Face-à-face Charest-Legault à TVA - La fiabilité au coeur des hostilités

François Legault a dit de son adversaire qu’il était le « champion de la non-fiabilité », ou qu’il disait « n’importe quoi ».
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir François Legault a dit de son adversaire qu’il était le « champion de la non-fiabilité », ou qu’il disait « n’importe quoi ».

François Legault et Jean Charest se sont entrechoqués sur la notion de fiabilité, mardi soir, dans un face-à-face au ton un peu moins acerbe que l’affrontement de lundi, mais tout de même très vigoureux. Le chef libéral a répété aussi souvent que possible que son adversaire caquiste n’était « pas fiable », une accusation que ce dernier n’a pas manqué de retourner à M. Charest.

Dès le premier thème portant sur la corruption, M. Charest a notamment accusé M. Legault d’avoir modifié sa position sur la commission Charbonneau, que le chef caquiste a critiquée avant d’affirmer qu’il en accepterait les conclusions. « Merci de me confirmer que vous avez changé d’idée. Vous n’êtes pas fiable », a dit le chef libéral. Plus tard, M. Legault a dit de son adversaire qu’il était le « champion de la non-fiabilité », ou qu’il disait « n’importe quoi ». Les hostilités étaient ouvertes, et le ton a progressivement monté au fil de la soirée, forçant le modérateur Pierre Bruneau à intervenir régulièrement.


Sur le thème de la gouvernance, M. Legault a dû défendre l’intégrité de son candidat vedette Jacques Duchesneau, écorché à la suite de nouvelles allégations sur des irrégularités sur le financement de sa campagne à la mairie en 1998. « Il n’y a aucune preuve, a-t-il dit. Deux personnes anonymes prétendent des choses jamais prouvées [que M. Duchesneau n’aurait déclaré que 2500 $ d’une soirée ayant permis de récolter 50 000 $]. »


Le chef caquiste a immédiatement contre-attaqué en dénonçant le laxisme de Jean Charest par rapport à certains de ses ministres. « Six membres de l’exécutif de Tony Tomassi ont obtenu des permis de garderies. Michelle Courchesne a reçu deux blâmes du vérificateur général. Nathalie Normandeau a accepté des billets de spectacle d’un contracteur qui cherchait des contrats à son ministère. Vous avez été trop tolérant ! », a lancé M. Legault au chef libéral, qu’il a sommé de dénoncer le « manque de jugement » de Mme Normandeau. À cela, M. Charest a refusé de condamner Mme Normandeau, en répétant à quelques reprises qu’elle « s’est expliquée là-dessus », ajoutant qu’« elle a toujours eu un bon jugement ».


Sur la question des sièges sociaux, les échanges ont été vifs, M. Legault accusant M. Charest d’avoir permis le départ de 20 % des sièges sociaux des fleurons québécois. Le premier ministre lui a alors servi qu’il était au conseil des ministres lors de la vente de Provigo à l’Ontarienne Loblaws. Lorsque Legault a affirmé qu’il était contre cette transaction et qu’il en avait informé tout le monde, y compris Lucien Bocuhard, Jean Charest lui a répondu qu’il aurait dû démissionner.


Faisant flèche de tout bois, le chef libéral a tenté d’attaquer la crédibilité des autres membres du « trio d’incorruptibles » de M. Legault, Sylvie Roy et Maud Cohen. De Mme Cohen, l’ex-présidente de l’Ordre des ingénieurs, M. Charest a relevé « qu’il y a eu plein de plaintes déposées à l’Ordre quand elle était là, mais personne d’accusé [on apprenait hier que l’Ordre s’apprête à déposer des accusations contre 11 ingénieurs pour des activités liées à du financement politique douteux] ». De Mme Cohen, François Legault a soutenu « que si on a pu accuser des gens aujourd’hui, c’est parce qu’elle a doublé le nombre d’enquêteurs » de l’Ordre.


M. Charest a soutenu à plusieurs reprises qu’il y avait un « double standard » dans le « tolérance zéro » de M. Legault en matière de corruption. Les deux chefs se sont colletaillés sur la tenue des cocktails de financement à 500 $ ou 1000 $, M. Charest tentant de faire dire à M. Legault qu’il monnayait ses discussions avec les donateurs. Le Parti libéral fait de même, a dit M. Legault, ce qu’a reconnu Jean Charest, qui a cependant ajouté : « Mais c’est vous qui vous posez comme incorruptible. »


Dans le segment sur les politiques sociales, Jean Charest a insisté sur le manque de médecins omnipraticiens, alors le chef caquiste promet de faire en sorte que tous les Québécois aient accès à un médecin de famille sans en augmenter le nombre, s’appuyant sur les exemples du Royaume-Uni et de l’Allemagne. « Vous n’avez pas le courage de changer le système », a lancé M. Legault à son interlocuteur. « C’est incroyable comment vous avez traité les personnes âgées depuis neuf ans. »


Le chef caquiste promet de diminuer les coûts des achats du réseau de la santé de 670 millions. Il a souligné que la collusion existe non seulement dans l’industrie de la construction dans les réseaux de la santé et de l’éducation, une affirmation qui a fait sursauter son vis-à-vis. « Il y a des complots partout ? », a ironisé M. Charest.


