Le débat des chefs - Un choc Marois-Legault

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	François Legault, Jean Charest, Pauline Marois et Françoise David réunis avant de croiser le fer lors du premier débat télévisé de la campagne, lundi.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
François Legault, Jean Charest, Pauline Marois et Françoise David réunis avant de croiser le fer lors du premier débat télévisé de la campagne, lundi.

C’était à prévoir : Jean Charest était sur la défensive lors du premier débat des chefs. Mais Pauline Marois et François Legault ne se sont pas ménagés entre eux, ce qui a permis au chef libéral de souffler, tandis que Françoise David a tiré son épingle du jeu.

Corruption, financement des partis politiques, régime de redevances, dette, médecins de famille et conversion fédéraliste de François Legault ont marqué ce débat traditionnel diffusé sur les ondes de Radio-Canada et de Télé-Québec. Sans surprise, c’est le thème de la gouvernance qui a provoqué les flammèches les plus ardentes.


C’est Pauline Marois qui a ouvert les hostilités en rappelant les agissements de l’ancien ministre Tony Tomassi. Elle a demandé à M. Charest s’il « trouvait que ça a du bon sens » que M. Tomassi ait octroyé des permis de garderies à des « amis du Parti libéral », en échange de financement. En contre-attaque, M. Charest est revenu sur le rapport Moisan, qui date de 2006. Le seul cas de financement litigieux d’un parti politique avéré émane du Parti québécois qui a fermé les yeux sur la Loi sur le financement des partis, a soutenu M. Charest. « Attendons le rapport Charbonneau », a relancé Mme Marois. « À votre place, je ne fanfaronnerais pas trop », a lancé au chef libéral Françoise David. De son côté, M. Legault a affirmé n’avoir « jamais rien vu d’illégal ou de non éthique » dans le financement du PQ lorsqu’il y était.


Cherchant à impliquer tous les partis, M. Charest a même attaqué l’intégrité de Québec solidaire et remis en question le recours du parti à des prêts particuliers pour se financer, ce à quoi Mme David a répliqué que tout était légal et autorisé par le Directeur général des élections.

 

La souveraineté, demain matin


Sur la question nationale, Pauline Marois a été rapidement pressée par Françoise David de préciser le moment qu’elle privilégie pour la tenue d’un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec. « Moi, j’aimerais faire la souveraineté demain matin si j’étais capable. […] Le jour où j’aurai l’assurance d’avoir une majorité de la population [en faveur de la souveraineté du Québec]. Tous les jours, je défends notre projet de pays. »


Le passé souverainiste du chef de la CAQ a été soulevé à plusieurs reprises durant le débat de 120 minutes. « En quatre secondes, vous avez changé d’idée », a répété M. Charest. « J’ai cheminé au cours des dernières années », a rétorqué M. Legault en ajoutant qu’il n’était pas le seul, montrant du doigt le ministre des Finances, Raymond Bachand. « Il faut écouter la population. La grande majorité des gens qui nous écoutent ce soir, pour eux autres la priorité ce n’est pas un référendum, c’est de régler nos problèmes, c’est de faire le ménage », a dit François Legault.


« Les gens ne se battent pas dans l’autobus pour avoir un référendum », a dit M. Legault. Ce qui a permis à Mme David de servir au millionnaire une réplique cinglante : « Je prends beaucoup l’autobus et je peux vous dire qu’il n’y a pas de bataille dans l’autobus. »


Selon François Legault, Pauline Marois « a donné le contrôle de la date du prochain référendum aux militants purs et durs » en proposant la formule de référendum d’initiative populaire. Le chef caquiste, qui a dit vouloir diriger un gouvernement « nationaliste », a aussi accusé le chef libéral d’avoir laissé plusieurs sièges sociaux quitter le Québec « sans lever le petit doigt ». « Vous avez trahi l’héritage de Jean Lesage et de Robert Bourassa », a-t-il lancé.

 

Legault impose son thème


La promesse de François Legault d’accorder un médecin de famille à chaque Québécois dans la première année d’un éventuel gouvernement caquiste a dominé la troisième portion du débat consacrée aux politiques sociales. L’éducation et la crise étudiante en ont même été reléguées à la portion congrue.


