Charest jette les gants le premier


	Jean Charest n’envisage « aucun autre scénario que de gagner l’élection générale avec un gouvernement majoritaire ».
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot
Jean Charest n’envisage « aucun autre scénario que de gagner l’élection générale avec un gouvernement majoritaire ».

Sherbrooke, Magog et Upton — Confronté à sa plus difficile campagne électorale au Québec, même dans son fief de Sherbrooke, Jean Charest n’entend pas faire de quartiers. Tous les moyens sont bons — ou presque —, y compris les publicités négatives qui font leur apparition à la télévision pour la première fois dans une élection québécoise.

Ce sera œil pour œil, dent pour dent. « On n’a pas de leçons à prendre sur des campagnes négatives alors que nos adversaires font quoi depuis les dernières années ? Ils ne font que ça », a affirmé mercredi Jean Charest pour justifier l’usage de deux publicités négatives.
 
Le premier message publicitaire vise François Legault. Dans l’entourage du chef libéral, on qualifie cette publicité non pas de négative, mais bien d’« informative ». Elle exploite les « contradictions » du chef caquiste : François qui contredit Legault sur le privé en santé, sur la loi 78 et sur la souveraineté. Elle se termine par les mots « pas fiable », un qualificatif que Jean Charest répète depuis deux jours en parlant de François Legault. En fait, les libéraux cherchent à définir cet adversaire, profitant du fait qu’au début de la campagne, le message de François Legault n’était pas bien défini, une faiblesse à laquelle il a tenté de remédier. À la vitesse grand V, de surcroît.
 
Dans le cas de la publicité qui dénigre Pauline Marois, l’attaque n’est pas argumentative mais indirecte, presque subliminale. On la voit s’adresser à la foule à la Fête de la Saint-Jean, le 24 juin dernier, du haut du balcon style beaux-arts du Château Dufresne à Montréal, agitant son petit drapeau du Québec et déclarant que « notre rêve, c’est de nous donner un Québec libre, indépendant ». Elle fait général de Gaulle et grande bourgeoise tout à la fois, et c’est le but recherché, reconnaît-on, sourire en coin. Pas besoin de définir Pauline Marois, elle est dans le paysage depuis si longtemps ; il suffit de la montrer, croient les libéraux.
 
Pour le communicateur Jean-Jacques Strélisky, la publicité sur François Legault est particulièrement efficace parce qu’elle est simple et porte sur des éléments d’actualité. En revanche, illustrer que Pauline Marois est une indépendantiste n’apporte rien. Les électeurs que ça rebute ne votent pas pour elle.
 
Pauline Marois ne s’offusque pas de cette publicité. « Ils la veulent négative, moi je la trouve très positive. Honnêtement, je ne peux pas dire autre chose et j’espère qu’ils ne la retireront pas. En ce qui a trait à Legault [la publicité] est intéressante », a-t-elle réagi hier.

De passage à Sherbrooke en matinée, Jean Charest a dû répondre aux questions des journalistes au sujet des difficultés qu’il éprouve dans sa propre circonscription. Un sondage de la firme Segma, publié dans La Tribune, a montré qu’il concédait 15 points au péquiste Serge Cardin.
 
Jean Charest a commencé sa journée par une entrevue accordée à une radio locale. L’animateur l’a soumis au supplice en lui faisant écouter les propos de Robert Benoit, cet ancien député d’Orford et ancien président du Parti libéral du Québec qui s’est opposé à sa famille politique pour défendre le mont Orford. Robert Benoit soutenait que Jean Charest n’était pas accessible, qu’il délaissait ses commettants alors que Mario Dumont, par exemple, ou même le personnel péquiste étaient des parangons de l’écoute des citoyens.
 
