Qui sème le vent récolte la tempête, préviennent les médecins

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, et son candidat vedette Gaétan Barrette (à gauche), accompagnés d’un pharmacien, ont maintenu hier qu’ils ont la solution pour que chaque Québécois ait son médecin de famille.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, et son candidat vedette Gaétan Barrette (à gauche), accompagnés d’un pharmacien, ont maintenu hier qu’ils ont la solution pour que chaque Québécois ait son médecin de famille.

Un choc est à prévoir entre la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) si celle-ci est portée au pouvoir. La volonté de la CAQ de François Legault d’augmenter le nombre de patients suivis par chaque médecin ne passe pas auprès des premiers concernés, qui préviennent qu’il y aura des turbulences.

« Les résistances vont être beaucoup plus que minimales si on nous met un fusil sur la tempe et qu’on applique des règles mathématiques qui ne tiennent pas compte de la réalité de la pratique des médecins de famille », a lancé hier en entretien le président Louis Godin. Il réagissait à une déclaration faite plus tôt dans la journée par M. Legault et son candidat Gaétan Barrette.


De passage dans la couronne nord de Montréal - une région potentiellement fertile pour la CAQ - avec son « trio santé » de candidats mené par le docteur Gaétan Barrette, M. Legault a indiqué ne pas craindre de résistance au sein du milieu de la santé face aux changements qu’il propose. « Je ne pense pas en santé, au contraire de certains syndicats qui vont perdre des cotisations [Hydro-Québec] ou des commissaires scolaires. »


Pris à partie dimanche soir lors du débat des chefs sur sa promesse de garantir un médecin de famille par Québécois d’ici un an, M. Legault a réitéré qu’il ne s’agit pas là de « pensée magique », comme ses adversaires le pensent. « Nous avons 8000 médecins de famille au Québec. Si chacun prend 1000 patients [cible souhaitée par la CAQ pour un médecin qui consacre 40 % de sa pratique au milieu hospitalier], ça fait 8 millions de Québécois » desservis, a-t-il dit. Pour un médecin de famille qui ne travaille pas à l’hôpital, la CAQ exigerait 1500 à 1600 patients.


Quelques minutes plus tôt, Gaétan Barrette avait répété qu’il suffira d’offrir aux omnipraticiens ce qu’ils réclament en terme de ressources pour que l’État puisse exiger plus de productivité de ses médecins. « Il faut avoir une relation pragmatique, dit-il. C’est normal que l’on réponde aux demandes des médecins de famille [plus d’infirmières, des délais de consultations plus courts avec les spécia-listes, etc.]. Et c’est normal, en échange, que le gouvernement s’attende à un certain volume. »


M. Barrette dit que « le milieu sait qu’on est rendu là et que la population ne tolérera plus de ne pas avoir de services pour les impôts qu’elle paie ». Lui non plus ne craint pas de blocage. « Il y aura une résistance minimale, prévoit-il. On ne demandera pas d’en faire plus sans donner les moyens de le faire. On n’est pas agressifs à ce point-là. Les médecins savent qu’il y aura un retour. »


Confrontation


La FMOQ estime toutefois hautement irréalistes les promesses de la CAQ en matière de médecine familiale. « On ne peut pas baser une politique sur un calcul mathématique, dit le président Godin. Il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte dans la réalité. Un médecin qui fait 150 accouchements par année, quelqu’un qui fait deux “chiffres” de nuit par semaine à l’hôpital, quelqu’un qui fait de la santé mentale ne pourra pas prendre 1000 patients. Ça dépend du lieu de pratique, du type de clientèle. C’est ça, la réalité. »


La FMOQ prévient ainsi qu’il y aura un choc si la CAQ est élue et qu’elle applique à la lettre le plan Legault-Barrette. « Ce n’est pas acceptable, et ce n’est pas une question syndicale. C’est une question de médecins et de pratique », dit M. Godin. « La coercition ne marchera pas. »


Les chiffres du ministère de la Santé indiquent qu’il manque 1129 médecins de famille dans la province. Selon M. Godin, environ 5300 des 8000 médecins de famille ont une pratique « régulière et continue » auprès de quelque 5 millions de Québécois (la FMOQ parle de 900 patients en moyenne). Les autres travaillent pour la plupart à temps plein à l’hôpital, mais certains ont une pratique minimale (tâches administratives, fin de carrière, femmes en congé de maternité).

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