Charest à Sherbrooke: Michèle Dionne aurait aimé que son mari quitte la politique

Sherbrooke – Estimant que Jean Charest «avait donné beaucoup», Michèle Dionne et ses trois enfants lui ont suggéré il y a quelques mois de quitter la vie politique. Mais finalement, le chef libéral les a convaincus: «On s'est rallié à lui parce qu'on se rallie toujours à lui. C'est unanime chez nous», a confié mercredi matin l'épouse du premier ministre dans le comté de ce dernier, à Sherbrooke. «Les enfants lui ont dit : "Papa, peu importe la décision que tu prendras, on sera avec toi".» Sur la «remise en question», Mme Dionne n'en dira pas plus. Elle enchaîne en disant que son mari a «beaucoup à donner encore». Telle une politicienne, elle insiste : «Il aime tellement ça! […] Le choix est fait maintenant! On est là, on se consacre à notre campagne et jusqu'au 4 septembre on va travailler très fort.»

Car au dire de Mme Dionne, Sherbrooke n'est pas un château fort. «On ne tient pas Sherbrooke pour acquis. On est très présents et on ne sous-estime pas nos adversaires non plus.» Un sondage Segma indiquait il y a une dizaine de jours que Jean Charest tirait de l'arrière par quelque 15 points derrière son adversaire Serge Cardin, candidat du Parti québécois. Mme Dionne nie avoir été choquée par l'intervention de l'ennemi de son mari, Marc Bellemare, qui a d'abord laissé entendre qu'il se porterait candidat pour ensuite se rallier au candidat péquiste. «On vit dans un pays démocratique, les gens ont le droit de s'exprimer.»

Faut-il redoubler d'ardeur dans cette difficile campagne? «On ne travaille pas plus fort que d'habitude, toujours aussi fort», a-t-elle dit dans un rare point de presse impromptu. Le chef libéral en est à son troisième passage dans le comté depuis le début de la campagne; mais il s'agit d'un quatrième si l'on ajoute l'assemblée d'investiture, à la veille du déclenchement. En 2008, il y était passé quatre fois. La caravane libérale terminera la campagne dans Sherbrooke le jour du vote.

La carte de l'émotion

C'est Mme Dionne qui a présenté le chef libéral ce matin au Club de Golf de Sherbrooke où le couple a joué la carte de l'émotion. Devant un parterre de militantes libérales de l'Estrie, le chef libéral a prononcé un discours axé sur les décisions de son gouvernement favorables aux femmes. Dans l'histoire du Québec, le PLQ, a-t-il souligné, a contribué à l'émancipation des femmes : droit de vote aux femmes accordé par Adélard Godbout en 1943, première femme élue à l'Assemblée nationale dans les années 1960, etc. Le chef libéral a soutenu avoir prolongé cette tradition en favorisant entre autres la présence des femmes dans les conseils d'administration des sociétés d'État. Il s'est dit fier d'avoir formé le premier cabinet paritaire de l'histoire du Québec en 2007. Son discours a été interrompu par le déclenchement d'une alarme pour les incendies. Le chef libéral était à faire l'éloge de son ancienne ministre et compagne de route Monique Gagnon-Tremblay, qui a décidé de ne pas se porter candidate. Les politiques mises en place par cette dernière auront permis d'éviter «des feux», a-t-il lancé sur-le-champ, à la blague alors que l'alarme retentissait. Dans son discours, il a pourfendu le chef de la Coalition avenir Québec François Legault et ses politiques suscitant la division. «Ce n'est pas le genre de leadership capable d'inclusion.» Récemment, un sondage CROP révélait que les femmes étaient moins enclines à voter pour la CAQ.

En anglais, Jean Charest a soutenu que ce que Pauline Marois promet, un référendum, est la pire chose qui pourrait arriver au Québec dans la période économique troublante que nous traversons. «Il faut continuer à vivre ensemble», a-t-il insisté.

En fin d'allocution, Jean Charest s'est montré émotif, ouvrant une rare porte sur sa vie privée. Il n'aurait jamais été premier ministre du Québec n'eût été de son épouse, a-t-il insisté, et il souhaite continuer à servir les femmes et les hommes du Québec après le 4 septembre afin d'accomplir «tout ce que nous souhaitons pour nos deux filles à nous Amélie, Alexandra». Puis il a confié «un secret» à l'auditoire : «Ma fille aînée Amélie qui attends un enfant bientôt et qui, on nous dit, est une fille, ça tombe bien.»

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