L’animateur a demandé à Jean Charest de garantir aux Sherbrookois qu’il sera leur député « advienne que pourra ». Le chef libéral a cherché à éluder la question en affirmant : « Le 4 septembre prochain, je serai député du comté de Sherbrooke et j’ai l’intention de rester député de Sherbrooke. » Même si quelques secondes auparavant, il avait déclaré qu’il était « totalement convaincu » que les libéraux formeraient le prochain gouvernement et même s’il a précisé dans un point de presse, plus tard en matinée, qu’il n’envisageait « aucun autre scénario que de gagner l’élection générale avec un gouvernement majoritaire », la rumeur s’est répandue sur Twitter : Jean Charest avait affirmé qu’il demeurerait député de Sherbrooke même si son parti était relégué dans l’opposition. Très présent sur Twitter, François Legault s’est empressé de réagir à cette fausse nouvelle.
 
Dans le point de presse où le chef libéral a pris un engagement mineur sur un cours de sensibilisation à l’entrepreneuriat, les journalistes se sont montrés pressants, l’interrogeant sur ses chances de l’emporter dans son fief. « Ce n’est pas la première fois qu’il y a des sondages qui me donnent perdant dans le comté de Sherbrooke », a-t-il dit. Jean Charest n’a pas manqué de rappeler que Radio-Canada avait annoncé sa défaite dans Sherbrooke pendant une heure et demie le soir de l’élection de 2007.
 
Vérification faite : ni en 2007 ni en 2008, un sondage n’a indiqué que le député de Sherbrooke tirait de l’arrière. Tout au plus, la péquiste Marie Malavoy l’a talonné en 2003. Cette année-là, un seul sondage lui donnait un point d’avance, selon les recherchistes des libéraux.
 
Le député a soutenu mercredi que sa présente campagne dans Sherbrooke est semblable à toutes les autres. Or, à mi-course, le chef libéral s’est rendu trois fois dans sa circonscription, soit autant de fois que pendant toute la campagne en 2008.
On y met le paquet : en plus de son épouse Michèle Dionne qui sillonne la circonscription pour lui, l’ancien maire de Sherbrooke, Jean Perreault, dirige son organisation électorale. M. Perrault affirme que Jean Charest n’a jamais bénéficié d’un sondage favorable dans Sherbrooke.
 
Il ne faut certes pas sous-estimer la combativité de Jean Charest et des troupes libérales. Hier, ils ont lancé un site Web, pourlaverite.net, afin de répliquer point par point à liberaux.net, un site antilibéral. Le hic, c’est que bien des informations contenues sur le site liberaux.net proviennent des grands médias, dont Le Devoir.

Rappelons que le Directeur général des élections du Québec a statué que ce site est mis en ligne par de simples citoyens — les apparatchiks libéraux croient dur comme fer que le Parti québécois est derrière — et qu’à ce titre, les frais qui s’y rapportent n’ont pas à être comptabilisés dans les dépenses électorales du parti de Pauline Marois. En revanche, les coûts reliés au site libéral s’ajoutent aux dépenses électorales du PLQ, a précisé le parti hier.

Avec Guillaume Bourgault-Côté

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10 jours de bénévolat pour les jeunes

Upton — Au jour 15 de la campagne électorale, M. Charest a fait une annonce en matière d’éducation. Si les libéraux sont reconduits au pouvoir le 4 septembre, les élèves de 5e secondaire devront accomplir 10 heures de bénévolat dans le cadre de leur formation.
 
Le chef libéral a précisé que la mesure vise à développer, chez les jeunes, les valeurs d’entraide et de solidarité sociale.
 
Le bénévolat obligatoire est inscrit au programme scolaire d’autres provinces canadiennes, comme l’Ontario, de même qu’aux États-Unis. Il figure aussi au programme de certains parcours scolaires au Québec.
 
Les libéraux souhaitent également mettre les jeunes de 4e et 5e secondaire en contact avec les entreprises et le monde des affaires.
 
Ainsi, un gouvernement libéral rendrait obligatoire, dans le programme scolaire, un cours de « sensibilisation à l’entrepreneuriat », dans l’espoir de créer une nouvelle génération d’entrepreneurs prêts à prendre la relève.
 
La Presse canadienne

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