De durs défis attendent les chefs

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	 Des employés de la SRC s’affairent à monter le décor du premier débat des chefs qui sera présenté dimanche soir à Radio-Canada et à Télé-Québec.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
 Des employés de la SRC s’affairent à monter le décor du premier débat des chefs qui sera présenté dimanche soir à Radio-Canada et à Télé-Québec.

A l’approche des débats des chefs, les trois protagonistes - Jean Charest, Pauline Marois et François Legault - se présentent dans des situations fort différentes. C’est à partir de ce moment charnière de la campagne électorale que les électeurs, du moins ceux qui n’ont pas encore arrêté leur choix de façon définitive, vont trancher. Jean Charest et François Legault doivent absolument marquer des points, le premier pour stopper la glissade des libéraux et se donner un élan, le second pour franchir la marche, encore haute, qui le sépare du pouvoir. Sereine, Pauline Marois cherchera avant tout à se montrer première ministre.

Avec quatre débats télévisés plutôt qu’un seul, une première dans l’histoire du Québec, il y a de fortes chances que la dynamique entourant cet exercice ne ressemble pas à ce que l’on a connu lors des campagnes électorales précédentes. Ainsi, il pourrait y avoir plusieurs gagnants et chacun des chefs, s’il advenait qu’il trébuche, aura deux occasions de se reprendre… ou de s’enfoncer.


Dimanche, c’est à un débat traditionnel, sur les ondes de Radio-Canada et de Télé-Québec, que l’électorat est convié. Outre les chefs des trois principaux partis, Françoise David représentera Québec solidaire. Suivent les trois débats du réseau TVA, calqués sur la formule des débats entre les candidats à la présidence française, où deux chefs s’affronteront en présence du modérateur Pierre Bruneau. Le tirage au sort a fait que lundi, c’est Jean Charest et Pauline Marois qui seront face à face ; mardi, ce sera Jean Charest et François Legault ; et mercredi aura lieu une confrontation entre Pauline Marois et François Legault.


D’emblée, Jean Charest détient l’avantage de l’expérience et du talent. C’est le meilleur debater parmi les trois chefs, celui dont on attend qu’il porte les meilleurs coups, voire qu’il fasse un coup de circuit comme en 2003, quand il avait terrassé Bernard Landry, alors que le Parti québécois menait dans les sondages, en brandissant une déclaration toute fraîche de Jacques Parizeau, dont le chef péquiste, à son grand dam, ignorait la teneur.


Or Jean Charest a cherché jeudi à diminuer les attentes. « Je sais que je serai la cible pendant les débats et que ça va être des tirs nourris », a-t-il dit. Dans son entourage, on souligne qu’un premier ministre qui sollicite un autre mandat remporte rarement un débat des chefs. Tout au plus espère-t-il un match nul.


C’est vrai pour le débat traditionnel qui ouvre la marche. Les Marois et Legault ne le ménageront pas, sans compter les coups d’épingle de Françoise David, quoiqu’objectivement, la coporte-parole de Québec solidaire ait tout intérêt à tirer du côté de la chef péquiste.


Au moins deux thèmes de ce débat représentent un défi pour Jean Charest. S’il peut s’appuyer sur son bilan quand il sera question des enjeux économiques, le chef libéral sera manifestement sur la défensive lorsque la question de la gouvernance (lire : la corruption) sera abordée, ou même lorsque le thème des politiques sociales sera discuté puisque les problèmes qui persistent dans le réseau de la santé pourraient prendre beaucoup de place. Quant au quatrième thème - la question nationale et l’identité -, il y a fort à parier que Jean Charest n’éblouira que sa base libérale.

 

Les face-à-face


C’est donc sur les face-à-face que mise Jean Charest. Ses angles d’attaque contre Pauline Marois sont connus : la chef péquiste, c’est la rue et le référendum, alors que lui incarne la stabilité, l’emploi et l’économie. Or le retour paisible des cégépiens en classe fait en sorte que l’enjeu de la loi et l’ordre le prive d’un des thèmes qu’il souhaitait marteler.


Son entourage fait remarquer que le premier ministre a dominé les échanges avec la chef de l’opposition à l’Assemblée nationale, ce qui devrait se transposer dans le débat qui les opposera.