Le chef caquiste a répété que le Québec possède suffisamment de médecins de famille, soit 8000, pour que chaque Québécois en ait un. L’affirmation a été contestée par les autres participants aux débats, notamment Jean Charest, qui a soutenu qu’il en manquait 1000. Lorsque ce dernier a cité sa source, le docteur Louis Godin, de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, François Legault a soutenu qu’il s’agissait de la parole d’un chef de « syndicat ». Jean Charest lui a rétorqué que son candidat, Gaétan Barrette, était à ce compte-là aussi un chef « syndical ».


Pour sa part, Pauline Marois a rappelé que sa formation politique promet aussi de doter les Québécois d’un médecin de famille, mais en quatre ans. « Nous, on ne ment pas aux Québécois », a-t-elle déclaré.


C’est Françoise David, porte-parole de Québec solidaire qui a interpellé le chef libéral sur la question de l’éducation. Elle lui a reproché d’avoir été intransigeant avec les étudiants et a soutenu que ses politiques allaient accroître l’endettement des étudiants.

 

Dette et redevances


Sur les enjeux économiques, M. Legault a réussi à imposer deux de ses thèmes de prédilection : le remboursement de la dette et l’enrichissement relatif des Québécois. « Vous n’avez pas livré la marchandise », a-t-il lancé à Jean Charest, reprenant la donnée qui veut que le revenu disponible des Québécois soit passé du quatrième au neuvième rang des provinces canadiennes depuis 2003. « Pendant qu’on marche, les autres courent », a réitéré le chef de la CAQ.


Le chef libéral a répliqué en relevant que le revenu disponible des familles les moins bien nanties avait augmenté significativement depuis neuf ans et que les femmes avaient accès comme jamais au marché du travail. « On n’essaiera pas de se faire croire qu’on est sur le paradis sur terre ici », a fait valoir Françoise David qui a cité le fait que les femmes ne gagnaient en moyenne que 75 % du salaire des hommes.


Pauline Marois a rappelé que la dette avait bondi depuis 2003 sous le gouvernement libéral qui est responsable du tiers de la dette actuelle. François Legault a joué la corde du sort des générations futures. « Qu’est-ce qu’ils vont faire nos petits-enfants ? » s’est-il exclamé en promettant de verser à la dette la totalité des redevances nettes. « La plus grosse dette, c’est une dette environnementale », a avancé Françoise David.


Pauline Marois a critiqué François Legault qui a fait 94 promesses totalisant 3,7 milliards, financées en partie par des changements de structures et l’abolition illusoire de 7000 postes. « C’est de la pensée magique », a-t-elle dit. « Vous avez les mains attachées avec les syndicats », a répliqué le chef caquiste. « Je constate que la chicane est prise entre les deux souverainistes », a noté, de son côté, Jean Charest.


***

Avec la collaboration d’Antoine Robitaille, d’Alexandre Shields et de Marco Bélair-Cirino

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90 commentaires
  • Léandre Nadeau - Inscrit 20 août 2012 01 h 55

    Je n'ai pas compris la stratégie de Pauline

    Pourquoi avoir attaqué autant François Legault et laissé le chef libéral s'amuser autant ? C'est ce dernier qu'elle doit battre et la partie n'est pas encore terminée. En affaiblissant Legault, elle renforce Charest. Legault a eu l'intelligence de bien faire paraître David et ainsi nuire au PQ. Charest a fait pareil. Pauline aurait dû ménager Legault car Legault prend des votes aux libéraux s'il est plus fort, mais les charges les plus senties de Pauline visaient Legault. Mauvaise stratégie. On verra si ça changera les trajectoires, mais tant qu'elle n'aura pas réglé le cas de Charest, elle doit le cibler d'abord et ne pas affaiblir Legault.

    • - Inscrit 20 août 2012 10 h 54

      Observation judicieuse !

    • Simon Nollet - Inscrit 20 août 2012 12 h 53

      Pauline est aveuglée par le carré rouge. Il est mainenant dans son visage. Si elle l avait gardé, ou jamais porté, on pourrait lui donner une certaine crédibilité.