En ce qui a trait à la hausse des salaires des professeurs promise par la CAQ, Jean Charest a avancé qu’elle entraînerait des demandes de la part des autres employés de l’État, comme les infirmières. « Moi, je m’assume. L’éducation, c’est ma priorité », a répondu François Legault.

 

Mêlée verbale


Dans la portion du débat consacrée à la question nationale et l’identité, le chef libéral a attaqué en premier en demandant qui un éventuel premier ministre Legault enverrait à Ottawa pour négocier avec le gouvernement fédéral : un souverainiste ou un fédéraliste ?


Le chef caquiste a esquivé la question en soutenant que s’il était élu, il dirigerait un gouvernement « nationaliste dans la tradition de Jean Lesage », alors que Jean Charest a agi comme un fédéraliste « à tout prix » qui a manqué à son devoir de « défendre l’identité du Québec ».


Sur le sujet de l’immigration, Jean Charest a dénoncé le candidat de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec, qui a soutenu qu’il fallait arrêter d'« importer du chômage » sur l’île de Montréal. Le débat, qui tirait à sa fin, s’est alors mué en une mêlée verbale où l’on a pu entendre M. Legault lancer que, sous Jean Charest, le Québec « perdait sa langue » et le « contrôle de son économie ».


Le thème de l’économie s’est imposé tout au long du débat. Les deux politiciens avaient hâte de s’affronter sur ce thème, qui leur est cher à tous deux. Le cofondateur d’Air Transat s’est lancé sur les dépenses d’Hydro-Québec, alors que l’on parlait de corruption, un thème qui lui est pourtant cher, de même que dans le segment sur l’éducation.


François Legault a dû se défendre d’avoir les promesses électorales les plus coûteuses, alors qu’il se targue d’être le parti de la rigueur budgétaire. Sur les coupures de postes à Hydro-Québec, Jean Charest a accusé Legault de créer du chômage, défendant les employés d’Hydro-Québec qui « ne sont pas assis sur leurs mains ».


« Il faut être actionnaire, pas locataire », a lancé M. Legault sur le sujet des ressources naturelles. Mais Jean Charest est revenu à l’attaque, accusant son adversaire de faire ces investissements via la Caisse de dépôt et donc, de « jouer au casino avec les retraites des Québécois ».

 

Avec la collaboration de Jessica Nadeau

35 commentaires
  • Gaëtan-Daniel Drolet - Inscrit 22 août 2012 04 h 37

    S.E.É.?

    Santé Environnement Éducation ? S.E.É.? C'est la seule façon, selon moi, pour arriver à une justesse dans la vision commune qu'il est nécessaire désormais de partager pour faire face aux défis de l'avenir... Nous parlons souvent des "proportionnelles" "des élections à dates fixes" et des méthodes "avant-gardistes" de représentativité européenne... Mais il y a d'autres façons de se représenter un p
    eu comme certains sont riches et d'autres ont l'air riche... Cependant, le discours est campé, vous en donnez un bon exemple dans votre introduction, et c'est la plus grande perte du Québec... Partons du constat que le modèle de développement économique épuise ce qu'il touche... Ce qui revient à dire à qui et quel intérêt, ou encore statu quo ? Comment changer sa représentativité, comment faire fondre l'individualisme? Mon approche préconise plutôt une complémentarité entre ces trois piliers nécessaires à toute croissance, de la plante jusqu'à la sensibilité humaine. Ainsi, 30% du budget national en santé ne voudrait pas dire couper dans les services mais plutôt faire confiance à notre environnement riche en ressources naturelles quelques fois renouvellables et quelques fois non. C'est dans les mêmes proportions faire confiance à l'éducation pour parer, pallier, cette nouvelle approche que ce soit par la prévention ou la formation. C'est aussi capitaliser sur des hydroliennes et ainsi profiter de milliers de kilomètres d'énergie gravitationnelle latente au lieu de s'empêtrer des ralentissements du développement éolien sans risquer au large d'Anticosti... C'est d'abord et avant tout présenter une nouvelle approche que tous nous comprenons par sa simplicité, c'est s'accorder un levier commun sans pour autant sacrifier la créativité C'est organiser le travail en français et le vendre en anglais...