François Legault a offert à Jean Charest toutes sortes de possibilités : le chef caquiste a prédit des années de perturbation s’il prenait le pouvoir et son écartèlement entre la gauche et les adéquistes, entre la souveraineté et le fédéralisme sera l’occasion pour le chef libéral d’exploiter les contradictions de la CAQ.


Jean Charest devra frapper un grand coup s’il veut sauver la mise ; il ne peut se contenter d’un match nul dans les débats à deux. « Il y a le Charest de 2003 et le Charest de 2007. C’est le Charest de 2003 qui doit se présenter », a-t-on confié. Il se doit toutefois de garder la stature d’un premier ministre. La côte est abrupte pour Jean Charest. Comme me le souffle un confrère, il marcherait sur l’eau qu’on l’accuserait de ne pas savoir nager.


À la surprise générale, Pauline Marois a connu un bon débat en 2008. Elle s’est avérée combative et elle a lancé quelques flèches bien acérées à Jean Charest. La stratégie sera différente cette fois-ci. Dans l’esprit qui caractérise sa présente campagne, la chef péquiste voudra apparaître « positive et sereine », assure-t-on. C’est la rassembleuse qui se présentera, la première ministre. Elle peut toutefois se montrer cinglante contre Jean Charest qui, à ses yeux, n’a pas été à la hauteur de sa fonction. Et elle en connaît un bout sur François Legault et ses convictions…


Mais il ne faut pas s’attendre à ce que Pauline Marois prenne des risques alors que son parti est en avance dans les sondages… « Elle n’a pas besoin de faire un coup de circuit. Il y a toujours un risque à faire ça », confie-t-on dans son entourage.


Quant à François Legault, il sera la point de mire. C’est le seul chef des trois principaux partis qui n’a aucune expérience des débats dans une campagne électorale, ce qui ne manquera pas d’attiser la curiosité de l’auditoire.


Le chef caquiste possède des atouts qu’il entend exploiter. Les sondages montrent qu’il est le chef qui incarne le plus le changement. Il est aussi celui qui est perçu comme celui qui peut le mieux s’attaquer à la corruption. Les stratèges libéraux trouvent qu’il manque d’aisance, que son body language est déficient et que ses accents toniques déréglés le desserviront. Des détails, croit-on à la CAQ. « Ce n’est pas un concours oratoire », avance-t-on. Et les gens en ont marre des beaux parleurs.

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48 commentaires
  • Gaston Langlais - Inscrit 18 août 2012 05 h 04

    Faut pas exagérer...

    Bonjour,

    Un chef qui a de la formation, de l'expérience, en somme du vécu devrait se présenter au débat les mains dans les poches comme on le dit si bien dans le langage populaire. Trop de préparation est nuisible, on a vu cela dans le passé. Dans ce débat,absolument rien de nouveau en sortira. Tout a déjà été dit. La différence c'est que les invités sont conviés à la même table pour manger des restes réchauffés.

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 19 août 2012 09 h 04

      Tout ne sera pas que du «réchauffé», loin de là. Attendons nous à voir une autre facette de J. Charest, celle d’une victime. D’ailleurs il ne s’est pas privé pour préparer lui-même les plats en déclarant: «je vais être attaqué. Je m'attends à des attaques féroces de la part de mes adversaires. Depuis quatre ans notre gouvernement a fait l'objet d'une campagne très négative, ça va continuer aux débats».

      J. Charest prévoit même entendre «la même cassette» sur la corruption de la part de ses adversaires et en rajoute en déclarant: «Nous sommes et avons été un gouvernement honnête qui, avec beaucoup de détermination, a fait face à un problème qui existait avant que nous soyons au gouvernement, la cassette, je m'attends à l'entendre encore…».

      Il n’y a pas si longtemps, Silvio Berlusconi niait qu’il y ait eu de la corruption ni de concussion (tromperie dans l'exercice d'une fonction publique, notamment dans le maniement des finances gouvernementales) dans son gouvernement. Lui également se percevait comme une « cible ».

    • Lorraine Dubé - Inscrite 19 août 2012 14 h 26

      N'en déplaise au démagogue Charest, champion de la désinformation et censure, une campagne électorale est le moment pour un gouvernement de rendre des comptes de sa gouvernance! On ne peut déroger de ce principe face à l'électorat.