    • Viviane Genest - Inscrite 20 août 2012 13 h 08

      Je crois qu'elle fait bien de viser Legault. La CAQ pourrait ravir plusieurs circonscription au PQ dans le 450. Barrette pourrait reprendre Terrebonne au PQ, etc..

      Le Quebec court à sa perte avec Legault le démolisseur.

    • Guy Lorrain - Inscrit 20 août 2012 23 h 58

      Pas certain que la stratégie de Mme Marois était mauvaise, Charest est en perte de vitesse et Legault pige dans la clientèle du P.Q., il était tout à fait normale qu'elle utilise des moyens pour limiter la progression de la CAK.

      Guy Lorrain

  • Lucy Beauregard - Inscrite 20 août 2012 04 h 57

    Bravo Françoise David !

    Jean Charest comme a son habitude continue a nous prendre pour des niais et nous bourrer de ce qu'il veux qu'ont entendre et non répondre aux questions honnetement.
    Pauline Marois cherche ses mots, pas a l'aise sans sa gang en arriere d'elle. Elle sert du réchauffer P.Q.
    Francois Legault pour un premier débat s'est fait remettre dans le coin par l'habile orateur Charest mais est revenu en force et nous as servi un bon débat de ses idées.
    Francoise David fut d'un calme et d'une précision déconcertante. Elle connait bien tout les sujets et n'as pas peur de répondre et dire la vérité contrairement aux vieux partis.
    Conclusion: Il faut que ca change ! Et Francoise David doit etre élue et entendue a Québec.

    • Christian Ouellet - Inscrit 20 août 2012 12 h 53

      c'est vrais moi aussi je dis bravo a françoise David,elle a gagné des points hier et fait un beau discour de fermeture mais elle n'a pas d'expérience a l'assemblé national donc rien a ce défendre la dessus.

      je ne suis pas de son parti mais elle mérite une place au parlement.

    • Carole Jean - Inscrite 20 août 2012 16 h 51


      Trois médiocres et une première de classe

      Le débat télévisé d'hier entre quatre chefs de politiques a fait ressortir le caractère de chacun, indépendamment du programme politique de chacun. Non pas tellement pour ce qu'elle a dit mais pour la façon qu'elle l'a dite, Françoise David s'est très bien comportée. Parlant d'abondance, sans lire de notes, elle est demeurée calme et sure d'elle-même, pendant que ses trois adversaires s'empêtraient dans leurs cassettes et leurs notes. La pire prestation a été fournie par Pauline Marois: après trente ans en politique, elle ne fut pas capable de mémoriser les propos de sa minute de résumé à la toute fin du débat, mais dût constamment se référer à ses notes écrites. Pitoyable.
      François Legault et Jean Charest, sur la défensive, ont tenu leur bout. Sans plus.
      Conclusion: un débat mettant en scène trois politiciens médiocres et une première de classe.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 20 août 2012 19 h 03

      Nicolas Girard aussi.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 20 août 2012 22 h 41

      Précision
      @ Christian Ouellet
      L'excellent député Nicolas Girard mérite également de revenir siéger à l'Assemblée nationale.

    • Guy Lorrain - Inscrit 21 août 2012 00 h 07

      C'est bien beau ce que Mme David a fait lors du débats, sauf que le problème avec Québec solidaire, si jamais il prenait le pouvoir, qui serait le premier ministre? Est ce qu'on alternerait à tous les mois ou que sais-je encore ? . . . On dit que les promesses de Mme David se chiffrent à quelques dix millards. . . . Mais qui va signer un chèque d'un si gros montant ? . . . Les milliardairea ne courent pas les grands chemins.
      Guy Lorrain