  • Réal Giguère - Inscrit 22 août 2012 06 h 43

    Pas fiable

    9h09: Charest traite Legault une première fois de pas fiable
    9h19: Charest traite Legault une deuxièeme fois de pas fiable
    9h20: Charest traite Legault une troisième fois de pas fiable
    9h30. Charest traite Legault une quatrième fois de pas fiable

    9h37: Coup de théâtre: Legault traite Charest de pas fiable!

    • Carole Dionne - Inscrite 22 août 2012 09 h 49

      Qui est le plus pas fiable?

      Je pense qu.après des promesses en 2003, le pas fiable est Jean Charest. D'ailleurs Charest a accusé Legault de mettre en péril le fonds de pension des Québécois en voulant investir dasvantage au Québec? Charest avait-il oublié les pertes de 40 millird. Charest se fait vieux et oublie beaucoup

    • rene poirier - Inscrit 22 août 2012 10 h 28

      Nous avons maintenant la confirmation de la non-fiabilité de ces deux hommes.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 22 août 2012 11 h 49

      Pour reprendre une expression qu'il utilise:

      On s'entend-tu pour dire que Charest, on ne veut plus le voir?

      C'est-tu assez clair?

  • Daniel Lambert - Inscrit 22 août 2012 06 h 49

    La fiabilité

    Je ne suis ni libéral ni caquiste, et sur le chapitre de la fiabilité, monsieur Charest n'a de leçon a donné à personne, pas plus que sur celui de l'intégrité, de l'identité et du nationalisme québécois. Messieurs Lesage et Bourassa, s'ils vivaient l'auraient depuis longtemps rappelé à l'ordre.

    Malheureusement pour Charest, les neuf années passées au pouvoir demontrent qu'il n'a rien fait pour le développement social, économique, culturel, et linguistique de la société québécoise. Ils nous a endettés comme personne avant lui.

    Il n'a jamais été un premier ministre fiable avec lequel je pouvais m'identifier... et je ne suis pas le seul Québécois.

    • sylvain chartrand - Inscrit 22 août 2012 14 h 10

      Bon nombre d’électeurs ont déjà décidé de voter libéral. Faute de mieux. La CAQ n’est pas prete (et pas fiable) et on ne peut voter pour le PQ si on n’est pas souverainiste.

  • Francois Gagnon - Inscrit 22 août 2012 06 h 49

    M. Charest plutôt méprisant et politicien dinosaure

    Intéressant le débat d'hier à TVA; Il nous a permis de voir (une fois de plus) à quel point M. Charest peut être méprisant, sans classe, fuyant de la vérité et politicien dépassé aux allures de dinosauresques.

    Concernant la Caisse de Dépôt c'est justement pour investir ds les entreprises Québécoises et opposer l'establishment anglo-canadien qu'elle a été mise en place afin que les Québécois aient une identité économique et un pouvoir de décision qui leur appartienne.

    De plus si quelqu'un a joué au Casino avec la Caisse de Dépôt c'est bien M. Charest lui-même qui lui avait donné comme consigne de prendre plus de risques pour maximiser les bénifices; Résultat elle s'est fait prendre ds le papier commercial en 2008 avec environ 25% de pertes soit 40 milliards de dollars. Mémoire courte ce M. Charest !

    M. Legeault lui au moins a mis au monde une entreprise en santé qui marche toujours fort après plusieurs zones de turbulences économiques.

    M. Charest n'a aucune réalisations de cette nature, juste de la politique et de distribuer l'argent de nos taxes aux petits amis contre des retours d'ascenseurs.

    Bravo M. Legeault pour votre maturité politique et réalisme qui contraste comme noir foncé et blanc pâle avec le cynisme et l'opportunisme politique des vieux politiciens usés comme M. Charest en tête suivi du PLQ et PQ.

    Il est grand temps que ça change au Québec s'il veut avoir un avenir autre que de looser.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 22 août 2012 10 h 15

      La CAQ a même copié le slogan de l'équipe Lesage des années 60.

    • Pierre Gervais - Abonné 22 août 2012 12 h 00

      M. Gagnon, je suis complètement en accord avec vous sauf pour la mémoire courte de M. Charest. Il s'en souvient très bien, mais il croit que la population n'a pas de mémoire.

  • Gilles Bousquet - Abonné 22 août 2012 06 h 50

    M. Charest, notre pas fiable national

    M. Charest a déjà qualifié M. Dumont de girouette nationale à notre Assemblée nationale.

    Nous pouvons, en retour, avec toutes les relations de son PLQ, douteuses et mafieuses,, le qualifier de "pas fiable national".