      Avec un piètre bilan depuis 2003, Charest sera la cible de ses adversaires, surtout qu'il se désiste toujours de répondre véritablement de ses actes. C’est pourquoi il joue la corde sensible de la victime écorchée de tous. Hypocrite!

      Le passé est garant de l'avenir. À quoi bon vanter son programme si une foi élu les 2 mains sur le volant, on ne consulte plus la population et bifurque allègrement de ses engagements, allant au delà de ce principe fondamental en démocratie.

      On ne veut plus d'un gouvernement qui maîtrise l'art de museler l'opposition parlementaire à coups de bâillons!

      Champion des débats? Vous confondez un Jean Charest de mauvaise foi, passé maître dans la supercherie, l'astuce et sophisme.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 19 août 2012 16 h 04

      Jean Charest et François Legault ne nous épargneront pas en demi-vérités, déviant volontiers du contexte, sans aucun scrupule à entretenir la désinformation. Une insulte à l'intelligence!

      Pour ma part, je ne peux plus supporter les énormités, jérémiades et la voix plaintive de Legault. Sans parler du prévisible Charest dont l'astuce sera de quémander l'approbation et manipuler l'audience, en interpelant l'interlocuteur: «Monsieur untel..., Madame…»

      «Les québécois savent très bien...» Ou encore «Vous serez d’accord avec moi…» Cela sonne tellement faux.

      Lors d'un passage à l'émission «Tout le monde en parle», on diffusait Pierre Verveine imitant le chef du PLQ: «Moi Jean Charest...» à maintes reprises lors de son discours.

      Invité, le PM avait évidemment contesté cette manie lui étant attribuée. L'humoriste Verville lui avait répliqué qu'il était surprenant qu'un stratège libéral ne lui ait pas encore fait la remarque.

      Charest a délaissé cette habitude lui donnant un air imbu de lui-même. En revanche, il persiste dans l'arrogance.

      Discutera-t-il des vrais enjeux lors des débats? Jamais. Jean Charest sera sournois, mesquin, à la mesure de lui même. Il déploie déjà la carte de la victime. Joueur compulsif, il se joue de la démocratie et des intérêts supérieurs de la nation québécoise. il n'a aucune notion d'honorabilité et est par conséquent indigne de la fonction de Chef d'État.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 19 août 2012 18 h 12

      Dans mon envoi précédent, il est bien question de l'humoriste Pierre Verville. Mes excuses.

      Jean Charest aura relevé le défi de travestir ce qu'il touche. Par son mépris et son absence d'intégrité, ce politicien n'inspire et ne mérite pas le respect. Jamais n'a-t-on vu autant de cynisme face à une fonction qui fût jadis honorable lorsque occupée par d'autres que lui. Jamais le peuple n’a-t-il eu autant de mal à obtenir ce qu’il réclamait majoritairement, sans parler de ce que Jean Charest nous a enfoncé radicalement dans la gorge en nous imposant sa vision partisane et réductrice, aux antipodes de nos intérêts supérieurs.

      Le bilan de ce gouvernement libéral aura suscité l'indignation jusqu'à une mobilisation citoyenne débordant du seul enjeu des frais de scolarité que le PLQ veut imposer pour faire diversion.

      Les politiciens fédéralistes devront rendre compte de leur tolérance du statu quo constitutionnel depuis 1982, eux qui véhiculent tant de rumeurs et propagandes quant au projet des adversaires souverainistes.

      Prochaine mobilisation : 22 août.

      À propos, où sont les rapports du Vérificateur Général remis à l’UPAC? Tablettés pour ne pas nuire, le temps de l’élection.

  • Jean Lapointe - Abonné 18 août 2012 08 h 11

    La politique spectacle


    Je n'ai pas dutout l' intention de regarder ces spectacles.

    C'est que je ne peux plus sentir Charest ni Legault. Je ne veux pas les voir.

    Je sympathise beaucoup avec madame Marois qui est obligée de se soumettre à de telles mises en scène.

    S'il y avait vraiment un ou des enjeux d'importance comme par exemple l'était la nationalisation de l'électricité au début des années 60 ce serait différent. A ce moment-là la télévision était utile pour permettre au plus grand nombre de mieux savoir ce que pensaient Johson et Lesage sur le sujet.

