les choses

    • Solange Bolduc - Inscrite 24 août 2012 20 h 42

      M. Collin, je ne crois pas au changement que propose Legault ! Si je souhaite un changement, celui-ci ne va dans le sens de ce que propose Legault .

      Legault est un homme d'affaires sans envergure nationale, qui va travailler pour les gens d'affaires, pour l'argent, non pour le bien du peuple québécois. Les changements qu'il propose ne sont que de la poudre aux yeux, une question de pouvoir pour le pouvoir!

      Tant qu'à Barrette, il est trop folklotique à mon goût, et Duchesneau fera beaucoup de tort à Legault car il possède un égo démesuré!

      Et puis, et puis....

  • Nathalie Gascon - Abonnée 24 août 2012 03 h 15

    cmment fait-il pour être si sûr si arrogant et parler de la grève et de la loi 78 comme si tout était réglé.
    Mon dieu faîtes que cet homme ne soit pas réélu!!!!

    • Daniel Bérubé - Abonné 24 août 2012 10 h 51

      C'est le type d'homme pour qui il est des plus facile de dire ''oui'' avec la bouche tout en faisant signe que non avec la tête...

    • Pierre Marcotte - Inscrit 27 août 2012 13 h 09

      Dieu n'a rien à voir là-dedans. Le 4 septembre, il faut faire sortir le vote séparatiste !

  • Claude Chicoine - Inscrit 24 août 2012 05 h 45

    Habile mais...

    Le référendum n'est qu'une question hypothétique.Comme il en a l'habitude M. Charest aime bien s'attaquer au virtuel. Cela lui permet de masquer la triste réalité. Habile mais pas fort

  • Chantale Desjardins - Inscrite 24 août 2012 06 h 39

    M. Charest est aveugle

    Avec lui, nous connaîtrons la stabilité. Il se trompe de parti car après les débats, je pense que la stabilité viendra du Parti québecois uniquement. Il rêve en couleur et au lieu de faire des conférences de presse dans un jardin de petits fruits et de fleurs, il devrait le faire dans la rue où se trouve le peuple qui travaille pour gagner sa vie et qui paie des impôts mal administrés par le gouvernement au service des ti-amis. Ses promesses ne tiennent plus car il n'est plus crédible. Les électeurs de son compté n'en veulent plus et éliront un député souverainiste. bravo!

  • Patrice Vaillancourt - Inscrit 24 août 2012 07 h 02

    Ecuador

    Si ce gars est élu ne nouveau, je m'exile pour l'Equateur.

    • Lagacé Jean - Inscrit 24 août 2012 10 h 33

      bon voyage.

    • Françoise Maertens École Garneau(entrée Principale) - Abonnée 24 août 2012 11 h 26

      Si jamais il est réélu...(et il semble définitivement y avoir peu de chances maintenant..), la rue va reprendre de plus belle! Les grèves étudiantes vont recommencer avec les plus de 70% d'insatisfaits... il est mieux de partir!
      @ Patrice : Non, il ne faut pas partir, restez avec nous les 70% vont continuer à manifester leur insatisfaction!

    • Frédéric Gosselin - Inscrit 24 août 2012 11 h 28

      c'est lui qu'il faudrait exiler…