  • Patoine Robert - Inscrit 20 août 2012 05 h 36

    250 000 emplois

    Impressionnant comme nombre. La question reste à savoir ou trouver 250 000 employés pour les combler. On a beau lire les statistiques sur l'emploi au Québec et au Canada, les 250 000 employés ne sont pas tellement identifiés. Il y a des chômeurs c'est évident, Il y a des fermetures d'usine c'est aussi évident, il a de la création d'emploi précaire c'est aussi évident, mais y a t'il 250 000 personnes de disponibles pour combler 250 000 emplois en un an ? Expliquez-moi comment ça marche car le discours politique des dernières années fait plus mention d'un manque de ressources humaines pour combler les emplois et que l'immigration est la seule solution à ce problème. Il me semble que le discours devrait inclure les deux parties de l'équation, nombre d'emploi à créer = nombre d'employés disponibles à les occuper. Qu'est-ce qu'un emploi dans la vie d'un employé ou combien d'emplois doit avoir un employé pour faire une vie. Il est difficile de concevoir que les personnes désirant gouverner le pays aient des visions de réussite économiques si distendues. L'un prône la création d'emplois sans ressources et l'autre libère les ressources de l'emploi en créant des chômeurs. La droite est mélangée dans son populisme. Il n'y a que des accès de démagogie et peu de réalisme social dans ce genre de discours. L'image projetée ressemble plus à créer des emplois en libérant la fonction publique de ses employés pour en faire des contractuels donc des millions d'employés disponibles à combler des emplois qui seront crées de ce fait. Si les entreprises d'état ou privés ont des employés c'est qu'elles ont des emplois pour eux et des emplois utiles. Si ils libérent ces employés, ces emplois devront être comblés par de petits entrepreneurs (anciennement des employés) pour répondre à la demande de service. Quel sont les avantages de penser et d'agir ainsi?

  • Gaston Langlais - Inscrit 20 août 2012 05 h 45

    Et les enfants qui ont faim au Québec...

    Bonjour,

    La honte du Québec riche c’esr que 245 000 de ses enfants ne mangent pas à leur faim et cela à chaque jour. Mme Françcoise David le sait et pas les autres aspirants à la limousine et au grand luxe.

    Gaston Langlais – Gaspé

    • David Boudreau - Inscrit 20 août 2012 12 h 24

      Votre commentaire est certes l'un des plus pertinent qu'on puisse lire. D'ailleurs, la honte s'étant également aux médias qui n'abordent pratiquement jamais le sujet dans le cadre de ces débats. On aura beau mettre les meilleurs profs qui soient devant une classe, il faut d'abord que les enfants mangent à leur faim pour que leur attention soit au rendez-vous. Ventre affamé n'a point d'oreille. Mme David a le mérite de proposer une intervention sociale en amont des problèmes. Une approche beaucoup plus viable à long termes, qui tient compte des problèmes dans leur ensemble, mais qui dérangent de par leur exigence en termes de mobilisation et d'implication citoyenne.

  • Marjolaine Gaudreault - Inscrite 20 août 2012 06 h 01

    Peu de chose

    Comme on s'y attendait, le débat a donné peu de chose si ce n'est la découverte d'une Françoise David avec beaucoup d'assurance. Il faut cependant admettre que c'était plus aisé un peu pour elle puisqu'il est peu probable qu'elle se retrouve première ministre à la fin de cette élection 2012.

    • Ginette Cartier - Abonnée 20 août 2012 12 h 32

      La présence de Françoise David à l'Assemblée nationale s'avère indispensable, tant au niveau des idées que le ton sur lequel elle les expose. Nous avons de gens de sa qualité à Québec.
      Ginette Cartier

    • Lorraine Dubé - Inscrite 21 août 2012 09 h 03

      Nicolas Girard a accompli depuis des années un excellent travail à l'Assemblée nationale.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 21 août 2012 16 h 06

      C'est le député Nicolas Girard qui a démontré le lien entre l’obtention de places en garderies et des dons au PLQ, Au point que le ministre Tony Tomassi a dû démissionner. Jean Charest n'a cependant jamais condamné son disciple.

      Lien étroit entre construction et le financement occulte du parti libéral.

      L'UPAC aura obtenu pas la suite des rapports accablants du Vérificateur Général concernant la ministre Michelle Courchesne. Sont-ils tablettés le temps de l'élection? Rappelons-nous les tracasseries administratives subies par l'UPAC! Que dire maintenant d'un scrutin avant la reprise de la Commission Charbonneau le 7 septembre! Charest nous prouve sa crainte de cette enquête publique.

      Je remercie Nicolas Girard pour son travail remarquable. Il est au service de la population. Il mérite de conserver son siège et être membre du prochain gouvernement.