    Mais de nos jours les médias, y compris les journaux, traitent la politique comme si c'était une compétition sportive.

    C'est à qui serait le gagnant et à qui serait le perdant. C'est à qui ferait les meilleurs bons coups et à qui ferait les plus mauvais. C'est comme si, pour les médias, les contenus, les idées, les plateformes étaient secondaires.

    Ce n'est pas conçu pour mieux nous informer mais pour attirer le plus grand nombre possible de gens à un spectacle.

    Ça va sûrement être très payant pour les diffuseurs grâce à la publicité.

    Après cela les mêmes personnes vont se dire désolées du fait que beaucoup de gens se désintéressent de la politique alors qu'à mon avis ils en sont les premiers responsables.

    Je ne peux pas croire qu'il y a encore des gens qui attendent ce moment pour se prononcer.

    Moi ça fait longtemps que mon choix est fait et il ne va sûrement pas changer.

    Amusez-vous bien.

    • François Ricard - Inscrit 18 août 2012 11 h 33

      Si on avait voulu nous renseigner, on aurait inviter M. Aussant, forçant ainsi tous les autres à hausser la teneur de leur discours.
      Les médias, quelqu'ils soient, ne sont pas là pour renseigner mais pour faire de l'argent et contrôler la pensée commune.

    • France Marcotte - Abonnée 18 août 2012 13 h 54

      Oui, que démontre au juste ces débats sur les chefs qui peut nous être utile pour savoir s'ils feront de bons dirigeants?

      Sang froid? On aimerait mieux qu'ils aient du coeur.
      Contrôle? On aimerait mieux qu'ils écoutent.
      Bête politique, fin stratège? On aimerait mieux qu'ils soient intègres et sans détours.
      Coriace avec leurs adversaires? On aimerait mieux qu'ils coopèrent...

      Alors quoi, c'est un combat de coqs? On veut voir du sang? On veut voir s'humilier les prétendants avant de leur donner le pouvoir?
      C'est une initiation, le baptême du feu?

      Malgré tous les gadgets techniques qui entourent le cirque, c'est une bien primitive coutume.

    • Denis Beausoleil - Abonné 18 août 2012 15 h 00

      J'ai bien envie moi aussi de boycotter ces débats. Nous savons déjà ce que va re re re répéter Charest. Legault, déjà pu capable de le voir, car non crédible à mon sens. Par contre, Mme Marois, je l'apprécie dans la façon dont elle fait campagne et j'avoue que Mme David me laisse un peu indifférente. Mais si M. Aussant était du débat, il est certain que je le suivrais avec attention et délice, juste pour lui et ces idées pour le Québec!!!
      O. Lessard

  • Claude Kamps - Inscrit 18 août 2012 08 h 17

    En gros

    on prévoit une défaite libérale le 4 septembre, le reste n'est que broutille...

  • Huguette Daigle - Inscrite 18 août 2012 08 h 23

    Moi je m'attend

    Surtout que Charest va être égale à lui-même et fesser en bas de la ceinture.C,est là qu'il est le plus fort et surtout quand il est dans les câbles.
    Certain disent que c'est un bon debater mais mois ce que je vois c'est que plus il est s..le plus les gens trouve qu'il est bon debater.
    Ce qui est important c'est de voir qui répondra vraiment aux questions.

  • Daniaile F - Inscrite 18 août 2012 08 h 32

    Spectacle mais pas spectaculaire

    Oui, ce sera un beau spectacle de prestidigitation. La magie sera au rendez-vous mais ce n est pas cela la démocratie. Du pain et des jeux puis quelques roses fanées...Panem et circenses. Le peuple est convié au banquet pour les servir et non pour se servir.
    Leurs promesses faites dans un moment d ivresse, leur partisanerie, leur désir qu ils et elles essaient de nous faire passer pour les notres....plus capable. La sobriété a bien meilleur gout. Si le peuple pouvait dégrisé une fois pour toutes et les retourner dans leurs cabinets (médecins,avocats, travailleuses sociales, journalistes etc.) Nous avons besoin de vraies politiciennes ! (le féminin inclus le masculin :)